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Chariot

Le chariot

3 min
À retrouver dans l'émission

Il a permis de voir ses courses en grand et a contribué à transformer nos modes de consommation. Il est de tous les supermarchés et avec lui ça roule... Ou presque. Des riches consommateurs à l'extrême pauvreté, voici l'épopée contemporaine du chariot.

Chariot
Chariot Crédits : Tara Moore - Getty

Quel est l’objet qui contient une multitude d’objets extrêmement divers ?  Un grand objet mobile devenu l’accessoire essentiel de tous les supermarchés du monde… Le chariot bien sûr, dont la sociologue Catherine Grandclément nous raconte l’histoire dans Le Magasin du monde, l'ouvage qui nous sert de  référence pour ces chroniques. 

1946. Une révolution pour les ménagères

Longtemps, les clients n’ont pas accès au magasin : ils doivent s’adresser au commerçant derrière son comptoir. Tout change avec l’apparition des premiers magasins en libre-service dans le  sud et le centre des États-Unis au début du XXe siècle. Parmi les expériences pionnières figure le magasin Piggly Wiggly, ouvert à Memphis dans le Tennessee en 1916. A l’entrée, la cliente – puisqu’il s’agit majoritairement de femmes –  saisit un panier, passe le tourniquet et avance dans le magasin. C’est une révolution ! Ce sont désormais les consommatrices qui se déplacent parmi les rayonnages de marchandises.  Après avoir déambulé dans le magasin, elles présentent leurs articles à la caisse, paient et récupèrent les articles emballés. 

C’est dans un magasin similaire, localisé à Oklahoma City, qu’est inventé en 1937 le dispositif précurseur du chariot. Il s’agit d’une structure pliable roulante qui accueille deux paniers. Il  faut attendre 1946 pour que le dessinateur industriel Orla Watson mette au point le premier chariot téléscopable : le panier, plus grand, est fixé à la structure dont la face arrière peut se soulever et permettre ainsi à un autre chariot de s’y encastrer. Ce chariot soulage les clientes du poids des courses qu’elles peuvent de cette manière faire rouler jusqu’à la caisse, puis bien souvent, jusqu’à leur voiture.  Il permet en outre d’augmenter le volume des courses et ouvre ainsi la voie à l’accroissement des surfaces de vente.  

Le chariot se  trouve donc au cœur de la relation entre l’acheteur et le produit, permettant d’acquérir une multitude d’objets.  Il constitue  également un gain d’efficacité pour les supermarchés : l’emboîtement rapide des chariots est pris en charge par les clients eux-mêmes et non par le personnel.  

Consommer en masse

Depuis son invention, le chariot a connu une  diffusion mondiale, au fur et à mesure de l’essor des supermarchés, en  commençant par le Japon et l’Europe de l’Ouest à partir des années 1950.  

En France, le chariot de supermarché fait son apparition pour la  première fois en 1958. Il est commercialisé par la société alsacienne Caddie qui lui donne son surnom jusqu’à aujourd’hui. On le trouve d’abord dans les petits magasins en libre-service, avant d’équiper les  hypermarchés. Le premier magasin de grande distribution ouvre en 1963 à  Sainte-Geneviève-des-Bois, en région parisienne.   

Au début des  années 2000, il se vend en France plus de 600 000 chariots par an. Leur  taille n’a cessé d’augmenter, atteignant aujourd’hui 240 litres : le chariot incarne en fait l’abondance à portée de tous et la consommation de masse.  

L’artiste états-unien Duane Hanson l’a immortalisé à travers sa sculpture hyperréaliste “Supermarket Lady” réalisée en 1970 : elle représente une femme fatiguée, appuyée sur un chariot débordant de produits aux packagings colorés. Cette œuvre exprime parfaitement l’emprise du supermarché sur la vie quotidienne des femmes occidentales. Toutefois, jusqu’à la fin du XXe siècle, en dehors de l’Amérique du Nord, de l’Europe et du monde soviétique, les supermarchés sont réservés aux consommateurs les plus riches. 

La sculpture 'Supermarket Lady' de Duane Hanson, exposée au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, en septembre 1978
La sculpture 'Supermarket Lady' de Duane Hanson, exposée au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, en septembre 1978 Crédits : Michel BARET/Gamma-Rapho - Getty

Le régime d’abondance ne profite pas non plus à tous dans les pays riches. Et le chariot de supermarché devient alors le symbole de l’extrême pauvreté d’une partie de la société. Dans la rue, ce sont les plus pauvres, généralement sans abri, qui le poussent. Ils y transportent tout ce qu’ils possèdent, ainsi que des objets de récupération pouvant se monnayer, donnant à voir un autre visage de la société de consommation. 

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