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Coquillages

Le coquillage

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Des côtes africaines aux intérieurs bourgeois européens, les coquillages ont eu de multiples usages. Comment ont-ils accompagné l’expansion de l’Europe dans le monde depuis le XVIIe siècle ?

Coquillages
Coquillages Crédits : MirageC - Getty

Une histoire racontée par l’historienne Charlotte Guichard dans Le Magasin du Monde.

C’est au XVIIe siècle que les élites européennes commencent à se passionner pour les coquillages lointains venus des mers chaudes, rapportés par les navires de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales fondée en 1602. Un nouvel engouement pour les coquilles s’empare des métropoles comme Amsterdam, Londres, et Madrid.  

Le coquillage, un objet de luxe au XVIIIe siècle

Les coquillages les plus rares deviennent des objets de luxe.
À Paris, en 1736, se tient une grande vente aux enchères de coquilles qui rassemblent de nombreux collectionneurs et témoigne d’un nouveau style, le rococo. Des coquillages sculptés, dorés, peints, avec leurs volutes et leurs arabesques, viennent décorer le mobilier des hôtels particuliers en Europe.
Les aristocrates édifient dans leur résidence des grottes de rocaille, cet assemblage de coquillages, de mousses et de coraux qui confèrent au lieu une apparence pittoresque.
Le palais de Sanssouci, bâti au milieu du XVIIIe siècle à Postdam pour le roi de Prusse Frédéric II, en est un des plus célèbres exemples. 

Les collections de coquillage constituent aussi des espaces de sociabilité masculine et féminine. Des nobles, des officiers de robe, des financiers, des voyageurs, mais aussi des marchands et des négociants se rencontrent pour échanger sur le sujet. Les coquillages peuvent révéler le désir d’ascension sociale des nouveaux bourgeois qui commandent des miroirs ornés de coquilles ou bien des coquilliers à tiroirs, sortes de meubles sur mesure.

L'attrait du lointain

Au XIXe siècle, les coquillages continuent à alimenter la fascination pour les contrées lointaines, la beauté de la nature et en particulier des océans, comme l’illustre le roman Vingt mille lieues sous les mers publié en 1870 par Jules Verne. L’écrivain s’est inspiré d’un coquillage pour le nom d’un de ses personnages principaux, le sous-marin Nautilus, un nom qui vient du nautile, un mollusque dont la coquille en spirale est travaillée par les artisans depuis la Renaissance. Ces magnifiques nautiles exprimaient la beauté de la nature transformée en artifice.
A la fin du XIXe siècle, le Nautilus de Jules Verne incarne le rêve d’une technologie qui rivaliserait avec la nature tout en renouant avec elle.   

Les coquillages ne sont pas seulement objet de fiction ou de collection. Ils sont également de puissants instruments de domination économique. Ainsi, des millions de cauris, ces petits coquillages pêchés dans la mer des Maldives, constituent la principale monnaie d’échange dans l’Océan Indien et sur les côtes d’Afrique à l’époque moderne. Ces cauris sont d’abord utilisés par les marchands arabes puis par les compagnies européennes pour acheter des captifs africains destinés à l’esclavage outre-Atlantique.
Au milieu du XVIIe siècle, un esclave coûte en moyenne 40 000 cauris.   

Ce n’est que deux siècles plus tard, au XIXe siècle que le coquillage se démocratise et entre dans les intérieurs bourgeois. Il rappelle l’aventure des explorations, les grands voyages ou plus simplement les séjours touristiques au bord de la mer. Il continue toutefois à incarner dans l’imaginaire collectif les riches promesses des colonies. Ainsi, en 1931, sur la façade du nouveau musée des Colonies à Paris, aujourd’hui Palais de la Porte Dorée, le sculpteur Alfred Janniot célèbre la sensualité des possessions insulaires françaises à travers un motif évoquant le coquillage de l’Aphrodite de Botticelli.  

À cette époque, le coquillage est déjà devenu l’emblème d’un nouvel empire, celui du pétrole. Le lien s’est fait par le père du fondateur du groupe Shell qui importait des coquilles à Londres.
En 1897, la compagnie fait construire le premier navire pétrolier au monde, baptisé Le Murex, pour transporter du pétrole de la mer Noire à Bangkok.
En 1904, Shell change son logo, elle abandonne la coquille de moule pour la fameuse coquille Saint-Jacques.  

On le voit bien dans cette rapide histoire esquissée  : symbole des rivages lointains, trophée précieux rapporté de l’empire et des colonies, et finalement marque d’une entreprise cotée en Bourse, le coquillage raconte l’émerveillement devant la nature du monde et le désir humain de sa maîtrise.  

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