Fondé en 1947 par Jean Vilar, le Festival d'Avignon est aujourd'hui l'une des plus importantes manifestations internationales du spectacle vivant contemporain. Chaque année, en juillet, Avignon devient une ville-théâtre, transformant son patrimoine architectural en divers lieux de représentation, majestueux ou étonnants, accueillant des dizaines de milliers d'amoureux du théâtre de toutes les générations (plus de 100 000 entrées). Souvent en vacances et venus de loin, beaucoup de spectateurs séjournent plusieurs jours à Avignon et voient quelques-uns des spectacles parmi la quarantaine d'œuvres de théâtre, de danse, et aussi d'arts plastiques ou de musique. Le Festival réussit l'alliance originale d'un public populaire avec la création internationale. Avignon, c'est également un esprit : la ville est un forum à ciel ouvert, où les festivaliers parlent des spectacles et partagent leurs expériences de spectateurs. Un mois durant, tous peuvent avoir accès à une culture contemporaine et vivante...
Gymnase du lycée Saint-JosepheIsabelle Lassalle © Radio France
Fondé sur des interventions dialoguées d’écrivains, d’artistes, d’historiens, de philosophes, d’anthropologues ou de sociologues, le Théâtre des idées contribue à éclairer certaines questions soulevées par la programmation et à construire un espace critique en résonance avec les thématiques abordées par les propositions artistiques du Festival.
Conception et modération Nicolas Truong.
Enregistrements en juillet 2011.
- Comment sortir de la catastrophe ?
De la crise financière à l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima, la société du risque est devenue le modèle de notre monde contemporain sans cesse menacé d'effondrement écologique, économique ou politique. Comment échapper à la fois à la catastrophe et au catastrophisme ? Quelles alternatives collectives construire pour faire face à cette crise de l'avenir ? En mariant Marx et Matrix, en jonglant entre Hegel et Hitchcock, le penseur slovène Slavoj Žižek, figure de la «pop philosophie», est aussi sévère avec le capitalisme global qu'avec une certaine frange de la gauche radicale, ne cessant d'articuler les références de la culture élitaire (opéra) et populaire (cinéma) aux grandes déflagrations planétaires. Slavoj Žižek analyse les différentes façons d'appréhender la crise du capitalisme. Car les quatre cavaliers de l'Apocalypse (désastre écologique, révolution biogénétique, marchandisation démesurée et tensions sociales) sont, selon lui, en train de le décimer. Face à cette situation catastrophique, quatre attitudes semblent s'imposer : le déni (l'idée que la misère ou les cataclysmes, « cela ne peut pas m'arriver »), le marchandage (« laissez-moi le temps de voir mes enfants diplômés »), la dépression (« je vais mourir, pourquoi me préoccuper de quoi que ce soit ») et l'acceptation (« je n'y peux rien, autant m'y préparer »). Or, il est possible de sortir collectivement de cette mondialisation malheureuse. De Kafka à Satie, de la spiritualité à la vie en société, de l'économie politique à la vie psychique, une rencontre avec un intellectuel iconoclaste pour mieux « vivre la fin des temps ».
Avec Slavoj Zizek, philosophe.
- L'Art face à l'oubli
Face à la disparition des témoins des grandes tragédies du XXe siècle, la fiction se saisit de l'Histoire pour tenter de comprendre comment l'humanité peut être plongée dans de sombres temps. De Jonathan Littell à Yannick Haenel, le récit des romanciers, par exemple, ne concurrence pas celui des historiens puisqu'il se fait sur un autre terrain. Il questionne notre rapport à la vérité, à la mémoire, à la transmission, à l'Histoire. Y a-t-il des limites à la fiction historique ? Comment l'art ou la culture de masse permettent-ils de rendre compte de la part indicible des événements les plus terribles et singuliers, comme le génocide nazi ? Certaines oeuvres de fiction reconstituent de façon imaginaire l'expression subjective d'un personnage qui s'exprime comme un témoin, parle de ce que nous avons découvert grâce aux témoins, dit même ce que nous aurions voulu entendre des témoins au-delà de ce que les témoignages effectifs ont pu mettre à jour. Sauf que ce témoignage est un faux vraisemblable. Ce brouillage des frontières alimente nos polémiques à proportion même de la valeur fondatrice que notre société a donné au témoignage, à la parole issue de l'indicible de la Shoah. Cette charge polémique nous indique que nous sommes à un moment charnière, où nous avons encore pour norme l'idéal d'une transmission «directe », « immédiate », par le témoin-acteur de la tragédie, par la victime ou son témoin. Le vieillissement et la disparition des témoins-victimes nous placent devant une situation nouvelle. Du cinéma à l'école, de la littérature au théâtre, du voyage historique au documentaire pédagogique, comment transmettre cette histoire malgré le passage du temps? Comment se défendre certes contre l'oubli, mais surtout contre la falsification et l'érosion ?
Avec Jérôme Clément, écrivain, fondateur et ancien président d'ARTE et Sophie Ernst, philosophe.
Thèmes : Débat| Théâtre des idées| Prospective| Idées
Mots-clés : Théâtre des idées| Festival d'Avignon| Slavoj Zizek| Jérôme Clément| Sophie Ernst



