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 Du grain à moudre

Du Grain à moudre│09-10

Syndiquer le contenu par Julie Clarini, Brice Couturier Le site de l'émission
Emission  Du grain à moudre

du lundi au jeudi de 18h20 à 19h

Tremblement de terre de Lisbonne puis d'Haïti: l'ordre des choses est-il mauvais?

09.02.2010 - 18:20

« La malédiction a encore frappé » ; « Haiti, terre abandonnée », « terre maudite ». Voilà très vite les mots que l'on a mis sur la catastrophe qui a touché l'île, des mots qui ont très vite, aussi, été contestés. Mais il fallait bien devant l'horreur et l'absurde de ces milliers de morts tenter d'ébaucher une justification, trouver un peu de sens à cette succession de malheurs qui frappent Haïti depuis deux siècles...Comment ne pas avoir le sentiment que la petite République se bat avec un destin injuste et malheureux ? Après la Shoah, certains juifs se sont demandé : comment, encore, croire en Dieu ? Dans la presse ces derniers jours, on rapportait les déboires des religieux haïtiens qui devaient expliquer à leurs ouailles cette soudaine éclipse de la miséricorde divine... Et l'on se prend évidemment à penser au poème de Voltaire sur le tremblement de terre de Lisbonne. Le 1er novembre 1755, jour de la Toussaint, la riche capitale marchande et fervente catholique, fut presque entièrement détruite par un séisme d'une ampleur inégalée. L'événement eut une place toute particulière dans l'histoire des idées ; il a provoqué, sans jeu de mots, une onde de choc dans la pensée philosophique. Mais le poème de Voltaire eut un retentissement décisif. Le patriarche de Ferney y attaque les tristes raisonneurs, tristes et insensibles, qui invoquent la punition divine pour expliquer ce cataclysme. Mais quelle est cette Providence qui fait mourir des êtres innocents ? Ce cri de révolte, on a envie de le faire sien, à quelques deux siècles et demi d'intervalle : quelle est cette Providence qui s'acharne, aujourd'hui, sur les moins fortunés ? Et pourtant, le tremblement de terre d'Haïti ne fait pas couler la même encre philosophique qu'au siècle des Lumières : pourquoi ces débats ne sont-ils plus de mise aujourd'hui dans la sphère publique, tandis qu'ils continuent, en sourdine, d'habiter chacun d'entre nous ?

Invité(s) :
François Euvé
Michaël Foessel, maître de conférences en philosophie à l'Université de Bourgogne à Dijon
François Walter (au téléphone)

Thème(s) : Idées