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La boîte de conserve, une invention simple au destin extraordinaire

La boîte de conserve

3 min
À retrouver dans l'émission

En 1810, le confiseur Nicolas Appert dévoile sa méthode de stérilisation et de conservation des aliments qui consiste à les placer dans des bocaux étanches chauffés à haute température. La même année, à Londres, un commerçant dénommé Peter Durand améliore ce procédé. La boîte de conserve était née !

La boîte de conserve, une invention simple au destin extraordinaire
La boîte de conserve, une invention simple au destin extraordinaire Crédits : Alexandre Morin-Laprise - Getty

C’est au début du XIXe siècle à Paris qu’a commencé l’histoire de la boîte de conserve. En 1810, le confiseur Nicolas Appert publie un article sur sa nouvelle méthode de stérilisation et de conservation des aliments. Il suffit, écrit-il, de les placer dans des bocaux étanches chauffés à haute température. La même année, à Londres, un commerçant dénommé Peter Durand améliore ce procédé en utilisant des cylindres de métal recouvert d’une fine couche d’étain. Et la boîte de conserve était née ! L’historienne Stéphanie Soubrier nous raconte dans Le Magasin du monde l’histoire de cette invention aussi simple que révolutionnaire, même s’il a fallu attendre un siècle avant qu’elle séduise le plus grand nombre.

D’abord, la boîte de conserve est longtemps restée chère pour les consommateurs. Et puis sa réputation a aussi été entachée par plusieurs scandales sanitaires tout au long du XIXe siècle, comme après la découverte de centaines de conserves de viande en putréfaction qui ont transformé la boîte de conserve en symbole d’empoisonnement alimentaire. Certains Britanniques amateurs d’humour noir la surnomment même Fanny Adams, du nom d’une petite fille de huit ans démembrée par son assassin.

La boîte de conserve, meilleur auxiliaire des explorateurs

En revanche, la boîte de conserve conquiert rapidement les voyageurs, les explorateurs et les colonisateurs. A commencer par ceux qui explorent et colonisent une grande partie de l’Asie et de l’Afrique. On peut même dire qu’elle a été au XIXe siècle une condition sine qua non des explorations, notamment au Pôle Nord. Car la petite boîte métallique est de tous les voyages : elle accompagne les grandes expéditions militaires, comme celle des soldats français en Chine pendant la Seconde guerre de l’opium en 1860. Les marines européennes en sont friandes, car elles permettent non seulement d’abolir les distances et les saisons, mais aussi d’éviter les famines, les carences et les maladies comme le scorbut.

Outre-mer, la boîte de conserve devient un véritable emblème de la "civilisation". En Inde, les Britanniques bannissent les aliments indiens de la table du dîner au profit de conserves estampillées à tort ou à raison "Made in England" et ils se délectent de cheddar, de saucisses d’Oxford, de pudding mais aussi de lapin australien, et même de soupe de tortues antillaises en boîte. On pourrait dire que la nourriture en conserve devient alors le vecteur de l’identité britannique. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les armées occidentales intègrent ce nouveau repas prêt à consommer et nourrissant dans la ration du soldat. C’est ainsi que les combattants de la guerre de Sécession aux États-Unis ont été littéralement biberonnés au lait concentré.

Des boîtes de singe pour les Poilus

Mais c’est la Première Guerre mondiale qui marque un tournant décisif dans la consommation de boîtes de conserve en Europe. Sur le front, les poilus français consomment ainsi massivement des sardines à l’huile et du bœuf en conserve fabriqué à Madagascar, et surnommé le "singe". De retour chez eux, après la guerre, des millions d’hommes diffusent ce nouveau mode de consommation dans la population civile. À partir des années 1920, les techniques de fabrication des conserves sont mécanisées et les boîtes deviennent accessibles au plus grand nombre. Les ménagères occidentales se mettent alors à cuisiner des conserves, convaincues par le gain de temps qu’elles procurent. Autrefois symbole d’empoisonnement, puis objet voyageur, la boîte de conserve devient dans les années 1960, l’emblème de la société de consommation de masse. Andy Warhol donne à cette nouvelle culture populaire le visage des fameuses soupes Campbell’s, précisément au moment où la boîte de conserve commence à être concurrencée par les nouveaux produits surgelés.

Et aujourd’hui ? Eh bien au moment même où on la croyait désuète, alors qu’elle était en voie de disparition, il semblerait que les survivalistes remettent la boite de conserve au goût du jour. Dans leur esprit, elle pourrait être l’aliment phare d’un futur post-apocalyptique, sans électricité et sans produit frais. Par ailleurs, en mars 2020, on s’en souvient, la crise sanitaire du Covid 19 lui a aussi redonné une nouvelle vie. Car ce qui a été dévalisé dans les supermarchés n’était pas seulement la farine, ou les pâtes, c’est bien les conserves que sont venus chercher des individus en proie, pour la première fois depuis longtemps, à la peur de la famine. Au fond, la boîte de conserve est peut-être le symbole de ce qui reste quand tout semble s’écrouler.

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