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Détrôné par la cigarette au lendemain de la Première Guerre mondiale, le cigare va devenir par la grâce du cinéma, l'accessoire emblématique de tout homme âgé, puissant et dangereux, de la mafia au milieu politique.

Le cigare

4 min
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Au départ il y a la cohiba, cette plante sacrée que fumaient les premiers habitants des Antilles, les Taïno. Mais comment des feuilles de tabac enroulées et fumées pour honorer des dieux caribéens ont-elles pu susciter un tel engouement chez les fumeurs des quatre coins du monde ?

Détrôné par la cigarette au lendemain de la Première Guerre mondiale, le cigare va devenir par la grâce du cinéma, l'accessoire emblématique de tout homme âgé, puissant et dangereux, de la mafia au milieu politique.
Détrôné par la cigarette au lendemain de la Première Guerre mondiale, le cigare va devenir par la grâce du cinéma, l'accessoire emblématique de tout homme âgé, puissant et dangereux, de la mafia au milieu politique. Crédits : Grant Faint - Getty

Pour comprendre comment des feuilles de tabac fumées pour honorer les dieux dans les Caraïbes ont pu susciter un tel engouement aux quatre coins du monde, il faut remonter le fil que suivent les historiennes Jeanne Moisand et Romy Sanchez dans Le Magasin du monde pour raconter l’avènement du cigare.

La cohiba, plante sacrée des Taïno

Au départ il y a la cohiba, cette plante sacrée que fumaient les premiers habitants des Antilles, les Taïno. Ses feuilles étaient appréciées pour leurs vertus thérapeutiques et également utilisées dans le cadre des cérémonies religieuses. Au cours du XVIIe siècle, les colons d’Amérique adoptent cette pratique en lui conférant une dimension récréative. Le cigare séduit ensuite l’Europe, se substituant progressivement au tabac prisé ou chiqué. À partir du début du XVIIIe siècle, les artisans de Séville élaborent des cigares à partir des meilleures feuilles de tabac cubain.

On peut dire que c’est la guerre qui favorise sa circulation au-delà de l’Empire espagnol. D’abord, lorsque les troupes britanniques occupent La Havane en 1762 et 1763, des officiers anglais y prennent goût et rapportent des cigares et des graines de tabac dans leur colonie du Connecticut, en Amérique du Nord. Et puis au cours des guerres napoléoniennes, entre 1808 et 1815, les soldats français, qui se battent en Espagne, deviennent les meilleurs promoteurs des cigares roulés en Andalousie avec du tabac cubain.

Un havane baptisé Londres

En 1817, l’État espagnol met un terme à son monopole sur la vente du tabac et de cigares cubains. Le commerce international du cigare augmente alors rapidement et la production cubaine doit fournir le premier consommateur de cigares : la Grande-Bretagne, qui consomme une grande partie des 26 millions de pièces que l’île caribéenne exporte chaque année. Dès les années 1820, le cigare devient dans le monde entier le signe reconnaissable de l’identité britannique. Des cafés-fumoirs se multiplient à Londres. Dans un environnement cosy, entre tentures et grands coussins orientaux, les bourgeois et aristocrates y dégustent les meilleurs cigares, qui deviennent le symbole d’une nouvelle culture de l’entre-soi des gentlemen et des dandys. Des smoking rooms sont ouvertes dans les clubs privés, ainsi que dans les foyers les plus opulents. Les notables revêtent pour l’occasion des smoking jackets (devenus simplement des smoking en français), qui ont pour fonction d’absorber la fumée du tabac. C’est pourquoi les fabricants confèrent à certains Havane le nom de Londres ou celui de Reine Victoria.

1868-1959. Un symbole cubain, de l'indépendance nationale de l'île à la révolution castriste

En 1868, le destin du cigare est à nouveau marqué par un conflit, cette fois entre les créoles cubains, en quête d’indépendance, et les Espagnols loyalistes, fidèles à la métropole européenne. Pendant plusieurs décennies, des milliers d’agriculteurs et d’ouvriers du tabac émigrent en Floride, à New York et en Jamaïque. Ceux qu’on dénomme les tabaqueros élaborent des cigares cubains à l’étranger. Que ce soit dans la diaspora ou à la Havane, les ouvriers du tabac se réunissent dans des associations anticoloniales, qui regroupent des descendants d’Afro-cubains, des engagés asiatiques ainsi que des blancs d’origine espagnole. Le cigare incarne alors le combat pour l’indépendance nationale, obtenue en 1902, là où le sac de sucre représente la soumission à la métropole coloniale espagnole. Ce succès international induit quelques transformations de l’objet lui-même. Face aux contrefaçons, les fabricants cubains inventent dans les années 1870 des techniques de marquage qui permettent de distinguer les vrais cigares des faux. Les boîtes de cigares sont désormais vendues avec des sceaux dorés et un anneau de papier, la vitola différencie chaque marque.

Cependant, le cigare est détrôné au lendemain de la Première Guerre mondiale par un concurrent de taille : la cigarette, qui s’impose bientôt partout dans le monde. Le cigare devient l’apanage des plus riches, comme le dénonce la dernière scène de La Ruée vers l’Or de Chaplin en 1925. Le cinéma ne cesse ensuite de l’associer aux hommes âgés, puissants et dangereux, de la mafia au milieu politique. Ainsi, Winston Churchill s’avère être le plus grand promoteur du havane auquel il a même donné son nom !

Un dernier bouleversement s’opère en 1959 à Cuba avec la Révolution de Fidel Castro qui se réapproprie le cigare, transformé en symbole de lutte contre l’impérialisme. En 1981, le Líder maximo lance une marque d’État, Cohiba, qui reprend le nom donné par les Indiens taïno au tabac, et produit rapidement les meilleurs cigares du monde. Les Taïno, eux, ont depuis longtemps disparu, victimes des maladies et du travail forcé introduits par la colonisation.

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