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carte de l'Europe

La carte

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Quel est le seul objet qui tient entre les mains et qui permet d’appréhender le monde dans sa globalité ? La carte géographique… Et elle nous raconte l’histoire de l’appropriation de la planète.

carte de l'Europe
carte de l'Europe Crédits : belterz - Getty

Il est vrai que durant des siècles, seules les représentations cartographiques, notamment les planisphères, permettent d’embrasser la totalité de la Terre, de la rendre accessible en un coup d’œil à l’intelligence humaine. Il faut en effet attendre 1972 pour que la Terre soit enfin visible dans sa totalité autrement qu’à travers une carte, grâce à l’image satellite de la « bille bleue » capturée par l’équipage d’Apollo 17.

S'approprier le monde

Depuis l’Antiquité, la carte est, par excellence, l’outil d’appropriation, physique et symbolique, du monde. Elle peut être savante, militaire, administrative, commerciale ou coloniale.

La cartographie s’épanouit en Europe sous la forme d’une science exacte à partir du XVIIIe siècle. La fameuse carte de France des Cassini illustre à merveille l’avènement de la raison topographique, débarrassée des monstres marins et autres bestiaires imaginaires.

Le méridien de Paris devient l’axe des mappemondes, jusqu’à l’adoption de celui de Greenwich lors de la conférence de Washington en 1884, qui ratifie la prédominance du Royaume-Uni, première puissance mondiale.

A partir de la fin du XIXe siècle, la carte fait l’objet d’un culte patriotique, elle doit inculquer le sentiment national aux écoliers européens. Chaque élève britannique et français peut admirer sur les cartes murales l’omniprésence de son empire colonial, représenté de manière flatteuse par de vastes plages rouges ou roses, signifiant une domination totale des métropoles sur d’immenses espaces ultramarins.

Or la carte n’est pas le territoire, et sur le terrain, l’emprise coloniale s’exerce de manière très inégale. Mais ces cartes doivent avant tout légitimer les appropriations territoriales.

De nouveaux modes de représentation du globe se multiplient dans le dernier tiers du XXe siècle. Certaines cartes proposent de renverser radicalement l’orientation en plaçant par exemple le pôle Sud au sommet. La projection dominante de Mercator, celle qui prévaut dans les manuels scolaires et les brochures publicitaires, est de plus en plus contestée. Car elle étend exagérément la surface de l’Europe et de l’Amérique du Nord aux dépens des territoires situés entre les tropiques. L’historien et cartographe Arno Peters propose en 1973 une nouvelle projection qui restitue plus fidèlement la taille du continent africain et des pays pauvres pour la plupart situés sous les basses latitudes.

Se décentrer

Mais les cartes géographiques ne sont pas l’apanage de l’Europe. En fait, il existe ailleurs de nombreuses traditions cartographiques qui ont depuis deux millénaires forgé d’autres visions du monde, avec d’autres centres :

La Mecque dans la cartographie arabe, l’Himalaya pour le monde hindou, l’empire du Milieu pour le monde chinois.

Ces cartes-là utilisent des matériaux très divers. Ainsi, jusqu’au début du XXe siècle, dans les îles Marshall, au milieu de l’océan Pacifique, les navigateurs mobilisent leurs connaissances des courants, des vents et des étoiles pour confectionner des cartes avec des bâtonnets de bois de cocotier. Elles permettent de localiser les différentes îles avec des coquillages tout en indiquant les routes maritimes grâce aux tiges et aux nœuds. Elles peuvent aussi représenter de manière abstraite la réfraction et la diffraction des vagues afin de localiser les îles hors de portée du regard. Ces cartes micronésiennes recèlent des savoirs océanographiques longtemps ignorés par la science européenne.

Au Groenland, jusqu’à la fin du XIXe siècle, les Inuits de l’île d’Ammassalik gravent dans le bois des cartes qui indiquent les distances en journées de kayak et la localisation des fjords et des zones de pêche au saumon. La lecture tactile de ces objets répond aux conditions exceptionnelles du monde arctique où la nuit dure quatre mois.

En Asie, les cartes sont conçues comme des œuvres d’art : elles investissent de multiples supports, particulièrement au Japon ; porcelaine, éventails, paravents, garde de sabre (tsuba), petites boîtes (inrô), ou encore des peignes en laque.

A la fin du XIXe siècle, en à peine quelques décennies, la science topographique occidentale a aboli l’infinie diversité de la matérialité cartographique pour la réduire à une simple feuille de papier. Aujourd’hui, cette feuille tend à se dématérialiser sous une forme numérique. Le GPS induit un nouveau rapport très subjectif à l’espace. Et l’on peut se demander s’il s’agit encore d’une carte…

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