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Petite histoire du cercueil

Le cercueil

3 min
À retrouver dans l'émission

Enfermer les morts dans des boîtes avant de les inhumer, cela n’a rien d’évident. L'histoire du cercueil est récente en Europe, pourtant, il remonte à la Haute Antiquité au Proche-Orient. Quelle est l'histoire de cet objet dans lequel tout un chacun finit sa vie ?

Petite histoire du cercueil
Petite histoire du cercueil Crédits : CSA Images - Getty

Le cercueil est un objet récent en Europe dont l’historienne Stéphanie Sauger retrace les origines et les transformations dans l’ouvrage Le Magasin du Monde.

Du linceul au cercueil

Il faut attendre 1801 pour que le préfet de Paris rende pour la première fois en France l’usage du cercueil obligatoire, y compris pour les indigents de la capitale.
C’est une révolution, car jusque-là en Europe, la majorité des défunts sont enterrés dans un simple linceul. D’autres régions du monde ignorent le cercueil. En Inde et en Asie du sud-est, c’est la crémation qui domine largement toutes les autres techniques funéraires. Dans les pays musulmans, les corps sont inhumés mais l’utilisation du cercueil est interdite.  

En revanche, cet objet existe depuis la Haute Antiquité au Proche-Orient. D’ailleurs, le mot cercueil provient du grec ancien sarkophagos, transformé en sarqueu au milieu du XIe siècle, qui signifie littéralement « mangeur de chair ». Le cercueil est aussi utilisé couramment en Chine depuis le Xe siècle de notre ère. Parce que les habitants de l’Empire du Milieu sont très attachés à la préservation de l’intégrité physique du corps. À tel point qu’au XVIIIe siècle la loi impériale condamne à la décapitation immédiate celui qui profanerait une tombe ou même rendrait visible un cercueil.  

Tout change au XIXe siècle avec l’adoption partout en Occident du cercueil comme objet standardisé produit en quantité industrielle.
Paris est une ville pionnière en la matière pour des raisons politiques. Les Parisiens semblent avoir été traumatisés par les nombreuses inhumations anonymes dans des fosses communes pendant la Révolution française. On considère dès lors que le cercueil personnel correspond mieux à un pays respectueux des droits individuels.  

Cette nouvelle technique funéraire s’impose également pour des raisons sanitaires.  
Et répond à la décision d’éloigner progressivement les morts des vivants.
Ainsi, depuis la fin du XVIIIe siècle, aux quatre coins de l’Europe, les corps ne sont plus inhumés à l’intérieur des églises. Les cimetières sont de plus en plus à l’écart des centres urbains. Il faut donc recourir à des caisses pour transporter les défunts, en limitant les émanations putrides provenant des cadavres.  

Un objet industriel

À partir des années 1830-1840, dans les pays occidentaux et les colonies, des entreprises se spécialisent dans les pompes funèbres. La fabrication des cercueils se standardisent à travers l’homogénéisation de leurs tarifs, de leurs formes et des essences de bois utilisées.  

Toutefois, les goûts peuvent varier en fonction des régions du monde. Les Européens privilégient par exemple les cercueils en bois trapézoïdaux ou hexagonaux. Les pauvres doivent se contenter de caisses plates de bois tendres et blancs comme le sapin. Tandis que les bourgeois peuvent s’offrir des cercueils bombés de bois sombre et dur comme l’acajou ou l’ébène. Les aristocrates peuvent être enterrés dans plusieurs cercueils emboîtés  : à l’instar du Duc de Wellington, au milieu du XIXe siècle, qui est inhumé à Londres dans 4 cercueils en plomb, en chêne, en acajou et en pin.  

Aux États-Unis, on préfère les cercueils métalliques, popularisés à partir des années 1860 par la Guerre de Sécession. La mode du cercueil rectangulaire en métal se diffuse rapidement au Canada. Lorsque le bois est utilisé, on recourt au métal pour les poignées, les clous, les vis et d’autres accessoires qui permettent de se distinguer des autres bières. Plus une famille est riche, plus le cercueil arbore de lourdes pièces métalliques.  

Toutefois dès la fin du XIXe siècle, les cercueils en matériaux impérissables et en plomb font l’objet de nombreuses attaques, notamment parce qu’ils coûtent très cher. Ils font place à un autre type de cercueil beaucoup moins onéreux et en matériaux périssables comme l’osier ou le carton.  
C’est ceux-là qui deviennent majoritaires à partir des années 1970 en Occident. 

Depuis, les techniques funéraires ne cessent d’évoluer. Par exemple, l’humusation qui, grâce aux micro-organismes présents dans le sol, transforme les dépouilles en humus. Ou bien l’aquamation, qui permet de dissoudre les cadavres dans l’eau chaude, sous l’effet de l’hydrolyse. Des pratiques écologiques qui pourraient bien à terme signer l’arrêt de mort du cercueil.  

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