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Un journal papier plié

Le journal

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S'il fait aujourd'hui partie d'une routine quotidienne mondiale, il faut savoir que le journal est d'abord européen. Et au tournant du XIXe siècle, il est essentiellement lu par les élites.

Un journal papier plié
Un journal papier plié Crédits : LUVLIMAGE - Getty

Voici un objet, le journal, qui a transformé le monde contemporain avant peut-être de disparaître dans les années à venir. Son histoire remonte au début du XVIIe siècle, comme le montre Marie-Eve Terenthy dans Le Magasin du monde, l'ouvrage qui nous sert de référence pour cette série de chroniques.

Un privilège culturel 

Les gazettes apparaissent d’abord en Europe. En Allemagne, le Leipziger Zeitung innove en 1660 en adoptant un rythme quotidien de parution. Se mettent alors en place deux modèles de développement de la presse. L’essor du commerce aux États-Unis et en Angleterre favorise l’instauration d’un modèle libéral avec de nombreux journaux, une faible présence de l’État et une forte professionnalisation des journalistes. En revanche, dans l’Europe du Sud, les Etats entendent d’emblée contrôler l’information transmise par les journaux. Plus dépendants du pouvoir politique et moins professionnel, leur personnel est souvent issu des milieux politiques et littéraires.

Dès la fin du XVIIe siècle, les gazettes font circuler les informations dans toute l’Europe, et parfois au-delà. Le journal devient l’outil culturel indispensable des élites. On peut désormais le trouver dans les librairies et les cabinets de lecture des villes. En 1712, une loi qui doit taxer la presse britannique est à l’origine d’une révolution formelle. Il s’agit d’empêcher la multiplication du nombre de journaux et l’augmentation de leur taille. Cette loi calcule donc l’imposition en fonction du nombre de pages imprimées. Cette décision incite en fait les périodiques à passer au très grand format, qui se diffuse peu à peu dans le reste du monde.

Le développement du journal s’accélère grandement au XIXe siècle grâce au chemin de fer qui autorise un maillage national et international de l’information. Les gares elles-mêmes constituent des lieux essentiels de vente.

A partir de 1803, en Angleterre, on commence à produire du papier en bobine. Puis l’encrage se mécanise, et la presse rotative est inventée dans les années 1880 en Angleterre et en France. Toutes ces innovations techniques facilitent la fabrication des journaux. Le journal est désormais à la portée de toutes les bourses ou presque. A partir du milieu du XIXe siècle, les kiosques se multiplient et animent l’espace public urbain. Les pages des gazettes sont même affichées sur les murs.

De la démocratisation à une future disparition

La périodicité du journal, qu’on achète chaque jour, change la vie des gens dans le monde entier. De nouveaux rituels de lecture scandent la journée, depuis le petit-déjeuner jusqu’au coucher, en passant par le temps d’un trajet dans les transports. Le journal permet, sans sortir de chez soi, d’être connecté avec le reste du monde, comme le décrit précisément Marcel Proust en 1919 :

Procéder à cet acte abominable et voluptueux qui s’appelle lire le journal et grâce auquel tous les malheurs et cataclysmes de l’univers pendant les dernières vingt-quatre heures, (…), transmués pour notre usage personnel à nous qui n’y sommes pas intéressés, en un régal matinal, s’associent excellemment, d’une façon singulièrement excitante et tonique, à l’ingestion recommandée de quelques gorgées de café au lait .

En 1896, le Daily Mail est le premier "tabloïd" en Angleterre. Le nom est donné d’après un médicament en comprimés qui proposait un effet condensé. Le tabloïd est donc un condensé de journal, plus maniable, que les travailleurs peuvent lire rapidement le matin dans les transports en commun. Mais ils véhiculent souvent une vision populiste et sensationnaliste de l’actualité en mettant en exergue les faits divers, les rumeurs et parfois les fausses informations, qu’on n’appelait pas encore fake news ou infox.

Au XXe siècle, la démocratisation de la lecture du journal a des conséquences environnementales dont nos contemporains se préoccupent. Car la consommation de milliers de tonnes de pâte de bois chaque semaine dans le monde menace les forêts. Chacun trouve donc de quoi recycler le papier journal à sa façon : les commerçants pour envelopper leurs marchandises, les particuliers pour allumer le poêle. Au Brésil, de nombreuses coopératives transforment le papier journal en objets décoratifs et en vêtements.

Mais pour pouvoir les recycler, encore faut-il que les journaux papier continuent d’exister. Or, même si la presse se maintient dans certains pays comme l’Inde et le Japon (les deux journaux les plus vendus au monde sont japonais, le 3e est indien), l’imprimé décline globalement au profit des sites internet d’information, notamment les gratuits. Les journaux ont donc dû se convertir au digital… et force est de constater que certaines versions en ligne utilisent la mise en page des anciens tabloïds…

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