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Femme vêtue d'un kimono

Le kimono

4 min
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Vêtement traditionnel japonais, le kimono séduit depuis le XIXe siècle d'autres contrées. Empreint d'un certain érotisme, il a inspiré les artistes comme les sportifs. Aujourd'hui revisité, il est véritablement devenu un vêtement du monde.

Femme vêtue d'un kimono
Femme vêtue d'un kimono Crédits : RUNSTUDIO - Getty

Rarement un vêtement aura incarné à ce point une identité nationale tout en étant constamment travaillé par des influences transnationales. Le kimono possède une histoire mondiale que nous raconte Quentin Deluermoz dans Le Magasin du monde, le livre qui nous sert de référence pour ces chroniques radiophoniques.

Le vêtement de l'identité nippone

La quête de l’origine du kimono semble un peu vaine, tant celui-ci, comme la plupart des vêtements, circule beaucoup. En matière vestimentaire, les Japonais s’inspirent dès le IXe siècle des habits portés dans l’Empire chinois, considéré comme la matrice culturelle de l’Asie orientale. Puis, avec la fermeture du Japon aux influences étrangères entre le XVIIe et le XIXe siècles, des tissus composent ce qu’on dénomme alors le Kosode. Le mot "kimono" se diffuse à la fin du XIXe siècle, c’est-à-dire au début de la phase d’industrialisation et de "modernisation" du Japon, en s’inspirant en partie du modèle occidental. Ce terme désigne un ensemble vestimentaire constitué par une robe en forme de T, une sous-robe, et une ceinture appelée obi. Face à la montée en puissance du vêtement occidental, que les Japonais appellent le yôkufu, le kimono incarne la japonité, l’identité nippone. S’ils adoptent le costume occidental au travail, les hommes et les femmes japonaises continuent à porter le kimono dans l’espace privé.
En 1933, plus de 80% des femmes de Ginza, le quartier à la mode de Tokyo, arborent un kimono dans la rue. La mode évolue rapidement au lendemain de la Seconde guerre mondiale : en 1951, toujours à Ginza, plus de la moitié de femmes s’habillent désormais à l’occidentale. Le kimono devient progressivement un vêtement "traditionnel", qu’on réserve aux cérémonies et aux grandes occasions.

La peinture, le sport et la mode : le kimono exporté

Le kimono connaît parallèlement une seconde vie hors du Japon. Dès le milieu du XIXe siècle, les avant-gardes artistiques européennes s’entichent du pays du Soleil levant. L’esthétique nippone révolutionne alors l’art occidental : Van Gogh, Pissaro, Degas sont fascinés par les estampes qui transmettent une vision très idéalisée d’un Japon pays des samouraïs et des Geishas. Le peintre impressionniste Claude Monet réalise en 1876 le tableau intitulé "La Japonaise" où il représente son épouse vêtue d’un somptueux kimono rouge qu’il a emprunté à un ami, espérant profiter de la vogue du japonisme.
En 1900, à l’Exposition universelle de Paris, la pièce "La Geisha et le chevalier" remporte un grand succès et son actrice japonaise, Sada Yacco, devient une figure du Tout-Paris. La comédienne pose en kimono dans les magazines et intrigue les lecteurs européens. Dans l’imaginaire occidental, ce vêtement devient le symbole d’une culture traditionnelle plus proche de la nature. Sa forme épousant les corps, il possède une forte charge érotique, invitant à la libération sexuelle. 

L’autre vecteur de diffusion du kimono dans le monde a été le sport, et notamment les arts martiaux considérés comme japonais, tels le karaté et le judo. Le judo se formalise au début des années 1880 sous l’égide de Jigoro Kano. Les autorités nippones favorisent son exportation à l’étranger, de l’Europe jusqu’au Brésil où le premier club ouvre dans les années 1910. Ses pratiquants sont habillés d’une veste, d’un pantalon et d’une ceinture qu’on appelle couramment kimono. C’est le premier sport non occidental à accéder au statut de sport olympique en 1964. Vingt ans plus tard, le film Karate Kid popularise ce vêtement de combat.
Aujourd’hui, dans le monde entier, 15 millions de judokas et 110 millions de karatékas endossent leur kimono avant d’aller sur les tatamis.En dépit de ce succès international, le kimono demeure - aux yeux des Japonais - un attribut de la culture traditionnelle. Dans les années 1960, une réaction nationaliste provoque un boom des ventes de ce vêtement et la création de nombreuses académies où l’on apprend l’art du kimono. Et dans les années 2000, s’épanouit la mode du Yukata qui incite les jeunes filles à porter un kimono lors de leur rendez-vous galant. Mais le kimono n’est plus l’apanage du Japon. En 2008, le designer Serge Mouangue présente ses kimonos africains, en wax, tissu de coton ciré, dont les motifs sont inspirés des cultures asiatiques et subsahariennes. Cette hybridité assumée met à mal le fantasme de l’identité purement japonaise du kimono et exprime bien ce qu’il est devenu : un vêtement monde.

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