Et si l'amour durait 
« Que nous soyons réactionnaires ou progressistes, tournés nostalgiquement vers
le passé ou résolument vers l'avenir, nous sommes tous modernes en ceci que nous
revendiquons et que nous exerçons la liberté d'aimer qui nous voulons, comme
nous voulons et le temps qu'il nous plaît.
L'enfant de bohème est devenu roi.
Nous avons balayé les conventions et supprimé les contraintes qui pesaient sur
l'amour. Nulle autorité extérieure ne nous dicte nos comportements. La
collectivité n'a plus voix au chapitre. Nous sommes, autrement dit, les maîtres
des engagements que nous contractons. Cette souveraineté nous comble mais elle
nous confronte aussi, sans dérobade possible, aux questions qui tourmentaient la
princesse de Cléves : suffit-il d'aimer pour savoir aimer ? L'amour est-il
lui-même aimable, digne d'estime et de confiance ? A-t-il assez de ressources
une fois levés tous les interdits, brisés tous les tabous, vaincus tous les
obstacles pour résister à l'épreuve du temps ? Est-on fondé à croire encore dans
l'amour durable ou cette promesse est-elle une chimère, une illusion, un leurre,
un dangereux mirage
On peut traiter ces questions qui sont désormais le lot
de tout un chacun par la statistique et les sciences sociales. Sans mésestimer
l'utilité de telles approches, j'en ai choisi une autre la littérature. Après
Madame de La Fayette, Ingmar Bergman, Philip Roth et Milan Kundera ont été mes
éclaireurs"
Alain Finkielkraut

