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La pilule

4 min
À retrouver dans l'émission

D'où vient la pilule ? De l'eugénisme à l'émancipation féminine.

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pilules Crédits : Peter Dazeley - Getty

C’est une petite pastille qu’on avale et qui a révolutionné la vie des femmes. L’histoire de la pilule contraceptive nous est racontée par l’historienne Bibia Pavard dans Le Magasin du Monde. Son origine remonte aux années 1910, dans les quartiers populaires de New York lorsqu’une infirmière et militante socialiste décide de lutter contre les ravages des grossesses non désirées. Dans l’entre-deux-guerres, elle se rapproche des mouvements eugénistes puis de médecins afin de promouvoir le contrôle des naissances. Dans les années 1950, Margaret Sanger s’associent aux chercheurs de la Fondation Worcester pour la biologie expérimentale qui combinent progestérone et oestrogène de synthèse pour inhiber l’ovulation. Ces recherches sont financées par la fortune personnelle de Katharine McCormick, première femme diplômée du prestigieux MIT et militante féministe.  

Invention pionnière 

L’invention de la pilule résulte du travail pionnier deRussel Marker, un chimiste américain installé au Mexique qui parvient à synthétiser pour la première fois de la progestérone en utilisant une plante locale, le barbasco. Cette découverte est développée par l’équipe de Gregory Pincus de la Fondation Worcester qui s’associe avec le professeur de gynécologie John Rock. Ce fervent catholique met en place dans le Massachussetts les premiers essais sur des femmes, des infirmières volontaires et des patientes d’hôpitaux psychiatriques sans leur consentement. Il décide ensuite de tester son procédé contraceptif à une plus grande échelle dans une possession ultramarine des États-Unis : l’île de Porto Rico dans les Caraïbes. D’autres campagnes de test sont ensuite menées à Haïti. Les femmes des Grandes Antilles ont donc été les cobayes de la pilule.  

Celle-ci s’inscrit dès l’origine dans la politique états-unienne de lutte contre la surpopulation qui, au milieu de la guerre froide, est considérée comme un vecteur du communisme et des conflits dans les pays caribéens, latino-américains, africains et asiatiques. La pilule contraceptive est vue par les malthusiens contre le principal remède à la bombe démographique qui menacerait la planète dès les années 1950.  

Aux Etats-unis, pour se prémunir des condamnations morales, la pilule est d’abord commercialisée en 1957 sous la forme d’un médicament soignant les irrégularités menstruelles et l’endométriose. La contraception est présentée comme un simple effet secondaire. Trois ans plus tard, elle est officiellement autorisée alors que 500 000 femmes l’ont déjà adoptée. En France, la loi Neuwirth légalise la prescription libre de la pilule contraceptive en 1967.   

Vers la banalisation

Dès la fin des années 1950, des laboratoires pharmaceutiques européens, australiens et japonais commencent à produire des pilules et contribuent à leur amélioration. En baissant la dose d’hormones, les nouveaux produits sont à la fois plus supportables et moins onéreux.  

La pilule s’avère beaucoup plus efficace que les méthodes contraceptives préexistantes : coït interrompu, diaphragmes, spermicides et préservatifs. Devenue rapidement un objet de consommation de masse, elle est stigmatisée par les autorités catholiques qui ne reconnaissent que la méthode dite naturelle de l’abstinence périodique. Cela n’empêche pas la majorité des catholiques de l’utiliser. Plus étonnant, à l’origine, les régimes communistes condamnent également la pilule, qu’ils perçoivent comme une des expressions de l’impérialisme états-unien. Enfin, certains graves effets secondaires, tels les risques de thromboses ou de cancers, suscitent les critiques croissantes de certaines militantes féministes.  

Ces différentes contestations ne parviennent pas à ralentir la propagation de ce nouveau mode de contraception qui transforme soudainement la condition féminine. La pilule remplace les anciennes méthodes qui faisaient l’objet de négociations au sein du couple. Elle marque ainsi une féminisation de la contraction. Depuis 1960, plus de 300 millions de personnes ont pris la pilule dans le monde. A la fin du XXe siècle, ce médicament s’est banalisé au point d’être prescrit aux jeunes femmes afin de soigner l’acné ou les syndromes pré-menstruels. Toutefois, le scandale des pilules de nouvelle génération, accusée de provoquer des accidents vasculaires cérébraux, a suscité à nouveau en 2010 un débat sur les dangers de la pilule. 

Cependant, ces débats ne concernent qu’une partie restreinte de la population mondiale. Car, aujourd’hui, la pilule demeure seulement la quatrième méthode contraceptive la plus utilisée, après la stérilisation féminine, le préservatif masculin et le stérilet. Si 75% des algériennes et 50% des françaises ont adopté la pilule, elle n’est utilisée que par seulement 4% des mexicaines et 1% des chinoises…Finalement, la pilule est encore un objet rare dans la majeure partie du monde !  

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