Sous prétexte de parler de tous les prix littéraires qu'il a reçus, Thomas
Bernhard se livre, dans ces textes inédits, à ce qu'il fait le mieux : exercer
sa détestation. Jurés, organisateurs, notables allemands ou autrichiens,
personne n'est épargné par l'humour vengeur d'un auteur hypersensible à la
médiocrité. Irrésistiblement méchant et drôle, il excelle aussi dans l'art de la
miniature. Chaque récit est un joyau, et se lit comme une courte nouvelle.
Derrière une apparente désinvolture, Bernhard interroge la nature de l'industrie
littéraire et la vanité des distinctions honorifiques. Tout cela dans un style
acéré et ironique à la fois - du grand art. Terminé en 1980, ce petit volume,
resté pour des raisons obscures inédit du vivant de l'auteur, associe neuf
récits de remises de prix et certains discours de réception correspondants,
poétiques et violents. On comprendrait presque pourquoi un certain ministre
autrichien, à l'audition d'un de ces textes assassins, s'est retenu de justesse
de frapper Bernhard...