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statuette de bouddha

La statuette de Bouddha

4 min
À retrouver dans l'émission

Objet sacré de dévotion pour des centaines de millions de personnes en Asie ou simple objet de décoration dans les intérieurs occidentaux, la statuette de Bouddha circule beaucoup et depuis longtemps.

statuette de bouddha
statuette de bouddha Crédits : DianaHirsch - Getty

L’anthropologue Lionel Obadia raconte ces voyages et métamorphoses dans le Magasin du Monde.

Naissance du bouddhisme

Le bouddhisme est né en Inde au VIe siècle avant notre ère. Depuis 2 500 ans donc, la statuette de son fondateur, a suivi les circuits de diffusion de cette tradition religieuse et philosophique. Dès le IIIe siècle avant notre ère, elle se diffuse dans le Sud de l’Asie, puis à partir du 1er siècle de notre ère, elle se répand dans le Nord du continent. Des explorateurs, des diplomates, des marchands, des soldats, des marchands et des moines itinérants se croisent sur les routes, échangeant aussi bien des idées que des objets (porcelaines ou statuettes).

Les statuettes de Bouddha se caractérisent par une profonde ambivalence : l’objet est à la fois sacré et commercial. Car le bouddhisme utilise la matérialité pour mieux la dépasser spirituellement. En effet, la religiosité populaire recourt massivement à cette médiation matérielle à travers des sculptures, des amulettes, et des images pieuses. Ainsi, cette religion a inspiré une très riche iconographie et un art statuaire qui s’est épanoui sous des formes très différentes : miniature au Japon et au Népal, ou bien gigantesque, comme en Thaïlande et en Afghanistan.

Le visage et la silhouette du Bouddha dépendent grandement de la région de production des statuettes. Le « bienheureux » est filiforme et impassible en Asie du Sud-Est tandis qu’il est hilare et ventru en Chine.

La statuette de Bouddha est longtemps un objet précieux et rare, sculpté dans la pierre, ou bien en métal, finement ciselé et décoré. Sa réalisation nécessite un temps long et s’achève par ce qu’on appelle « l’ouverture », c’est-à-dire la gravure ritualisée des yeux du Bouddha.

En Asie, traditionnellement, ces statuettes sont fabriquées pour répondre aux commandes des monastères, des nobles, des lettrés ou de riches particuliers. Ce sont alors des objets de liturgie et non de décoration : ces statuettes doivent en effet faciliter la prière et la méditation.

À partir du XVIIe siècle, les arts bouddhiques, parmi les chinoiseries et les japonaiseries, pénètrent les parcs, les cabinets de curiosités et les riches demeures en Europe.

À la fin du XVIIIe siècle, le bouddhisme commence à susciter l’intérêt des philosophes européens, d’abord suspicieux puis fascinés par cette pensée asiatique. A l’image d’Arthur Schopenhauer qui, au milieu du XIXe siècle, prend grand soin de sa statuette de Bouddha, d’origine tibétaine. Le penseur allemand réinterprète le bouddhisme pour le mettre au service de son nihilisme.

Massification

À la suite de l’explosion du tourisme dans les années 1960, les statuettes de bouddha commencent à être produites en masse : elles inondent les échoppes asiatiques pour touristes comme les enseignes d’ameublement bon marché. L’objet, désormais confectionné en résine, en plastique ou en plâtre, trône dans les salons et les chambres. Cette statuette doit apporter aux intérieurs européens une légère touche d’exotisme extrême-oriental.

En Occident, la statuette de Bouddha semble aujourd’hui réduite à son caractère esthétique ou décoratif. Comme en témoigne, à Paris, le fameux Bouddha Bar qui symbolise la dilution de l’icône spirituelle dans l’économie de marché. Cet objet d’origine religieuse est devenu chic et cool, contribuant avec d’autres à la banalisation des symboles religieux.

Cette marchandisation des statuettes de Bouddha suscite de nombreuses critiques. En Thaïlande et au Sri Lanka, des associations religieuses ont ainsi initié des campagnes de boycott des images de Bouddha, intitulées « Bouddha is not for decoration » : ses militants considèrent l’usage décoratif de Bouddha comme une offense à la religion.

Mais, en fait, cette diffusion industrielle de la statuette de Bouddha n’épuise pas le sentiment du sacré. Au contraire, elle véhicule d’une autre manière les croyances religieuses. En effet, la statuette, sous son apparente trivialité, conserve souvent un reliquat de pensée magique : on peut – sans être bouddhiste – lui conférer un pouvoir prophylactique ou propitiatoire.

Ainsi, à l’image du bouddhisme lui-même, qui est rétif au dualisme (pensée binaire), la statuette de son fondateur, en dépit de la mondialisation, illustre à la fois l’épuisement et le potentiel renouveau du sacré.

Chroniques
7H24
4 min
Le Reportage de la Rédaction
Antoine Thibault dit @AgriSkippy : éleveur, youtubeur et transmetteur
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