Les théâtres ne sont pas des danseuses. Et pourtant, ça valse !



05.05.2014
5 min

“Après le Théâtre de Paris en janvier 2013, a-t-on lu dans Le Parisien, le patron de Vente-privee.com, Jacques-Antoine Granjon, rachète, avec le producteur Richard Caillat, le Théâtre de la Michodière, dans le 2e arrondissement de Paris, où il compte développer l’humour et le one-man-show.” * Inauguré en 1925, à deux pas de l’Opéra, rappelle Alain Beuve-Méry dans Le Monde, le Théâtre de La Michodière incarne, à sa façon, l’esprit du théâtre parisien, avec sa salle rouge et or de 700 places conçue par l’architecte Auguste Bluysen dans un style Art déco. Depuis sa création, la Michodière a toujours privilégié les comédies. Il s’agit surtout d’une très jolie opportunité pour M. Granjon. Les salles de spectacles sont des denrées rares à Paris et elles sont fortement convoitées par de grands groupes privés. […] En achetant des salles parisiennes, analyse Le Monde, M. Granjon prend le contrepied de tous ceux qui affirment que « la montée en puissance d’Internet conduit à une désincarnation inéluctable de la réalité humaine. Bien au contraire, un chanteur doit continuer d’aller sur scène et la production d’artistes demeure le nerf de la guerre », estime M. Granjon. Les théâtres parisiens ne sont pas « des danseuses, mais des marques prestigieuses », qui portent en eux de forts potentiels de développement.” Et les théâtres de province ? S’ils ne sont pas non plus des « danseuses », ça commence à valser sérieusement ici et là. “Drôle de climat à Roanne, constate ainsi notre confrère en Dispute René Solis dans Libération. Quatre jours après avoir repris son fauteuil à la socialiste Laure Déroche, en mars, le maire (et député UMP) Yves Nicolin a annoncé son renvoi à Abdel Sefsaf, le directeur du théâtre municipal. Et chargé la police d’aller porter, le 10 avril, la lettre de licenciement au domicile de l’intéressé. Dans son courrier, Yves Nicolin indique que « le poste de directeur de théâtre est un poste à temps plein incompatible avec l’exercice d’activités culturelles ou artistiques parallèles ». En clair, il reproche à Abdel Sefsaf d’être aussi acteur et metteur en scène ! Sans doute conscient que cet argument risque de manquer de poids juridique, Nicolin ajoute « l’illégalité » de l’arrêté municipal du 7 janvier qui nommait Sefsaf à la tête du théâtre et qui mentionnait le 19 novembre 2013 comme date de début de contrat. Une rétroactivité contraire au droit selon le maire, qui précise que c’est le sous-préfet de Roanne qui l’a « informé de cette entorse à la règle ». En contrepartie et « compte tenu de [sa] situation familiale », Abdel Sefsaf s’est vu proposer un contrat jusqu’au 4 juillet, « date du dernier jour de classe avant les vacances scolaires ». Ce limogeage fait des vagues. Le nouveau directeur, nommé en 2012 pour un premier contrat d’un an, avait augmenté le nombre d’abonnés et de spectateurs grâce à un projet prévoyant résidences d’artistes et créations. Un courrier signé notamment du Syndeac (le syndicat qui regroupe la presque totalité des directeurs de théâtres publics) rappelle au maire que « nombre d’artistes dirigent des théâtres » et conclut : « On ne traite pas un directeur de théâtre public de cette façon. » Dans une note au préfet de région, Jean-François Marguerin, directeur régional des affaires culturelles, récuse pour sa part les arguments avancés par le maire. Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes, a de son côté indiqué que le licenciement remettait en cause le label « Scène régionale » attribué au théâtre de Roanne et la subvention de 60 000 euros qui l’accompagnait.” Après cette éviction, “les professionnels de la culture ont l’œil rivé sur la carte de France, observe Clarisse Fabre dans Le Monde. D’autres points rouges y clignotent, avec plus ou moins d’intensité, comme le souligne Madeleine Louarn, la directrice du Syndeac. « On ne peut pas dresser une liste complète, car certains dossiers trouveront peut-être une issue favorable, au terme d’un « gentlemen’s agreement ». Il faut laisser le temps aux nouveaux élus de prendre leurs marques, certes, mais la situation est préoccupante comme jamais », résume-t-elle. La « vague bleue » des élections municipales de mars, qui a entraîné la victoire de nombreux élus UMP, va-t-elle se traduire par des réductions de subventions dans la culture, voire par une réorientation de la programmation de certaines scènes ? D’ores et déjà, quelques maires ont fait usage de méthodes inédites. C’est le cas à Saint-Etienne. L’Opéra Théâtre de la ville est dans le collimateur du nouveau maire, Gaël Perdriau (UMP). Il dénonce la gestion de l’équipe sortante socialiste [ et annonce une enquête administrative avec suspension de leurs fonctions visant notamment] le directeur général adjoint des services de la ville chargé de la culture, le directeur des affaires culturelles et le directeur de l’Opéra Théâtre.” Et la journaliste du Monde de citer également Toulouse, où “le nouveau maire UMP, Jean-Luc Moudenc, étudie le dossier de La Machine, compagnie de François Delarozière, mondialement connue avec ses créatures géantes qui déambulent dans les métropoles”, ou encore le Forum du Blanc-Mesnil, dont le maire UMP Thierry Meignen juge la programmation “trop exigeante. Cette scène conventionnée, financée à 75% par la ville, a accueilli en résidence des artistes, dont certains sont devenus des auteurs emblématiques, tel Emmanuel Demarcy-Mota, actuel patron du Théâtre de la Ville et du Festival d’automne à Paris. Pour l’heure, les discussions entre le patron du Forum, Xavier Croci, et Thierry Meignen seraient constructives. A suivre…”*



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