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La bouteille en plastique, ou le destin d'un objet devenu le symbole de la pollution

La bouteille en plastique

4 min
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Comment un même objet peut-il symboliser à la fois le désir d’être en bonne santé et le triomphe de la société du gaspillage ? C'est tout le paradoxe de la bouteille en plastique.

La bouteille en plastique, ou le destin d'un objet devenu le symbole de la pollution
La bouteille en plastique, ou le destin d'un objet devenu le symbole de la pollution Crédits : Yagi Studio - Getty

Dans Le Magasin du monde, l’historien Nicolas Marty retrace l’histoire de la bouteille en plastique.

Du flacon à la bouteille

L’eau est d’abord embouteillée dans des flacons de verre, qui se répandent en Europe à partir du milieu du XIXe siècle alors que se développent des réseaux de distribution publique d’eau potable. Ces bouteilles en verre sont également très appréciées par les élites européennes dans les empires coloniaux. À partir des années 1950, les bouteilles en verre sont systématiquement consignées et réalisent chacune en moyenne vingt rotations. Mais l’accumulation des bouteilles vides provoque des tensions chez les détaillants qui considèrent que les frais de stockage font baisser la rentabilité de leur commerce. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un nouveau matériau suscite l’intérêt des industriels : le plastique, qui bénéficie de la croissance massive des industries pétrolières.

Les chimistes et les entrepreneurs inventent de nouveaux matériaux comme le polyéthylène. Découvert par accident à la fin du XIXe siècle, le polyéthylène est développé dans les laboratoires états-uniens et britanniques. Les grandes entreprises DuPont et Standard Oil s’emparent du plastique pour fabriquer des bouteilles en polychlorure de vinyle, plus connu sous le nom de PVC, dès les années 1940, mais seulement pour les savons et les détergents. En France, en 1963, Lesieur adopte cette technique pour vendre de l’huile. Il faut attendre 1968 pour que l’entreprise Vittel introduise sur le marché la première bouteille d’eau en PVC. Ce nouveau produit possède apparemment toutes les qualités. La bouteille en plastique est légère, transparente, incassable, transportable. Elle remporte immédiatement un succès spectaculaire et conquiert le monde entier. À l’étranger, toutes les grandes entreprises de boissons industrielles veulent s’inspirer de cette réussite française. Aux États-Unis, les producteurs de soda proposent de fabriquer les bouteilles avec un matériau plus solide et plus stable que le PVC : le polyéthylène téréphtalate plus connu sous l’acronyme PET. Ce matériau était d’abord utilisé pour élaborer des fibres synthétiques puis des films d’emballage. L’entreprise DuPont produit les premières bouteilles en PET à partir de 1976.

La bouteille, objet-signature de l'anthropocène

Ces bouteilles plastiques transforment profondément notre rapport à l’eau qui passe d’un bien naturel et public à une sorte d’objet portable de propriété individuelle. En somme, la bouteille en plastique familiarise les habitants de la planète au principe de la jetabilité des objets, instaurant un nouveau régime de déchet. Mais cette bouteille plastique suscite aussi la méfiance dans certains pays. En Allemagne et aux Pays-Bas, les entrepreneurs, les administrations comme les consommateurs ont préféré conserver les systèmes de consignation, grâce à l’utilisation d’une bouteille de verre standardisée. En Afrique subsaharienne, il faut attendre les années 2000 pour que les eaux en bouteille se diffusent parmi les classes moyennes émergentes dans les villes. Dans les classes populaires, et chez les enfants, sont plutôt privilégiés les sachets d’eau en plastique, sans aucune garantie de provenance et de qualité. Souvent, les bouteilles sont réutilisées, et revendues, comme récipients de graines ou de divers liquides, ou encore recyclées comme matériaux de construction. En Asie, la consommation exponentielle de bouteille de plastique depuis un quart de siècle est à l’origine de ce qu’on appelle les "villages plastiques" dédiés au stockage, au tri et à la transformation des déchets.

C’est très tardivement que se fait la prise de conscience des dégâts environnementaux causés par les bouteilles en plastique. Il faut attendre les années 1980 pour que les premières études scientifiques, initiées dans le monde scandinave, sensibilisent les associations, les ONG puis les groupes politiques aux méfaits du plastique. San Francisco est la première grande ville à supprimer des budgets publics les achats de bouteilles en plastique, en 2007. La municipalité de Sydney développe ensuite un réseau de fontaines publiques pour promouvoir de nouvelles manières de boire.

Au fond, alors qu’elle a longtemps été perçue comme bénéfique, la bouteille en plastique est devenue le symbole de la pollution. Même si nous cessons d’en produire dès aujourd’hui, ses résidus demeureront longtemps à la surface de la planète. Ils sont devenus la signature de cette nouvelle ère géologique marquée par l’impact des activités humaines sur l’écosystème terrestre qu’on appelle l’anthropocène.

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