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Le flash

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À retrouver dans l'émission

Le flash des débuts est un produit dangereux. Il peut enflammer les studios et rendre aveugle les sujets photographiés.

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flash Crédits : Olga Siletskaya - Getty

Ces dangers n’arrêtent pas les pionniers du flash qui ne cessent de perfectionner le procédé, comme le raconte l’historien Daniel Foliard dans le Magasin du Monde.  

Tout feu tout flamme 

Cette petite explosion de lumière blanche a révolutionné notre appréhension du monde. Elle permet à l’appareil photographique de dévoiler l’invisible, de l’infiniment petit au macrocosmique. Le procédé a été inventé en 1862 à Manchester, en Angleterre. Il est issu de la combustion de sel minéral (le magnésium), et il est utilisé dès 1865 par Charles Piazzi-Smyth pour prendre des vues de l’intérieur des pyramides de Gizeh en Égypte. L’année suivante, sont photographiées pour la première fois les catacombes de Rome.  

Ses premières utilisations montrent en effet les mondes souterrains comme les grandes grottes naturelles aux États-Unis, ou bien les profondeurs sous-marines. A Banyuls, en 1893, Louis Boutan réalise le premier portrait sous l’eau avec un fil de magnésium protégé par une cloche de verre.  

Parmi les univers méconnus éclairés par la lumière du flash : le monde des pauvres. A commencer par les laissés pour compte de la ville de New York révélés par Jacob Riis en 1888. Il permet aux lecteurs du monde entier d’entrer dans les bas-fonds, les caves et les logis obscurs des quartiers populaires. Jacob Riis met le flash au service de son réformisme social : la publication de ses photographies suscite un grand débat sur la pauvreté. Trois ans plus tard, ce sont les clichés de John Charles Burrow réalisés dans les mines du Pays de Galles qui donnent à voir la vie de travailleurs jusque-là invisibles. Quelques années après, des scènes nocturnes de lynchages de noirs sont photographiées dans le sud des États-Unis. À chaque fois, le flash éclaire les zones les plus sombres de la modernité. 

Lumière artificielle

Les éclairs de magnésium permettent aussi de saisir les morts. A la fin du XIXe siècle, les adeptes du spiritisme utilisent le flou et la blancheur des images du flash pour montrer les fantômes. Au début du XXe siècle, le fil de magnésium illumine aussi les cadavres et les scènes de crime avant d’être manié pendant la Première guerre mondiale pour mettre en lumière pour la première fois les batailles nocturnes.  

Mais la lumière artificielle permet également d’immortaliser les événements heureux comme les réunions de famille. Dès 1857, le prince Roland Bonaparte, grand amateur de photographies, commande plusieurs portraits de sa famille dans son intérieur parisien. Un demi-siècle plus tard, l’entreprise Kodak propose pour un prix modique de simples feuilles à combustion lente qui rendent accessibles les portraits en intérieur à tous les bourgeois du monde. Le flash devient progressivement l’indispensable outil de communication des grands banquets, des soirées mondaines et des spectacles. Ainsi, les 3500 personnes venues assister à Siegfried de Wagner à l’opéra de New York sont photographiées par Ernest Marx en 1888. 

Et le reste du Monde s’empare lui-aussi rapidement de cet objet. Les aristocrates de la Cour du Shah l’introduisent en Iran dès les années 1900 alors qu’il est de plus en plus utilisé dans les studios qui se développent en Afrique de l’Ouest.  

En quête de nouvelles découvertes, des photographes partent à la conquête de la nature sauvage au tournant du XXe siècle. Les vues nocturnes des grands mammifères d’Amérique du Nord et d’Afrique transforment alors l’image même de la faune dans les opinions publiques occidentales. Et renouvellent par la même la photographie animalière. 

L’usage du flash se démocratise à partir des années 1920 grâce à l’invention de l’ampoule de flash, puis du flash électronique. Il ne présente dès lors plus aucun danger pour le photographe. Intégré depuis le début du 21e siècle dans chaque smartphone, il donne même à son utilisateur le sentiment de pouvoir réussir toutes les prises de vue. L’humanité aurait définitivement triomphé de l’obscurité… 

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