MOOC : les profs face aux nouveaux cours en ligne



04.10.2013
2 min

C’est le mot de la rentrée universitaire : MOOC. Du moins, parmi les mesures de la ministre de l’Enseignement supérieur Geneviève Fioraso et dans les médias. Ces cours massifs ouverts en ligne nés aux États-Unis en 2008 ne cessent de prendre de l’essor et la France vient d’annoncer sa future plateforme. A la veille de la journée mondiale des enseignants, qu’en pensent ceux dont le métier s’en trouverait bouleversé ?
« Mooc ? Ca s’écrit comment ? Non, jamais entendu parler. » Enseignant chercheur depuis 12 ans, professeur en chimie moléculaire à l’Université Pierre et Marie Curie, Matthieu Sollogoub représente bien la très grande majorité de ses collègues. Cet acronyme ne lui dit rien, même s’il utilise les nouvelles technologies depuis longtemps :

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Un sondage Opinionway pour le ministère publié mercredi révèle en effet que seuls 18% des enseignants savent précisément de quoi il s'agit et seuls 3% en ont déjà suivi un en entier. Le plan FUN, France Université Numérique, vanté mercredi par la ministre, souhaite corriger ce retard. Avec notamment une plateforme française, proposant dans un premier temps, en janvier, une vingtaine de cours massifs gratuits. Histoire d'affirmer sa souveraineté pédagogique, linguistique et culturelle, quand aujourd'hui seulement 3% des universités françaises proposent des cours en ligne, contre 80% aux États-Unis. Et quand le CNED, épinglé par la Cour des comptes, a raté sa révolution numérique.

MOOC : Massive Open Online Course. Ou CLOM : cours en ligne ouvert et massif. Avec des xMOOCs, dont on entend le plus parler, comme EdX (récemment associé à Google) ou Coursera, qui reposent sur un modèle instructiviste : un cours quasi classique. Et des cMOOCs, connectivistes, avec un "organisateur" plus qu’un professeur. Premières en France : Centrale Nantes et Télécom Bretagne. >

Pour Geneviève Fioraso, cette révolution numérique digne de celle de l'imprimerie n'attend pas. Elle promet 500 postes pour le numérique et d'accompagner, de former les enseignants. Son objectif : 100% de cours numériques à disposition des étudiants en 2017 et des MOOCs qui permettraient de réduire en partie les traditionnelles conférences en amphi de première année, mais sans renvoyer chacun chez soi :

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A l'heure déjà des smartphones et tablettes en amphi, Rémi Bacheletn'a pas attendu ce top départ officiel étoffé notamment de la star des maths françaises, Cédric Villani.
Maître de conférences à l'école Centrale de Lille et ancien administrateur de Wikimedia France, il est le chantre de MOOCs qu'il considère bien comme une formation complémentaire.
Il pilote le premier à délivrer un certificat en France, coûtant autour de 100 euros, avec aujourd’hui 9.000 inscrits, soit 3 fois plus que l’an dernier, à son lancement. Rémi Bachelet présente ces cours de Gestion de projet et la place qu'y tient le professeur. Entretien réalisé avec Célia Quilleret, de France Info :

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Logo de QuidQuam? EUREKA !
Logo de QuidQuam? EUREKA ! Crédits : Unisciel

Toujours à Lille, Daniel Hennequin, chercheur au CNRS de Lille 1, met au point les derniers détails de QuidQuam? Eurêka!, un MOOC scientifique, à venir sur France Université Numérique en janvier.

Il le présente, en précisant sa conception pédagogique :

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Daniel Hennequin, chercheur CNRS de l'Université Lille1, à propos du MOOC QuidQuam ? EUREKA !

Attention au fétichisme de l'outil
Le rôle de l’enseignant et son lien avec l’élève se retrouvent donc bouleversés dans ce qui en moyenne est aujourd'hui suivi jusqu'au bout par seulement 10% des apprenants, essentiellement NON étudiants.

Marc Neveu, co-secrétaire général du Snesup
Marc Neveu, co-secrétaire général du Snesup Crédits : Eric Chaverou - Radio France
Et Marc Neveu, co secrétaire général du Snesup, syndicat majoritaire, pose beaucoup de questions sur ce qui ne doit pas selon lui être considéré comme « un outil magique ».

Davantage préoccupé par l’accueil physique en ce moment des étudiants, ce professeur d'informatique à Dijon s'interroge notamment sur la valeur et le prix des certificats et diplômes. Pour une France qui a le culte du diplôme. La ministre elle-même précise que les Etats-Unis n'ont toujours réglé la question de la "diplomation". Et la charge de travail supplémentaire et sa rémunération ? Rémi Bachelet reconnaît ainsi qu'une heure de vidéo demande dix heures de préparation.

Quid aussi des conséquences économiques d'un tel phénomène, dans le recrutement d'enseignants en France mais aussi dans le développement d'universités "physiques" en Afrique ? Marc Neveu craint d'ailleurs une forme de colonisation des pays du tiers-monde par un certain nombre de grandes universités :

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Marc Neveu, co-secrétaire général du Snesup, à propos des MOOCs

Président du comité numérique de la Conférence des présidents d’universités, François Germinet avoue que dans un premier temps ces MOOCs ne seront pas rentables. Mais « c’est un pari sur l’avenir ». « Je pense que toutes les universités attendent cela et vont emboîter le pas » affirme celui qui parie sur 300 MOOCs en France d’ici 3 ans. Lui qui les comparent à de précieux « chalutiers qui essayent de repérer quelques très très bons étudiants ». Ecoutez le avec Célia Quilleret :

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Des savoirs en boîte, supposés universels, mais on ne sait pas quel modèle va gagner !

La boussole des MOOCs selon Dominique Boullier
La boussole des MOOCs selon Dominique Boullier Crédits : Dominique Boullier
Dominique Boullier est un pionnier de l’enseignement à distance en France, co concepteur par exemple en 1997 d'un diplôme à distance de l'université de technologie de Compiègne.

Désormais professeur de sociologie à Sciences Po, il est aussi le coordinateur scientifique de son Medialab et le directeur exécutif de son projet innovant FORCCAST. Il travaille en ce moment aux deux premiers MOOCs de l'établissement. Ce qui n'empêche pas une analyse critique exposée dans une passionnante tribune publiée via Internet Actu. "La standardisation ou l'innovation ?" demande Dominique Boullier à propos du MOOC :

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Les MOOCs vus par Dominique Boullier, professeur de sociologie à Sciences Po et pionnier de l'enseignement à distance

> Et vous ? Face à ce panorama et ces perspectives, comment réagissez-vous ? Quand certains enseignants deviennent par exemple des stars mondiales et l'aisance devant la caméra ou la webcam pourrait aussi devenir un impératif du professeur du XXIe siècle. Voici vos tweets :

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La classe inversée David Bouchillon enseigne depuis 13 ans. Aujourd'hui, professeur d'histoire géographie dans un collège de Salles (Gironde). Son expérience pédagogique est née d'une envie de travailler autrement. Il a abandonné les notes il y a plusieurs années et travaille par compétences. Il observe alors un réinvestissement mais au fond de ses classes certains élèves restent toujours très passifs.

La classe inversée
La classe inversée Crédits : DR
L'étincelle viendra il y a deux ans d'échos de classes inversées aux Etats-Unis et au Québec et de l'exemple de l'Académie Khan.

Il s'en inspire et devient « accompagnateur », « organisateur », grâce notamment à de petites vidéos à visionner à la maison avant la classe et un site pour planifier le travail.

« Le savoir devient horizontal. On se sert de ce que savent les élèves et les connaissances partent des élèves », explique celui qui est maintenant immité par des collègues et désormais officiellement soutenu par son Académie. David Bouchillon  :

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Un reportage d'Eric Chaverou

> Et découvrez aussi de nombreux cours et conférences de grandes écoles et universités grâce à France Culture Plus > Enfin, l'émission "Soft Power", qui a déjà parlé des MOOCs dimanche dernier, en reparlera le 13 octobre.



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