par Virginie Bloch-Lainé et Clotilde Pivin
William Faulkner en 1954 ©Carl van Vechten
Lorsqu’en 1949,William Faulkner reçoit le Prix Nobel de littérature, le New York Times a ce commentaire : « l’inceste et le viol sont peut-être des distractions communément répandues dans le Jefferson, Mississipi de Faulkner, mais pas ailleurs ». Né à Oxford en 1897, une petite ville du Mississipi qu’il rebaptise dans ses romans du nom de Jefferson, Faulkner a écrit des romans dont les héros sont des fous, des idiots, des sadiques, des rustres doués pour les travaux de la terre, des descendants de lignées maudites qui tous essaient de lutter contre les forces de la nature, de l’hérédité et du destin, mais sortent perdants de ce duel. Ce sont toujours des êtres en action, qui pensent en même temps qu’ils agissent, ne comprennent pas complètement ce qu’ils sont en train de faire, et ce n’est pas sur l’auteur qu’il faut compter pour en savoir davantage. Cela donne au moins un roman scandaleux, Sanctuaire, dans lequel une brute, Popeye, viole une femme avec un épis de maïs, et au moins un roman réputé inintelligible, Le Bruit et la fureur, dans lequel alternent quatre récits, quatre points de vue et de très nombreuses temporalités différents. Car les voix comme les temps se compénètrent chez Faulkner, comme pour dire qu’on n’est jamais vraiment à ce qu’on fait, qu’on est toujours à côté, décalés par rapport au rythme du dehors, qui exige une régularité que l’on n’a pas à l’intérieur.
Entre 1928 et 1932, cet homme d’1 mètre 67, qui boit beaucoup - dans la famille, on était alcoolique de père en fils - écrit cinq romans magistraux : Le Bruit et la Fureur, Sanctuaire, Lumière d’Août, Sartoris et Tandis que j’agonise. Plus tard viendront Absalon ! Absalon !, Si je t’oublie Jérusalem, et d‘autres romans encore. Comme il manque toujours d’argent, Faulkner fait des petits boulots en plus de ses romans, écrit des nouvelles et travaille pour Hollywood, à partir de 1937. Même si Howard Hawks, pour lequel il écrit, est son ami, ce monde n’est pas le sien. Faulkner est décalé, justement.
Sartre, lecteur dans les années 1930 de Sanctuaire et de Tandis que j’agonise, avait dit qu’il « faudrait connaître » Faulkner. Ce à quoi le romancier, des années plus tard, répondit indirectement en déclarant que son épitaphe et sa nécrologie tout ensemble devraient se résumer à : « Il a fait des livres et il est mort ». Seules comptent les œuvres, et pas l’homme ? Non, mais il est vrai que lorsqu’on regarde la vie de Faulkner, on se demande d’où viennent la violence, la fureur, la part de prophétie de sa littérature.
Avec :
Paul Audi, philosophe, auteur de Créer, introduction à l’esth/éthique, éditions Verdier
Pierre Bergounioux, romancier, auteur de Jusqu’à Faulkner, éditions Gallimard, coll. « L’un et l’autre ».
Marc Weitzmann, romancier, auteur de Quand j’étais normal, éditions Grasset (site de Marc Weitzmann : http://www.marcweitzmann.com/
Olivier Sebban, romancier, auteur de Le Jour de votre nom, éditions du Seuil. Blog d’Olivier Sebban : http://oliviersebban.canalblog.com/
Une excellente biographie de Faulkner : André Bleikasten, William Faulkner, une vie en romans, éditions Aden
Romans de Faulkner : Sanctuaire, Le Bruit et la Fureur, Lumière d’Août, Tandis que j’agonise, Absalon ! Absalon ! Si je t’oublie Jérusalem.
Thème(s) : Arts & Spectacles| Littérature Etrangère| William Faulkner





6 commentaires
Et bien moi, contrairement à Tricster, j'ai beaucoup apprécié cette émission
et certain extraits musicaux m'ont vraiment touchés. Merci .Pourrais-je en avoir les références ?
A bientôt
comment traduire ces émissions en Podcast?
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Hello!
Rediffussion la nuit de lundi 17 janvier, qui te sort du lit pour mieux écouter les voix: café-café et hop!
"Rythme" et "Ruptures de rythme"..., oui, avec la belle idée d'aller chercher le grand Tom Waits pour éclairer///sonoriser le propos. Miam!
---Puis partir sur d'anciennes lectures qui semblent répondre à l'écriture de Faulkner: la "Force majeure" de Clément Rosset, "Le Réel et son double" aussi.
Parce que "la difficulté de penser le réel tient à ce qu'il ne manque de rien, qu'il se suffit à lui-même..." --- Idiotie!... Rien à expliquer, rien à comprendre (Et pourtant...) Donc, belle évocation qui donne envie de plonger ou replonger dans les livres de Faulkner, de lire avec un autre regard...
---Comme souvent,France Culture: du plaisir et merci.
AAdhira
La question que ressassent les personnages de Faulkner s'applique parfaitement à cette émission : comment aura-t-on pu en arriver là ? Les intermèdes musicaux (illustrations ?) sont affligeants ; les commentaires de M. Paul Audi sont d'une prétention et d'une affectation peu communes, de surcroît obscurs. Quand on songe aux analyses limpides des Sartre, Larbaud, Queneau, Camus, Pouillon, Magny, sans compter les grands spécialistes français de Faulkner, Gresset, Bleikastein, Pitavy, Pothier, dont il eût mieux valu faire lire des extraits de leurs textes, plutôt que d'entendre M. Paul Audi discourir confusément sur le Rythme auquel, visiblement, il ne connaît pas grand-chose. Il reste quelques mots (trop peu) de Pierre Bergounioux, de Maurice-Edgar Coindreau … et de Faulkner lui-même, attachant, comme toujours, dans sa manière de traiter la langue, ici le français. Sur une heure d'émission, c'est bien peu.
Cher auditeur,
je suis navrée que vous n'ayez pas apprécié les parti pris esthétiques et musicaux de l'émission, de même que l'angle que nous avons choisi de mettre en valeur, qui celui du rythme, défendu par Paul Audi. Par ailleurs, je n'ai malheureusement pas trouvé davantage d'extraits avec la voix de Faulkner à l'Ina.
Je vous remercie cependant pour votre réaction.
Virginie Bloch-Lainé
A très bientôt,
Virginie Bloch-Lainé