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Gravure groupe de femmes vêtues de robes mission à Tahiti Polynésie , en 1870

La robe mission

3 min
À retrouver dans l'émission

Imposée au XVIIIe pour couvrir les corps conformément à la morale chrétienne, la robe mission est désormais un symbole des cultures océaniennes. Elle est toutefois de plus en plus décriée par les jeunes générations qui y voient le symbole d'une domination partriarcale et religieuse.

Gravure groupe de femmes vêtues de robes mission à Tahiti Polynésie , en 1870
Gravure groupe de femmes vêtues de robes mission à Tahiti Polynésie , en 1870 Crédits : Grafissimo - Getty

Outil de contrôle religieux devenu symbole identitaire, il était une fois la robe mission dont Claire Laux raconte l’histoire dans Le Magasin du monde, le livre qui nous sert de référence pour ces chroniques.

Lorsqu’ils débarquent dans les îles du Pacifique à la fin du XVIIIe siècle, les marins européens sont fascinés par la nudité des Océaniens. Celle-ci choque en revanche les missionnaires chrétiens qui considèrent la nudité féminine comme honteuse et même dangereuse pour les hommes océaniens et les Européens de passage. Les promoteurs du christianisme s’appliquent donc en quelques décennies à couvrir les femmes autochtones. Les missionnaires catholiques et protestants rendent obligatoire le port d’un nouveau costume féminin. Il s’agit de la robe mission, une longue robe droite, avec une collerette et des dentelles, conformes aux canons de la pudeur occidentale.

L'acculturation des populations autochtones

Cette robe s’impose rapidement dans toute l’Océanie. Ainsi, dans l’archipel de Hawaii, évangélisé par les pasteurs puritains, la reine Kaahumanu l’adopte et en fait personnellement la promotion. Elle fait même réaliser son portrait vêtue de cette manière, devenant l’un des symboles de l’acculturation des populations – et notamment des élites – du Pacifique.

Les administrations coloniales soutiennent les efforts des missionnaires pour dissimuler les corps des Océaniens et des Océaniennes. Ainsi la question de l’habillement est elle traitée dans le Code de l’Indigénat, un système ultra-répressif qui soumet les populations colonisées à des contraintes spécifiques et à des peines spéciales. Non seulement les autochtones ne peuvent quitter leur village sans permis de voyage, et doivent effectuer des corvées à titre gracieux et s’abstenir de manier l’ironie avec les représentants du pouvoir colonial, sous peine de finir en prison, mais ils ont aussi pour obligation, en Nouvelle-Calédonie, à partir de 1887, de s’habiller partout, sauf dans les maisons privées et les réserves où ils sont parqués. Cette pudibonderie religieuse et coloniale suscite bien sûr des résistances au sein des populations locales, notamment chez les hommes. Un témoin français rapporte en 1862 que les vieillards stigmatisent les jeunes mélanésiens qui seraient prêts à adopter le costume occidental :

Abandonnerez-vous pour des étrangers les coutumes de vos pères ? Votre ridicule accoutrement vaut-il la mâle et simple tenue que nous vous avons donnée ? Les vêtements des Blancs sont tout au plus bons pour les femmes.

Un symbole culturel délaissé

On peut dire qu’en moins de deux siècles, la situation s’est inversée en Océanie. A la fin du XVIIIe siècle, les Européens couverts de vêtements sont émerveillés ou bien outrés par la nudité des Océaniens. Aujourd’hui, ces mêmes plages accueillent des Européens quasi nus sous l’œil souvent désapprobateur de Kanaks entièrement vêtus.

L’historienne Claire Laux nous rappelle que les femmes arborent encore aujourd’hui leur robe mission, ample et colorée, qui représente désormais un marqueur identitaire et culturel kanak. Toutefois, même revisitée par des couturiers, la robe mission est progressivement abandonnée par les jeunes générations. Pour les jeunes femmes kanakes, la robe mission est désormais le symbole d’une double domination : celle de la société patriarcale dans laquelle le corps de la femme appartient à l’homme et celle du christianisme qui a fondé son idéal de pudeur sur la "honte des corps"

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