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Le divan, lieu de l'analyse

Le divan

3 min
À retrouver dans l'émission

Comment un canapé ottoman est-il devenu le symbole de la psychanalyse ?

Le divan, lieu de l'analyse
Le divan, lieu de l'analyse Crédits : Malte Mueller - Getty

Rien, absolument rien, ne laissait présager la destinée du divan, dont Hervé Mazurel retrace l’histoire dans Le Magasin du Monde.

Petite étymologie du divan

Au début du XVIe siècle, le "divan" désigne le jour d’audience du Grand Turc à Istanbul, avant de qualifier, à partir du milieu du XVIIIe siècle, le gouvernement de l’Empire ottoman, qui se réunissait au palais dans une salle remplie de sofas et de coussins.  

C’est l’un des sens du mot arabe "diwan" : la salle d’audience du palais qui se situe précisément entre la salle du gouvernement dénommé le sérail, et l’espace privé appelé le harem.
Le divan devient alors dans les mondes arabes et ottomans la pièce où les notables reçoivent avec luxe et distinction leurs visiteurs.  

Le diwan possède aussi une autre signification : il s’agit d’un recueil de poésie lyrique dans les littératures ottomane, arabe et persane. Des œuvres rédigées par des poètes courtois qui louent l’amour et la bonne chère.
Cette tradition est popularisée en Europe par Goethe qui, dans son Divan occidental-oriental publié à partir de 1819, s’inspire de la poésie persane.  

Un mobilier prisé

C’est à cette époque que le divan, en tant qu’objet cette fois, devient un élément du mobilier européen.
Son succès traduit l’essor du goût orientaliste au sein des élites occidentales, car il semble incarner à lui tout seul l’Orient sensuel et capiteux, une sorte de paradis des sens avec ses couleurs, ses broderies, et ses parfums envoûtants. C’est l’Orient fantasmé des femmes voilées et lascives, allongées dans leurs mystérieux gynécées qui fascinent les Occidentaux.  

C’est progressivement que le divan conquiert les intérieurs bourgeois puis bohèmes des villes européennes, à mesure que croît un nouveau désir : le confort.  

La diffusion du divan s’inscrit ainsi dans la révolution du mobilier domestique qui s’opère tout au long du XIXe siècle. Les sièges et les fauteuils traditionnels sont délaissés au profit de la chaise longue, de la duchesse ou encore du rocking chair, qui favorisent le repos, la nonchalance et le délassement des corps.  

Ce succès du divan est attesté par la peinture moderne qui en fait un objet iconique du tournant du siècle : Edouard Manet peint Berthe Morisot sur un divan en 1872, Berthe Morisot, La Jeune fille au divan vingt ans plus tard, et Henri Matisse crée en 1921 ses Femmes au canapé autrement appelé Le divan

Le divan et la psychanalyse

Lieu de l’abandon corporel, le divan favoriserait donc l’écoute intime de soi mais aussi la révélation des secrets enfouis dans l’inconscient. C’est la conviction d’un médecin viennois de la fin du XIXe siècle dénommé Sigmund Freud. En 1891, une patiente lui offre un divan victorien qui n’a rien de particulier. Freud le recouvre de tapis nomades kachkaïs, provenant du Sud de la Perse, et de coussins de velours. Viennent s’y allonger des patients dont l’histoire de la psychanalyse a retenu les noms les plus célèbres : Sergueï Pankejeff dit "l’homme aux loups", Ida Bauer alias "Dora " ou encore Ernst Lanzer, " l’homme aux rats". C’est grâce à eux et son fameux divan que Sigmund Freud découvre les névroses de transfert  : la phobie, l’hystérie et l’obsession.  

Mais quel rôle joua précisément le divan dans l’invention de la psychanalyse  ?
D’abord Freud pratique l’hypnose de ces patients. En 1896, il abandonne sa méthode de la suggestion au profit d’un nouveau dispositif thérapeutique fondé sur l’écoute silencieuse de l’analysé par l’analyste.  
Le patient, installé sur un simple canapé sans accoudoir, est invité à exprimer librement et spontanément toutes ses pensées et les images qui lui traversent l’esprit.  

L’historien Hervé Mazurel rappelle que le fait que Freud détestait qu’on l’observe frontalement des heures durant, joua aussi sans doute un rôle dans l’invention de la cure.  

Voilà comment le divan s’est trouvé identifié à la psychanalyse au point qu’il suffit aujourd’hui de dire de quelqu’un qu’il est sur le divan pour qu’on sache -par métonymie- qu’il est en analyse.

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