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Le bâton de police

Le bâton de police

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D’une forme extrêmement simple, le bâton de police révèle pourtant toute la complexité de l’histoire du maintien de l’ordre. Une histoire qui ne se réduit pas à l’emploi de la force... mais une histoire mondiale ?

Le bâton de police
Le bâton de police Crédits : CSA Images - Getty

Une histoire racontée par Arnaud-Dominique Houtte dans Le Magasin du Monde

Jusqu’au début du XIXe siècle, ce sont les militaires qui maintiennent l’ordre avec leurs épées et leurs hallebardes. Mais cette pratique largement diffusée en Europe est soudainement remise en question en 1829 dans la plus grande ville du monde  : Londres. 

Un objet politique

Dans la capitale britannique, l’essor du libéralisme politique inspire un nouveau savoir-faire.
Le premier ministre Robert Peel invente la Metropolitan Police pour discipliner les classes populaires dont le nombre augmente avec l’industrialisation. Les nouveaux policiers doivent susciter le consentement de la population en favorisant le dialogue et la persuasion. La force – à l’aide du bâton – ne peut être utilisée qu’en dernier recours.  

Il est vrai que les agents londoniens, surnommés « Bobbies » en référence au prénom de leur créateur, ne respectent pas toujours ce principe de modération. Ils ont toutefois la réputation d’être moins violent que les policiers du Continent. Ce nouveau modèle policier est popularisé en 1851 par la première exposition universelle à Londres où les nombreux visiteurs étrangers sont impressionnés par l’efficacité et la sérénité apparente des bobbies.  

A partir du milieu du XIXe siècle, les agents servent de modèle pour les grandes villes qui veulent réformer leur police, en l’adaptant à chaque fois aux pratiques locales. Ainsi à New York, les policiers s’emparent du bâton dont ils font pour leur part un usage très violent.  

Paris, Berlin et Lisbonne adoptent également le principe d’une police de proximité tout en diversifiant la panoplie des armes disponibles, en procurant aux agents des armes à feu.  

L’usage du bâton se répand également dans les colonies, où il suscite parfois des réactions de rejet. Car il est souvent associé au fouet et à la violence exercée par les contremaîtres.  
Dans ce cas, les policiers lui préfèrent des armes plus perfectionnées.  

A partir de la fin du XIXe siècle, les agents réclament de plus en plus des revolvers. Mais le bâton offre un nouvel avantage. Il facilite la circulation urbaine en orientant les véhicules de plus en plus nombreux dans les rues des grandes villes. Dès 1896, à Paris, les bâtons sont peints en blanc pour être visibles de loin. Et dotés, quelques années plus tard, d’un système lumineux pour les patrouilles de nuit.  

Le métier se professionnalise. Les nouvelles recrues des forces de police des régimes démocratiques apprennent à manier une arme qui permet de pousser sans frapper et de cogner sans tuer. L’objet lui-même se transforme en s’allongeant afin d’accroître sa capacité de dissuasion, à l’instar du grand gourdin utilisé par les policiers de Baltimore. Les agents s’approprient de plus en plus souvent leur bâton en le décorant ou en gravant leurs initiales.  

Symbole de la brutalité

Toutefois, à partir des années 1960, l’usage du bâton de police est vivement remis en cause par une part croissante de la population. Au moment des décolonisations, il est en effet l’arme de la brutalité policière, symbolisée par le massacre de Charonne le 8 février 1962 au cours duquel neuf manifestants sont tués par la police parisienne.
De même, aux Etats-Unis, les militants des droits civiques et les pacifistes sont régulièrement bastonnés par les forces de l’ordre. Au Royaume-Uni, les grèves et les manifestations des années 1970-1980 sont violemment réprimées à coups de bâton.  

Enfin en mars 1991, les images du passage à tabac d’un Afro-Américain, Rodney King, grièvement blessé par cinquante-six coups de bâton, ces images sont diffusées sur les chaines de télévision du monde entier. L’acquittement des policiers coupables de cette sauvage agression déclenche de violentes émeutes à Los Angeles.  

Cette même police de Los Angeles avait innové dès les années 1970 en utilisant le tonfa. Doté d’une poignée latérale, le tonfa est un bâton qui permet des prises défensives et qui diffuse – selon ses promoteurs – une image moderne du maintien de l’ordre. Le tonfa se répand dans une grande partie du monde, y compris en France où la police l’adopte à partir des années 1990. Tandis que les policiers britanniques utilisent de nouvelles matraques télescopiques.  

En somme, près de deux siècles après son invention, le bâton est toujours l’objet privilégié de la police.
Dans l’esprit de la population, il est de plus en plus associé aux polices municipales et à la sécurité privée, dont l’essor rapide bouleverse aujourd’hui le maintien de l’ordre.  

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