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Dessin coloré à la main, Antonio de Leon y Gama. Publié en 1792 dans le livre "Description historique et chronologique des deux pierres trouvées lors du nouveau pavage de la place principale de Mexico".

Le calendrier

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À retrouver dans l'émission

Grâce à lui, nous nous situons dans le temps. Le calendrier est un outil pratique qui permet aux sociétés de s'organiser. Il a longtemps été lié aux spécificités culturelles de chaque civilisation, avant que le modèle grégorien ne s'impose dès le XIXe siècle... et ce jusque dans nos smartphones !

Dessin coloré à la main, Antonio de Leon y Gama. Publié en 1792 dans le livre "Description historique et chronologique des deux pierres trouvées lors du nouveau pavage de la place principale de Mexico".
Dessin coloré à la main, Antonio de Leon y Gama. Publié en 1792 dans le livre "Description historique et chronologique des deux pierres trouvées lors du nouveau pavage de la place principale de Mexico". Crédits : Fine Art - Getty

En le divisant en jours, en mois et en années, le calendrier donne du sens au temps. L’historienne Sylvia Chiffoleau en recense les différentes formes dans Le Magasin du monde, ouvrage qui nous sert de référence pour ces chroniques.

Avant d’être un objet, le calendrier est d’abord une opération intellectuelle ancienne, fondée sur le découpage du temps en cellules distinctes que la plupart des sociétés humaines s’est appliquée à faire. Il s’agit à l’origine d’organiser notamment les cultes religieux et la vie sociale, en observant les mouvements naturels des corps célestes.
Ce principe commun se décline toutefois de manière très différente dans les diverses régions du monde. D’autant que la forme du calendrier est souvent imposée par les autorités religieuses. Chaque calendrier exprime ainsi une identité culturelle spécifique et, en retour, il peut être un puissant instrument de contrôle des populations. Ainsi l’ancien calendrier luni-solaire chinois a inspiré au cours des deux derniers millénaires les calendriers des régions du monde sinisé, du Japon au Vietnam, en passant par la Corée.

L'expression d'une identité culturelle 

En Europe, le calendrier se diffuse largement à partir du XVIe siècle avec l’imprimerie et le colportage. Il figure dans les almanachs qui se focalisent exclusivement sur une année, c’est-à-dire la durée de la révolution de la Terre autour du Soleil. Fondé sur l’astrologie, l’almanach propose un horoscope, des indications météorologiques, les éphémérides, les jours fastes et néfastes, les travaux agraires, et de nombreux conseils pratiques. C’est la principale source de lecture dans les campagnes jusqu’au XIXe siècle, les nombreuses illustrations permettant à la majeure partie des Européens analphabète d’accéder aux informations.

L’almanach s’inspire sans doute des calendriers agraires musulmans. D’ailleurs, bien que l’étymologie du mot "almanach" fasse encore l’objet de discussion, on y trouve bien la trace d’un mot arabe : munawaq qui signifie "disposé en ordre" ou bien al-manh qui veut dire le "don" car l’usage était traditionnellement de s’offrir un calendrier.

Dans les mondes arabe et ottoman, les calendriers et les almanachs sont demeurés sous forme manuscrite jusqu’au début du XIXe siècle. Cela ne les empêche pas de proliférer sous des formes multiples en raison de la coprésence de nombreuses ethnies et confessions. Car, comme le calendrier lunaire musulman dérive au fil des saisons, il est peu adapté aux activités agraires et à l’administration fiscale. C’est pourquoi les almanachs des paysans suivent plutôt les calendriers julien, copte ou perse.

Universalisation du calendrier grégorien

À partir du XIXe siècle, avec les conquêtes coloniales et la mondialisation commerciale, le modèle calendaire européen se diffuse rapidement. Ainsi, les calendriers chinois commencent-ils à s’inspirer des thèmes picturaux occidentaux et adoptent la nouvelle forme du calendrier-poster, bien souvent à visée publicitaire.

Dans les territoires colonisés, les différents calendriers en usage furent d’abord mis en concordance avec le calendrier grégorien, avant qu’il ne s’impose partout progressivement : au Japon en 1873, en Chine en 1912, en Russie en 1918, en Turquie en 1926. Les anciens calendriers sont uniquement conservés pour les fêtes traditionnelles comme le Nouvel An chinois. Ce calendrier grégorien, élaboré en 1582, est aussi d’origine religieuse. Et de nombreux projets calendaires ont tenté de le remplacer par un modèle universel, à l’image du calendrier révolutionnaire français instauré en 1793 ou de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, qui a tenté de le réformer en 1927.

En dépit des critiques, le calendrier grégorien conserve aujourd’hui le même découpage du temps. Mais il n’exprime plus vraiment une identité culturelle collective : c’est devenu un outil de gestion individuel du temps, que l’on gère désormais sur l’écran de son smartphone aux dépens de l’objet calendrier, en voie de disparition.

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