Le direct

Le miasme et la jonquille


A partir de 1750, les hommes d'occident ont peu à peu cessé de tolérer la proximité de l'excrément ou de l'ordure, et d'apprécier les lourdes senteurs du musc. Une sensibilité nouvelle apparaît, qui poussera les élites, affolées par les émanations sociales de la ville malade, à chercher dans les parcs et sur les flancs des montagnes la pureté de l'atmosphère : elles y rencontrent la jonquille, au parfum quasi imperceptible, qui, leur parlant de leur moi, révèle l'harmonie de leur être et du monde. Alors commence une fascinante et inquiétante entreprise de désodorisation, qui conduit au silence olfactif de notre environnement actuel. Le bourgeois du XIXe siècle fuit le contact du pauvre, puant comme la mort, comme le péché, et entreprend de purifier l'haleine de sa demeure ; imposant leur délicatesse, les odeurs végétales donnent naissance à un nouvel érotisme. Cette savante stratégie ne s'imposera pas sans résistance : il faudra attendre longtemps pour que l'hygiène corporelle remporte, chez les misérables que l'on veut «désempuantir», des succès décisifs alors que les clivages et les antagonismes s'enracinent dans deux conceptions différentes de l'air, de la crasse, de la merde. L'épisode centenaire de l'histoire du dégoût et de la purification, qui fait l'objet de ce livre, a bouleversé les représentations sociales et les références symboliques. Sans le bien connaître, on ne saurait mesurer à quelle profondeur viscérale se situent les conflits sociaux du XIXe siècle, ni expliquer l'importance qu'a prise, aujourd'hui, le songe écologique. - Présentation de l'éditeur - (date de publication : 2001 (1ère éd. 1982))

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