par Christine Lecerf
Réalisation : Marie-Christine Clauzet
Arthur Schnitzler ©Radio France
Arthur Schnitzler est né à Vienne, il y a cent cinquante ans, dans une famille de la bourgeoisie juive assimilée. Son père, Johann Schnitzler, laryngologue réputé, n’envisageait pas d’autre chemin pour son fils que celui la carrière médicale. Immergé dès son âge le plus tendre dans le bouillonnement culturel de la capitale impériale (le père soignait les problèmes de voix des acteurs et cantatrices !), le jeune Schnitzler se sent très tôt attiré par les « faubourgs de l’âme », ces régions intermédiaires et risquées où se côtoient rêve et réalité. Il exercera très peu la médecine et, dès la mort de son père, utilisera tout son talent d’observateur clinique à disséquer les « intimités » de l’être et les non-dits de la société.
A l’instar de Freud, qui le considérait comme son double, Schnitzler a été un briseur de tabou, qui avait pleinement conscience de la force subversive de son écriture. « Limant » ses textes et cultivant l’art de l’allusion, l’auteur de La ronde ou de Vienne au crépuscule s’ingéniera magnifiquement à tourner autour de l’indécente vérité, que ce soit celle de la sexualité ou de l’antisémitisme. Ses contemporains ne s’y sont d’ailleurs pas trompés et lui ont réservé un accueil digne d’un Thomas Bernhard ou d’une Elfriede Jelinek (boules puantes, insultes, interdiction). Mais l’essentiel n’était pas là pour cet incurable sceptique. Tous les jours, depuis l’âge de dix-sept ans et jusqu’à sa mort, il s’auscultait lui-même dans un monumental Journal, qu’il tenait caché dans un coffre-fort. « Me dit que certaines parties de mon journal : la seule chose forte de moi ». Aveux qu’il sténographiait pour lui-même d’une écriture quasi illisible.
Aujourd’hui, Schnitzler reste sans doute l’un des modernes viennois les plus joués sur les scènes allemandes. Mais d'Ophüls à Kubrick, ce sont peut-être les cinéastes qui ont su rendre hommage à l’onirisme fantastique de ce cinéphile passionné, comme on l’entendra dans ce documentaire réalisé en partie à Vienne.
Avec :
Philippe Chardin, L’amour dans la haine ou la jalousie dans la littérature, Droz
Konstanze Fliedl, Arthur Schnitzler, Reclam
Jacques Le Rider, Arthur Schnitzler, Belin
Dörte Lyssevski, actrice, Terre étrangère, Burgtheater de Vienne
Anne Catherine Simon, La Vienne d’Arthur Schnitzler, Picus Verlag
Karl Zieger, Les Jeunes Viennois ont pris de l’âge, Presses de Valenciennes
Théâtre
Liebelei/ Amourette, ORF, Vienne, 1958
Das weite Land/ Terre étrangère, Burgtheater Vienne, 2012
Films
La Ronde, Max Ophüls, 1950
Eyes wide shut, Stanley Kubrick, 1999
Matchpoint, Woody Allen, 2005
Lectures : Philippe Morier-Genoud
Thème(s) : Arts & Spectacles| Littérature Etrangère| Théâtre






3 commentaires
Bonjour .
Fervente admiratrice d'A Schnitzler , c'est avec un plaisir extrême et sous un jour nouveau que je me suis laissée pas à pas, par le son mélodieux de votre voix, transportée dans l'univers mouvementé de ce fascinant personnage.
Vous avez su avec votre subtilité naturelle( un petit rappel aux correspondances de cet été) laisser se côtoyer à merveille frivolité, raffinement, grisaille et gravité. Cette ambivalence souvent présente dans l’œuvre dans la vie d'A schintzler
Un joli voyage dans l’intimité de cet Homme ... troublant.
Un grand Bravo à vous et à votre équipe .
Pour le contenu cossu et soigné . l'ambiance sonore, musicale et cinématographique qui donnait l'envie, de Valser à Viennes ,d'un baiser volé à Schnitzler, d'une représentation au théâtre en sa compagnie, d'un rôle dans la ronde ( de l'Amour)
Pour les interviews toujours pertinentes.
Rien ne manquait.
Le montage et la structure de l’émission mise en corrélation avec l’œuvre et la vie d'A schnitzler ont permis ce joli voyage ..
j'ai beaucoup appris j'ai beaucoup rêvé .
Un grand Merci Madame Lecerf et à bientôt je l'espère .
Elya Iannello
Merci pour ce temps d'émotion. Voilà une rubrique et une émission qui donnent profondément sens au mot culture. L'éclairage documentaire nous offre une redécouverte (une découverte pour certains de mes amis) de l'auteur que fut Schnitzler, de l'homme et de son oeuvre, de son époque et de cette Vienne qui appartient aux souvenirs de l'Histoire. Pas seulement d'ailleurs : elle nous renvoie à la lecture et à la relecture, et, aussi, à l'exploration nouvelle de ceux qui furent inspirés par Schnitzler, de ceux qui le sont et de ceux qui le seront encore. Le commentaire précédent évoque un magazine. Je ne le lis pas. Parmi mes connaissances, nombreuses sont celles qui ne le lisent jamais. Les autres ne le lisent plus depuis longtemps... Laissons l'imbécilité aux imbéciles. Et dans ce monde qui se perd dans la médiocrité, goûtons sans retenue à l'excellence culturelle. Merci, vraiment.
C’était un vrai plaisir d’être replongé, à travers un panorama subtil et exhaustif, dans l’univers d’A. Schnitzler où légèreté et gravité se mêlent, s’effleurent, dans une alternance d’insouciance et de mélancolie, voire de désillusion. La construction de l’émission - trop injustement critiquée dans Télérama- reflète bien l'approche impressionniste -en l’espèce, légère et très profonde à la fois- qu'a Schnitzler des questions très graves qu'il aborde (plaisir et dilettantisme mais aussi douleur du doute, vie mondaine mais aussi profonde solitude, humanisme dans un contexte d'antisémitisme grandissant, etc).
Martine Sforzin / MCF Etudes germaniques