LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le gilet jaune, accessoire indissociable de la sécurité routière et produit par excellence de la mondialisation économique devenu symbole parodoxal de la contestation portée par les mouvements sociaux

Le gilet jaune

3 min
À retrouver dans l'émission

Par quels glissements successifs un accessoire rendu obligatoire par les politiques publiques de sécurité routière - par ailleurs produit emblématique de la mondialisation économique - est-il devenu un symbole de la contestation portée par les mouvements sociaux à travers le monde ?

Le gilet jaune, accessoire indissociable de la sécurité routière et produit par excellence de la mondialisation économique devenu symbole parodoxal de la contestation portée par les mouvements sociaux
Le gilet jaune, accessoire indissociable de la sécurité routière et produit par excellence de la mondialisation économique devenu symbole parodoxal de la contestation portée par les mouvements sociaux Crédits : Philippe Turpin - Getty

"C’est jaune, c’est moche, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie". Et c’est le célèbre couturier allemand Karl Lagerfeld qui le porte sur les épaules. En 2008, après que le gilet jaune est devenu obligatoire dans chaque véhicule, l'objet se diffuse massivement en Europe où il s’en vend plus de 85 millions chaque année. Dix ans après, en 2018, cet objet apparemment anodin devient le porte-drapeau d’un vaste mouvement social.

Comment un objet banal de la sécurité routière est-il récemment devenu un symbole mondial de la contestation ?

Léa Mauger nous en raconte l’histoire économique et politique dans Le Magasin du monde. Tout commence avec Ghislain Coutard, un père de famille de 36 ans qui roule entre 300 et 500 kilomètres par jour pour réparer des compresseurs d’air comprimé et des générateurs d’azote dans la viniculture. Il se mobilise contre la hausse du prix du carburant et le 24 octobre 2018 filme un message dans son camion qu’il poste sur les réseaux sociaux :

J’espère que ça va vraiment bouger, que les Français vont se motiver, sortir vraiment, faire un blocage bien costaud, montrer qu’il n’y a pas que le foot qui rassemble.

C’est alors qu’il brandit un gilet jaune et invite tout le monde a le poser sur le tableau de bord de son véhicule pour manifester son adhésion au mouvement de contestation. Cette courte vidéo d’à peine 1 minute et 20 secondes devient virale et en quelques mois le gilet jaune devient un phénomène mondial.

Fin 2018, aux quatre coins de la France, des mécontents de toutes opinions politiques et de toutes les générations se réunissent chaque samedi sur les ronds-points et arborent fièrement un gilet jaune. L’objet fluorescent doit "rendre visible les invisibles", écrit Léa Mauger. Le gilet jaune devient alors le symbole de la lutte contre les puissants et contre la mondialisation sauvage. Destin paradoxal pour cet objet mondialisé, dont la production a été délocalisée dans les pays où la main-d’œuvre est bien moins onéreuse : en Pologne, en Roumanie, au Brésil, en Turquie, en Inde, et surtout en Chine. Car les fibres synthétiques nécessaires à la confection des gilets de sécurité proviennent des usines chinoises. Il s’agit de plastique chauffé et transformé en filaments. Et ce sont des microbilles de plastique qui servent à la fabrication des bandes réfléchissantes. Les usines se situent aujourd’hui dans les villes nouvelles fondées par le gouvernement de Xi Jinping, où elles bénéficient d’une exemption des charges patronales. Elles emploient souvent des femmes âgées, pauvres, contraintes d’accepter des salaires très bas et de travailler dans des conditions très difficiles.

De la Chine à l'Europe, itinéraire paradoxal d'un pur produit de la mondialisation économique

Ces millions de gilets jaunes sont ensuite transportés partout dans le monde grâce aux cargos qui polluent la planète en émettant 60 % de la production totale de CO2 du transport maritime. Ou bien ils empruntent la nouvelle route de la soie en prenant le train qui traverse le continent eurasiatique jusqu’à Lyon. Acheté 50 centimes d’euro en Chine, un gilet jaune se vend 3 à 5 euros sur le marché européen. A peine quelques mois après ses débuts en France, le mouvement suscite des mobilisations un peu partout en Europe, en Belgique, en Espagne, en Pologne, au Portugal, en Allemagne, en Bulgarie, ainsi qu’en Israël où des manifestants se saisissent du gilet jaune. Craignant la contagion, le gouvernement égyptien interdit même sa commercialisation. Le gilet jaune demeure aujourd’hui encore un symbole de la rébellion en même temps que le produit par excellence de la mondialisation économique. Des usines chinoises aux grandes surfaces européennes, en passant par les ronds-points des villes et des campagnes, il est devenu l’incarnation d’un monde en crise.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......