Coca Cola Park et Coupe du Monde: Bertrams, le quartier pauvre que l'on maquille à Johannesburg



06.06.2010

Ellis park et Bertrams à Joburg (photo satellite)
Ellis park et Bertrams à Joburg (photo satellite) Crédits : Google
Ellis park et Bertrams à Joburg (photo satellite) ©Google

La Coupe du monde permet d’accélérer la régénération urbaine de Johannesburg, qui n’avait pas atteint la partie Est du centre-ville (où se situe l’un des stades de la coupe, Ellis Park rebaptisé Coca Cola Park). Outre les investissements publics pour l’agrandissement et l’amélioration du stade lui-même, ainsi que l’aménagement (et la sécurisation) de ses alentours, les dépenses publiques à l’occasion de la Coupe du Monde se concentrent sur la frontière qui sépare le stade du quartier populaire (et dégradé) voisin, Bertrams (photo satellite + figure 1). Claire Benit-Gbafou a mené l'enquête sur le terrain.

Figure 1. La coupe du monde 2010 et les politiques de régénération urbaine
Figure 1. La coupe du monde 2010 et les politiques de régénération urbaine Crédits : Benit-Gbaffou
Figure 1. La coupe du monde 2010 et les politiques de régénération urbaine - Autour d'Ellis Park Stadium, Johannesburg ©Benit-Gbaffou

1. Avant/Après
1. Avant/Après Crédits : Benit-Gbaffou, 2006-2010
1. Avant/Après ©Benit-Gbaffou, 2006-2010

Ce complexe de logements municipaux (‘les 17 maisons’) situé en bordure du stade a failli être démoli pour être remplacé par un centre commercial – afin de capter la clientèle touristique attendue. Les habitants ont su résister et négocier une réhabilitation (superficielle) de leurs logements.

Il s’agit de rendre la pauvreté invisible (voir ci-dessus), autant que de marquer la frontière entre un espace "globalisé" voué aux athlètes de haut niveau et aux visiteurs internationaux que l’on espère fortunés, et des résidents pauvres dont on souhaite limiter l’incursion (photo 2).

2. A l’intérieur du quartier de Bertrams
2. A l’intérieur du quartier de Bertrams Crédits : Benit-Gbaffou, 2006
2. A l’intérieur du quartier de Bertrams ©Benit-Gbaffou, 2006

Beaucoup de maisons sont laissées à l’abandon, ou non entretenues par des marchands de sommeil. Certaines d’entre elles ont une valeur historique ou architecturale (le quartier, qui date du début du XXème siècle, est ancien a l’échelle de Johannesburg). La municipalité cherche plutôt à les détruire afin de densifier le quartier (péri-central, à Johannesburg)  mais la reconstruction tarde à venir.

Il était initialement prévu de développer le quartier dans son ensemble, au bénéfice des résidents locaux  mais la crise financière qui marque la municipalité de Johannesburg, ainsi que les surcoûts entrainés par la rénovation du stade, ont mis à mal ces projets : le quartier reste le grand ignoré de la Coupe. Un équipement public important bénéficiera toutefois aux résidents – la construction du réseau de bus rapide ("Rea Vaya") qui dessert désormais le quartier (photo 3).

3. Bertrams Road
3. Bertrams Road Crédits : Benit-Gbaffou, 2009
3. Bertrams Road ©Benit-Gbaffou, 2009

À la jonction entre le quartier du Stade (à gauche sur la photo) et le quartier résidentiel de Bertrams, la rue fait l’objet d’une attention particulière des pouvoirs publics. Un système de bus en site propre a été construit dans la foulée de 2010 – l’un des investissements majeurs et potentiellement durable facilité par l’événement.

Même si quelques résidents misent sur des retombées touristiques en ouvrant de petits hôtels, l’impact de la Coupe reste faible en termes d’opportunités économiques ou d’amélioration des conditions de vie. Des expulsions ont été organisées par la ville, qui espérait, en reconstruisant un pâté de maisons entier (photo 4), attirer des investisseurs privés dans la rénovation du quartier  mais elles sont restées limitées grâce a la mobilisation d’ONG et le faible intérêt des spéculateurs pour un quartier encore trop risqué en termes d’investissement.

4. Bertrams : les tentatives manquées de régénération urbaine
4. Bertrams : les tentatives manquées de régénération urbaine Crédits : Benit-Gbaffou, 2009
4. Bertrams : les tentatives manquées de régénération urbaine ©Benit-Gbaffou, 2009

La municipalité a racheté l’ensemble de ces immeubles, en vouant certains à la destruction (en vue d’une densification grâce à des capitaux privés qui tardent a venir), d’autres à la conservation-réhabilitation (c’est le cas de l’immeuble bleu, Arts Déco, sur la droite de la photo). Les résidents en ont été expulsés, mais, grâce à l‘intervention d’une ONG, relogés dans des logements municipaux en centre-ville.

Pour plus d’information voir : Claire Benit-Gbaffou “In the shadow of 2010 – a fast tracked local democracy, or how to get rid of the poor in Greater Ellis Park Development Project, Johannesburg”, in BASS O, PILLAY U, TOMLISON R (eds), Development and Dreams: Urban Development Implications of the 2010 Soccer World Cup, 2008, Pretoria: HSRC Press, pp. 200-222. Accessible en ligne: http://www.hsrcpress.ac.za

Et son chapitre dans:

Livre collectif, 2010
Livre collectif, 2010 Crédits : Editeur HSR
Livre collectif, 2010 ©Editeur HSR

Claire Benit-Gbaffou est intervenue dans l'émission Planète Terre du 2 juin — Afrique du Sud : où en est la ségrégation urbaine (disponible en podcast et écoute à la carte). Elle est à nouveau invitée dans l'émission du 9 juin sur: violences, identités et territoires dans la nouvelle Afrique du Sud (disponible ici).

Claire Benit-Gbaffou
Claire Benit-Gbaffou Crédits : Radio France
Claire Benit-Gbaffou ©Radio France

Sur le même sujet: le billet multimédia du 29 mai. Lire aussi celui 1er juin sur Le Cap.

Et maintenant, vous pouvez rallumer la télévision! (pour regarder pendant 3' un petit diamant de propagande sur le Ellis/Coca Cola Park de Joburg).

Sylvain Kahn

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