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Petra, le berger allemand de l'émission pour enfants de la BBC, "Blue Peter", répondant au courrier de ses fans. Photographie prise le 28 février 1964.

La lettre

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Liée à l'histoire du papier et à celle de l'alphabétisation, l'usage de la lettre s'est peu à peu démocratisé avant de tomber en désuétude. Mais peut-être s'est-elle seulement renouvelée ?

Petra, le berger allemand de l'émission pour enfants de la BBC, "Blue Peter", répondant au courrier de ses fans. Photographie prise le 28 février 1964.
Petra, le berger allemand de l'émission pour enfants de la BBC, "Blue Peter", répondant au courrier de ses fans. Photographie prise le 28 février 1964. Crédits : John Pratt - Getty

La lettre, c’est à la fois un objet – sous la forme d’une simple  feuille de papier – et l’un des principaux moyens de communication entre les êtres humains jusqu’à l’invention de l’électricité. L’historienne Clémentine Vidal-Naquet nous raconte son histoire dans Le Magasin du  monde, l'ouvrage qui nous sert de référence pour ces chroniques. 

L’histoire de la lettre est inséparable de la production du papier, qui est fabriqué par des moulins transformant les chiffons en pâte, puis en rames de papier. Ces rames de papier sont ensuite encollées, pressées, séchées, mises sous presse, repassées pour égaliser le grain et éviter les aspérités. On dispose alors de feuilles de papier ordinaire sur lesquelles il suffit d’inscrire une  date, une adresse et une signature, pour les transformer en lettres.

Destinée à l'élite 

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les papetiers manquent de matières premières, de ces précieux chiffons et des fibres végétales qu’ils  contiennent. Le papier est alors une denrée rare et onéreuse. Écrire une lettre coûte cher car au prix de la feuille de papier s’ajoutent l’encre, l’encrier, la plume d’oie puis d’acier. Il en faut en outre de la cire afin de cacheter la lettre, puis l’enveloppe apparue à la fin du  XVIIIe siècle en Allemagne, ainsi que les frais de port et le timbre. Les lettres circulent alors essentiellement au sein d’univers sociaux restreints, notamment dans les milieux étroits des diplomates, des  philosophes ou des savants. Ces correspondances constituent des réseaux élitaires qui donnent forme à ce qu’on a appelé de manière abstraite l’Europe des Lumières. 

Il faut attendre une innovation industrielle – la mécanisation – et l’utilisation du bois pour que se  développe la production de papier à plus grande échelle, induisant une  baisse de son prix de vente, désormais accessible au plus grand nombre. 

Les frais de port sont abaissés dans de nombreux pays à partir du milieu du  XIXe siècle comme au Chili, où en 1853 une réforme diminue considérablement le tarif postal et impose le paiement du port à l’expéditeur et non à la charge du destinataire, comme c’était l’usage auparavant. De même, à partir de 1905, en Australie, l’utilisation d’un nouveau timbre – l’Imperial Penny Post – permet d’envoyer du courrier à l’autre bout de l’Empire, en Angleterre, pour seulement un penny. Les migrants et les colons peuvent désormais donner plus régulièrement de leurs nouvelles aux membres de leur famille demeurés en métropole. 

Rester en contact

Au  XIXe siècle, la lettre personnelle, adressée à la famille et aux amis, se diffuse massivement grâce à l’alphabétisation du plus grand nombre et  à l’affirmation de la vie privée. Ainsi, en Allemagne, chaque habitant envoie 58 lettres par an en 1900 alors qu’il ne rédigeait seulement qu’une à deux lettres par an en 1840.   

Les migrations massives séparent des millions de familles qui demeurent en contact grâce aux services postaux. C’est ainsi que tout au long du XIXe siècle, plus de 100 millions de lettres privées sont envoyées des Etats-Unis vers  l’Allemagne. De même, les guerres favorisent la pratique épistolaire. Pendant la Première Guerre mondiale, les civils et  les soldats allemands échangent environ 30 milliards de lettres pendant le conflit. Les soldats comme les immigrés écrivent bien souvent leur correspondance de manière collaborative. La pratique épistolaire n’est donc pas forcément un plaisir solitaire.  

De  nouvelles gammes de papiers apparaissent au XIXe siècle avec des formats variés : papier coloré, parfumé, gaufré, quadrillé ou encore du papier vélin, sans grain et soyeux. Parallèlement, la lithographie ornemente les feuilles d’enluminures, de monogrammes, de frises et de décorations abstraites ou fleuries. Les entreprises et les hôtels adoptent des papiers à en-tête publicitaire. Et les particuliers choisissent leur papier en fonction du type de lettre rédigé : lettre de cachet, faire-part, lettre de réclamation, correspondance officielle, lettre d’amour, lettre de deuil…chaque missive éclaire l’histoire à sa manière.   

L’usage de la lettre a évidemment fortement décliné à la suite de l’invention de nouveaux moyens de communication, au tournant  du XXe et du XXIe siècle. Au point qu’elle semble en voie de disparition. On peut toutefois se demander si les pratiques massives d’écriture, à travers les messageries électroniques et les réseaux sociaux, ne constituent pas un renouveau de la lettre, sous une forme dématérialisée.

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