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Rien de plus américain que le banjo. Vraiment ?

Le banjo

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Apparemment, rien de plus américain que le banjo. Mais comment un instrument de musique d’origine africaine, le banjo, est-il devenu un symbole de la culture populaire blanche des États-Unis ?

Rien de plus américain que le banjo. Vraiment ?
Rien de plus américain que le banjo. Vraiment ? Crédits : RapidEye - Getty

Comment un instrument de musique d’origine africaine, le banjo, est-il devenu un symbole de la culture populaire blanche des États-Unis ? Cette histoire, qui n’a rien d’évident, est racontée par Vincent Hiribarren dans Le Magasin du monde.

L'ekonting, ancêtre du banjo

Apparemment, rien de plus américain que le banjo. Il suffit de se remémorer la fameuse scène du film Delivrance en 1972 où un citadin aisé et un jeune garçon pauvre se livrent un duel guitare versus banjo, en répétant tour à tour les mêmes accords. Pourtant le banjo vient d’ailleurs. Son ancêtre, l’ekonting, trouve son origine sur la côte atlantique de l’Afrique de l’Ouest et il est encore très présent aujourd’hui au Sénégal, en Gambie et en Guinée-Bissau. Il est toutefois rarement mentionné dans les sources historiques écrites, qu’elles soient africaines, arabes ou européennes. Pour retracer l’histoire de cet objet, il convient donc de s’appuyer sur les sources orales. L’ekonting serait apparu plus précisément en pays diola, dans le village de Kanjankam en Casamance, au Sénégal. Ce sont les hommes qui en jouent, mais dans un cadre informel, contrairement à la kora, utilisée par les griots. Les techniques de fabrication de l’ekonting ont peu évolué à travers le temps : une calebasse, une peau d’animal et un manche en bois, sur lequel sont attachées trois cordes en boyau. Les joueurs attaquent les cordes de haut en bas avec le dos de l’ongle : une technique de jeu adoptée ensuite par les praticiens du banjo. Et ce n’est pas un hasard. L’ekonting existe déjà à l’époque de la traite transatlantique des esclaves entre le XVIe et le XIXe siècle, quand les navires négriers transportent de force des femmes, des hommes et des enfants vers les Amériques. Les captifs africains emportent avec eux une partie de leurs pratiques religieuses et culturelles. Et la présence du banjo est attestée dès le XVIIe siècle dans les Caraïbes. Aux Antilles, l’instrument se créolise, et se transforme sous l’influence de la culture ibérique en une sorte de viole. Les esclaves le diffusent ensuite rapidement dans les colonies britanniques, futurs Etats-Unis d’Amérique. Il est dès lors joué par de nombreux afro-descendants, en particulier dans les plantations du Sud du pays. L’objet lui-même devient un élément clé de la culture des Noirs américains.

La réputation du banjo croît au XIXe siècle grâce à des spectacles très spéciaux : les minstrel shows, spectacles de ménestrels. Ce sont en réalité des mises en scène racistes au cours desquelles des comédiens blancs se noircissent le visage – ce qu’on appelle le blackface – et se moquent des Noirs, joueurs de banjo. Ces spectacles ont largement contribué à la diffusion du banjo au-delà des plantations du Sud. Les partisans de l’esclavage les appréciaient car ils étaient censés démontrer que les esclaves, qui jouaient de la musique, étaient heureux et satisfaits de leur condition.

Le banjo, instrument de résistance culturelle

Au contraire, les adversaires du système esclavagiste pouvaient voir dans le banjo une forme de résistance culturelle face à l’oppression. Ainsi, après la guerre civile de 1861-1865, des groupes de ménestrels noirs suscitent un fort engouement dans tout le pays, transformant le banjo en instrument du spectacle populaire par excellence. Ces artistes influencent alors les pionniers du ragtime et du jazz, comme le musicien et compositeur James Reese Europe plus connu sous le nom de Jim Europe. Si la musique noire américaine est l’héritière du banjo, l’instrument est progressivement délaissé dans les années 1920 au profit de la guitare, qui bénéficie de l’apparition des amplificateurs électriques.

Mais le banjo ne disparaît pas pour autant. Il est adopté par les prolétaires blancs. Les immigrés fraîchement débarqués sur le sol américain y voient une sorte de retour aux instruments simples de leur région d’origine, comme l’Irlande ou l’Ecosse. Le courant musical country s’en empare et popularise son usage dans tout le pays, le banjo devenant l’objet iconique des blancs pauvres en quête d’une authenticité fantasmée. Aujourd’hui, on constate que le processus d’invention d’une tradition rurale blanche a totalement éclipsé son origine ouest-africaine. Pourtant, l’histoire du banjo, on le voit, est intimement liée au passé esclavagiste des Etats-Unis.

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