L'art Post-it fait sa rentrée



06.09.2012

Un bout de la fresque de post-it
Un bout de la fresque de post-it Crédits : Radio France/ Hélène Combis-Schlumberger
70.000 post-it, soit environ 1,3 mètre cube de papier qui dessinent une série de moutons !

Placés sur les vitres de la tour du campus de Jussieu, à Paris, ces petits bouts de papier colorés forment depuis quelques jours une très grande fresque s'étendant sur 90 mètres d'étages (une photographie de l'intégralité de la tour vous attend, en bas de page).

Vingt moutons donc, avec, au-dessus de ce troupeau, un petit bonhomme, personnification de l'Université, qui saute en soulevant un nuage de fumée (jaune vif). Il brandit à bout de bras un autre de ces quadrupèdes, sur le dos duquel figure un poste de radio...

Menée par des étudiants de Jussieu, cette initiative artistique a débuté en cette rentrée 2012 sur le campus de l'Université Pierre et Marie Curie (UPMC) . Originale, hébergée par une structure qui n'a pas pour habitude d'accueillir l'art, c'est une démarche qui n'est pas sans susciter nombre d'avis contrastés.

Les raisons d'une fresque en post-it de 90 mètres de haut
Mercredi 5 septembre. Une file d'étudiants se découpe sur façade de la tour Zamansky, sur le campus universitaire de Jussieu. Tandis que ces jeunes patientent afin de régler leurs droits d'inscription, d'autres s'activent à l'intérieur de cette même tour, collant avec application des post-it sur les vitres. A l'extérieur, la fresque prend forme, peu à peu. Elle a pour ambition de couvrir les vingt-trois étages de la tour.

A l'origine de ce projet, un étudiant en 3ème année de mathématiques, artiste auto-baptisé De Grüm.

Degrüm et Nil Samar
Degrüm et Nil Samar Crédits : Radio France/ Hélène Combis-Schlumberger
Avec quelques expositions à son actif, celui-ci ne s'était jusque là jamais risqué au-delà de la sphère picturale. C'est à l'occasion de la première Welcome Week (semaine de rentrée) qui débute ce lundi 10 septembre au sein de l'Université Pierre et Marie Curie, qu'il a décidé de mettre son projet à exécution, aidé d'une trentaine de camarades.

Pour autant, De Grüm n'a pas tout à fait délaissé ses pinceaux, puisque ce grand projet est étroitement lié à une exposition de ses peintures, visible dès ce lundi 10 septembre (après la pose du dernier post-it) dans les murs de la faculté.

De Grüm et Nil Smar, son agent et ami, également jeune étudiant :

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Quelques toiles de De Grüm
Quelques toiles de De Grüm Crédits : Radio France/ DR

Et De Grüm de s'empresser d'ajouter qu'au-delà de son exposition et de la fable sur laquelle elle repose (et dont la morale, qui porte aux nues le mouton érudit, peut sembler un peu naïve), son rôle "n'est pas de forcer les gens à penser quelque chose ".

Cette myriade de petits papiers affichés sur la façade principale de la tour de Jussieu n'est pas sans rappeler la "post-it war", cette bataille de post-it qui fait rage, depuis juillet 2011, entre des entreprises parisiennes, lyonnaises, lilloises... et même étrangères : il n'est maintenant pas rare de voir des space-invaders ou autres personnages de post-it, éclore sur les vitres des bureaux.

Mais si De Grüm et Nil Samar admettent s'être inspirés de ce phénomène, dont ils ont suivi l'évolution dans divers quotidiens, ils s'en détachent, également : "On est légèrement différents, parce que nous, on ne reproduit pas une image dans le seul but de coller beaucoup de post-it sur la tour. On a un message derrière, lié à notre projet d'exposition. Nous ne sommes pas animés par une volonté de persévérer dans la post it war et de faire mieux. D'ailleurs, de toute façon, on les atomise ! "

Pourtant, n'oublions pas qu'à Liège, cet été, une fresque record de 600 m² et 190.000 post-it a été réalisée pour le Tour de France 2012.

La réalisation de la fresque
Trente personnes, six jours de collage, et beaucoup de préparatifs en amont : après avoir obtenu l'aval de l'Université pour son projet, De Grüm s'est procuré les plans de la tour. Il a ensuite réalisé un montage photoshop à partir de son dessin original, puis a appliqué dessus, tel un pochoir, l’armature de la tour, "sachant qu'il y a à peu près un mètre vingt de façade entre chaque vitre ".

Malik Benkiram, un des amis de Degrüm, a ensuite développé un logiciel permettant de tout ramener à bonne échelle et procédant à un découpage de l'oeuvre par fenêtre, un pixel équivalant dès lors à un post-it. Grâce à cette invention, chaque "colleur" était armé d'une sorte de feuille de route (une par fenêtre) bardée d'une mosaïque d'environ 400 lettres, chaque lettre correspondant à un post-it d'une certaine couleur.

Collage de post-it / Feuille de route pour une fenêtre
Collage de post-it / Feuille de route pour une fenêtre Crédits : Radio France/ Hélène Combis-Schlumberger

La fresque restera entre deux semaines et un mois, en fonction de sa résistance.

Le personnel et les étudiants, entre enthousiasme et perplexité
"C'est génial et rigolo. La symbolique du mouton n'est pas anodine... J'ignore si ce choix est motivé, mais si c'est le cas, qu'ils fassent des émules ! ", s'exclame une femme sympathique, tout en fermant son bureau après une journée de labeur entre les murs de la tour Zamansky.

L'une de ses jeunes collègues, regard perplexe derrière ses lunettes, émet un avis un peu plus nuancé : "Pas évident de comprendre ce que c'est. Je n'aurais pas deviné qu'il s'agissait de moutons ! On manque de recul... Et en terme de développement durable, c'est pas terrible... Et qu'en est-il du financement ? Il aurait fallu qu'ils communiquent davantage ! Enfin, les moutons... quel sens faut-il y voir ? Quel est le contexte...? "

Et il est vrai qu'entre le manque de recul devant la tour Zamansky, et les multiples reflets jouant sur la façade, toute la partie haute de l'oeuvre n'est pas facilement discernable depuis la cour de l'université.

Mouton en post-it
Mouton en post-it Crédits : Radio France/ Hélène Combis-Schlumberger

Un autre bureaucrate, tapotant sur son ordinateur devant la vitre de son bureau totalement recouverte de post-it rose bonbon, se fait un peu prier pour livrer son sentiment sur ce projet de fresque : "ça change un peu l'ambiance du bureau on va dire. Je vais être gentil... " Avant de se dire moyennement convaincu par l'esthétique de la chose : "Je pense qu'ils auraient du choisir une autre matière, et en coller une pièce par fenêtre. "

Parmi le personnel de la faculté, d'autres échos font état de ces questionnements concernant le respect de l'environnement, la valeur esthétique de l'oeuvre ("On a déjà été embêtés par les travaux et les bâtiments horribles, ces dernières années "), le financement et le manque de communication autour de ce projet. Mais, à en croire Nil Samar, ces récréminations sont en partie dues à une ignorance concernant ce dernier :

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Quant aux reproches à propos du manque de communication autour de la fresque, au sein même de l'université… : "ça fait partie de la philosophie de notre communication de garder le mystère. ça reste dans l'esprit de la fable, d'inviter les gens à la curiosité ! "

Et côté étudiants d'ailleurs, ça semble fonctionner ! De ce qu'on a pu glaner, l'amusement, voire l'enthousiasme, sont quasiment unanimes. Rudy, bronzé et souriant, dit venir du sud et aimer la couleur : "Je trouve ça très original ! Moi, je ne suis jamais contre l'art. Dès qu'il y a de bonnes idées, il faut oser, même si ça ne plaît pas à tout le monde ! On s'extrait du sombre et du gris parisien. "

Trois jeunes filles désoeuvrées, de passage sur le campus, se montrent également séduites par le projet : "C'est original, avec très peu de moyens. ça casse un peu l'ambiance de travail, et ça change des gros panneaux avec des fenêtres... en rien du tout, en plastique quoi ! "

Post-it_Léa
Post-it_Léa Crédits : Radio France/ Hélène

Nous avons également rencontré Léa et Thomas.

Venus s'inscrire, ils découvraient tout juste la fresque et son "armée de débiles " (c'est ainsi que De Grüm qualifie la vingtaine de moutons qui y est représentée) :

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Sur la tour centrale de Jussieu, une fresque de post-it de 90 mètres de haut
Sur la tour centrale de Jussieu, une fresque de post-it de 90 mètres de haut Crédits : Radio France/ Hélène Combis-Schlumberger

Hélène Combis-Schlumberger

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