La révolte argentine contre Monsanto



10.05.2013
44 min

L’Argentine a longtemps été appelée le « grenier du monde ». Aujourd’hui, le pays compte presque 24 millions d’hectares de cultures transgéniques, soit plus que la superficie totale de la Grande-Bretagne. Du maïs, du coton, mais surtout du soja. L’Argentine est le premier exportateur mondial d’huile et de farine de soja, le troisième producteur de graines. Ce soja transgénique nourrit le bétail européen et chinois, et remplit les caisses de l’Etat. C’est même l’une des principales richesses du pays.

Des Argentins dénoncent les méfaits du Roundup, l'herbicide de Monsanto.
Des Argentins dénoncent les méfaits du Roundup, l'herbicide de Monsanto. Crédits : Marine de la Moissonnière - Radio France
Pourtant, des Argentins s’élèvent contre la fièvre de l’or vert. De simples citoyens, des mères de famille, des étudiants qui dénoncent plus généralement les OGM et les pesticides qui rendent malades, qui tuent parfois.

En cause notamment, le glyphosate, la substance active du Roundup, l’herbicide vedette de Monsanto, le géant américain. Chaque année, 200 millions de litres de glyphosate sont utilisés en Argentine, et plus de 10 millions d’Argentins y sont exposés.

Dans la province de Córdoba, l’une des principales régions agricoles d’Argentine, au centre du pays, dans les villes de Barrio Ituzaingo Anexo et de Malvinas Argentinas, des habitants se mobilisent.

« La révolte argentine contre Monsanto », c’est un Magazine de la rédaction signé Marine de La Moissonnière et Annie Brault.

BONUS Medardo Avila Vazquez, pédiatre et ancien élu local : "Les autorités argentines, tant nationales que provinciales, sont complices. "

Champ de soja transgénique en Argentine
Champ de soja transgénique en Argentine Crédits : Marine de la Moissonnière - Radio France

Dans leur lute contre Monsanto, les habitants de Barrio Ituzaingo Anexo peuvent compter sur le soutien d'avocats, de scientifiques et de médecins.

Parmi eux, le docteur Medardo Avila Vazquez.

Néonatologue, il est aussi coordinateur du Réseau des médecins des localités victimes d'épandages.

Il résume en quelques chiffres l'ampleur des dégâts commis par le Roundup.

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Medardo Avila Vazquez a également été secrétaire à la Santé de la municipalité de Córdoba de 2007 à 2009. Mais face aux difficultés rencontrées pour faire bouger les choses, lui et son équipe ont préféré démissionner.

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Carolina Cabrera, habitante de Barrio Ituzaingo Anexo : "Tant que je vis ici, je ne veux pas avoir d'autre enfant. "

Carolina Cabrera, habitante de Barrio Ituzaingo Anexo
Carolina Cabrera, habitante de Barrio Ituzaingo Anexo Crédits : Marine de la Moissonnière - Radio France

Carolina Cabrera, 32 ans, est la maman de Benjamin, un petit garçon de 5 ans qui souffre de purpura, "par la faute des producteurs de soja ", accuse-t-elle. Son sang ne coagule pas quand ses plaquettes sont basses. La maladie a été diagnostiquée quand il avait un an.

Depuis la vie n'est pas simple pour Benjamin et sa famille.

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Maria Godoy, membre de l'association "Les mères d'Ituzaingo Anexo" : "Je ne pense pas au fait qu'un jour, je vais peut-être me réveiller malade. "

Relevé des maladies fait par les mères d'Ituzaigo
Relevé des maladies fait par les mères d'Ituzaigo Crédits : Marine de la Moissonnière - Radio France

Maria Godoy, 64 ans, vit à Barrio Ituzaingo Anexo. Elle fait partie de l'association "Les mères d'Ituzaingo Anexo" créée en 2002, par Sofia Gatica.

Ce sont elles qui alertent en premier les médecins, la communauté scientifique et les autorités, et lancent un vaste mouvement de mobilisation.

Ni Maria Godoy, ni aucun membre de sa famille n'est malade.

"Pour l'instant ", soupire-t-elle. Elle sait que cela pourrait arriver, et veut continuer à se battre.

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DIAPORAMA

Le 24 mars dernier, jour de la commémoration du coup d’Etat de 1976 et jour des droits de l’Homme en Argentine, les membres de l'association "Malvinas lucha por la vida" (Malvinas lutte pour la vie) étaient dans les rues de Córdoba pour manifester contre Monsanto. "Le droit à un environnement sain et à la santé, c’est un droit humain inscrit dans la Constitution. On n'exige rien de neuf, rien de fou ", expliquent-ils.

Intervenants :



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