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Soldate armée d'un fusil d'assaut

Le fusil d'assaut

3 min
À retrouver dans l'émission

Le fusil d’assaut est l’objet par excellence de l’ultra-violence contemporaine.

Soldate armée d'un fusil d'assaut
Soldate armée d'un fusil d'assaut Crédits : DekiArt - Getty

L’historienne Sabine Dullin raconte sa terrible odyssée dans Le magasin du monde, le livre qui nous sert de référence pour ces chroniques radiophoniques.

Des origines allemandes

Le fusil d’assaut est conçu par les armuriers allemands du IIIe Reich entre 1938 et 1943 pour remplacer le Mauser K 98 dont la puissance de feu peine à s’imposer sur le front de l’Est. L’ingénieur Hugo Schmeisser invente une nouvelle arme hybride, entre le pistolet-mitrailleur et le fusil, qui séduit Adolf Hitler. En 1944, cet objet est rebaptisé Sturmgewehr, littéralement « fusil d’assaut ».

Il correspond aux exigences de la guerre totale, où le front s’efface au profit des combats urbains qui deviennent décisifs. Mais malgré son efficacité et sa précision de tir, le Sturmgewehr sombre dans l’oubli avec la défaite nazie. Et l’histoire officielle a retenu une autre origine pour le fusil d’assaut, russe cette fois, et un nom : Mikhail Timofeevitch Kalachnikov.

Ce paysan autodidacte est repéré pour ses talents d’inventeur et envoyé suivre une formation d’ingénierie militaire à Moscou et Leningrad. Grièvement blessé en 1941 par les Allemands, il se consacre dès lors à la conception de l’objet qui pourra servir au mieux la cause patriotique.

Ce nouveau fusil d’assaut se dénomme l’AK 47 acronyme d’Avtomat Kalachnikova année 1947. Le régime soviétique consacre Mikhail Kalachnikov de son vivant, en lui dédiant un musée.

Les éventuelles racines allemandes de ce fusil russe ont été totalement oblitérées. Tout juste sait-on que l’armurier Hugo Schmeisser a été déporté en 1946 dans l’Oural, dans les usines d’armement soviétique, où l’on a commencé à fabriquer l’AK 47 deux ans plus tard… Pendant la guerre froide, la Kalachnikov devient rapidement l’instrument de la lutte contre l’impérialisme. Car, contrairement aux autres fusils, l’AK 47 est un bien commun : Kalachnikov et ses descendants ne reçoivent aucune royaltie malgré le succès phénoménal de son invention.

L'objet durable de l'utra-violence 

Les pays frères du bloc communiste détiennent dès 1956 la licence afin de produire des AK47 : les Chinois, les Polonais, les Allemands de l’Est, les Bulgares, les Coréens du Nord et les Yougoslaves fabriquent leur propre version.

En 1957, les Etats-Unis créent de leur côté le M16, qui équipe les GIs pendant la guerre du Vietnam.

Mais c’est bien la kalash soviétique, utilisée par les Vietcong, qui occupe la première place du podium. Et c’est dans la jungle vietnamienne que naît la légende de l’AK 47 qui ne s’enraye jamais quelles que soient les conditions climatiques.

À partir des années 1970, après avoir rompu avec l’URSS, la Chine communiste devient le premier fournisseur d’AK47 dans le monde.

Au début des années 1980, en Afghanistan et au Pakistan, les Mudjahiddin ont été armés d’AK 47 chinoises par le président Reagan et la CIA, dans leur guerre contre l’occupant soviétique. Puis ces trois millions de fusils d’assaut ont été en partie recyclés par les réseaux terroristes. Vingt ans après, Ben Laden et Al-Qaïda retournent ces armes contre les États-Unis.

La dissémination des fusils d’assaut s’est en effet accélérée à partir des années 1990 avec l’intensification de la mondialisation et l’effondrement du bloc soviétique.

Les trafiquants d’armes prospèrent en vendant les nouvelles productions comme l’AK100 mais surtout en refourguant les 100 millions d’AK47 produites depuis 1947, qui continuent bien souvent de servir aujourd’hui.

Car cette arme est durable, sans obsolescence programmée.

Finalement, l’AK s’est imposé partout, équipant les gangs comme les polices, les terroristes comme les armées régulières, les braconniers comme les gardes des réserves naturels…le fusil d’assaut est devenu l’objet ordinaire des violences contemporaines.

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