Droit de vote des étrangers : Hollande sur la corde raide



25.04.2012
2 min

Sur la question du droit de vote des étrangers aux élections municipales, François Hollande est sur la corde raide, et pas seulement parce que l’Elysée l’attaque sur le thème de l’étranger, donc sur un thème sensible, cher au Front National.

Il est sur la corde raide parce que l’affaire est délicate. Il doit se garder de tomber à gauche, en avançant sans précaution, et de tomber à droite, en cédant à la pression politique d’adversaires qui étaient moins choqués quand Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, ne s’offusquait pas de cette hypothèse, et l’envisageait même quand il serait à l’Elysée.

Il s’agit donc pour le candidat socialiste de rester ferme, un peu à la manière de François Mitterrand sur la peine de mort en 81, de ne pas reculer, de faire preuve de caractère à dix jours du vote final, mais il s’agit aussi de ne pas se laisser embarquer dans certaines surenchères entendues à l’extrême gauche, genre : « et pourquoi le droit de vote aux étrangers ne serait-il accordé dans toutes les élections dès lors que ces personnes travaillent et qu’elles paient des impôts » ?

Car le droit de vote est emblématique. Jusqu’à présent, c’est un marqueur d’appartenance à la nation. En dispose automatiquement, et exclusivement, celui qui est français. N’en dispose pas celui qui n’est pas français. C’est un entre soi net et restrictif. Or le droit de vote aux élections locale accordé aux étrangers ayant séjourné un certain nombre d’année dans une ville, ajoute une exception à cette règle nationale. A l’idée d’un droit universel créé par la seule appartenance à la nation, s’ajoute l’idée d’un droit particulier, accordé en fonction de la participation à la vie d’une ville, par le travail et par l’impôt.

Mine de rien c’est un changement important, et la critique de la droite met en avant le danger que ferait courir cette hypothèse. Elle le fait parfois sur le mode juridique, et les objections peuvent exister, mais elle le fait surtout en agitant des peurs. « On va avoir des maires arabes », s’écrient des personnalités pas seulement Front National, comme si cette hypothèse était une catastrophe en soi, et comme si l’UMP ne soutenait pas depuis longtemps des gouvernements qui, précisément, se flattaient d’avoir promu des ministres de la diversité, comme ils disent.

La mise en tension électorale de cette question fait en fait oublier que le droit de vote des étrangers aux élections locales est une banalité, 19 pays européens sur 27 l’ont déjà pratiqué. La différence, peut-être, c’est qu’en France rien n’est vraiment local. Le maire est souvent député, et le député parfois ministre, voire un jour Président de la République. La frontière entre le local et le national n’est pas nette. L’idée d’un vote des étrangers impliquera donc une autre loi, la loi sur le non cumul des mandats.

Aux maires, élus par un corps électoral élargi, les dossiers municipaux et seulement ceux-là, et aux députés, élus par les seuls électeurs nationaux, l’adoption des lois de la France



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