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Masques chirurgicaux sur fond jaune

Le masque prophylactique

3 min
À retrouver dans l'émission

Alors que le monde occidental l'avait exclusivement réservé à l'activité médicale, il est devenu un impératif de notre vie quotidienne comme cela était déjà le cas en Asie ou en Afrique. Retour sur les origines et les usages du masque prophylactique.

Masques chirurgicaux sur fond jaune
Masques chirurgicaux sur fond jaune Crédits : Yulia Shaihudinova - Getty

Quel objet, jusque-là relativement peu utilisé, a été adopté en quelques mois à peine par presque tous les habitants de la planète ? Le masque prophylactique bien sûr ! dont l’historien Frédéric Vagneron retrace les origines dans Le Magasin du monde.

De l'usage médical...

Il existe en Europe, à partir du XVIIe siècle, un vieux masque, utilisé par les médecins qui luttent contre la peste. Sa forme est reconnaissable : il est doté d’un bec rempli d’aromates pour protéger son propriétaire des émanations miasmatiques.

Le masque se standardise à la fin du XIXe siècle, lorsque la science démontre le rôle de la transmission aérienne des microbes dans la diffusion des maladies infectieuses. Son port s’impose alors dans la pratique médicale moderne comme la meilleure protection individuelle contre la contagion par des micro-organismes invisibles. Dès les années 1890, le masque chirurgical est utilisé par les médecins pour éviter l’infection des malades par les soignants. Cet objet, constitué de fines couches de coton reliées par un élastique, devient un symbole de la médecine moderne comme les gants de chirurgien, le crachoir individuel pour les tuberculeux ou le vaccin. L’usage du masque se diffuse au-delà des hôpitaux au début du XXe siècle.

En 1911, à l’occasion de la peste de Mandchourie, en Chine, de nombreux masques sont distribués à la population pour lutter contre une maladie pulmonaire méconnue. C’est un médecin chinois, le docteur Wu, qui le popularise. Le masque participe dès lors à la politique d’affirmation de la Chine comme un état moderne et scientifique face aux puissances impérialistes européennes et japonaise. En revanche, pendant l'épidémie de grippe dite espagnole de 1918-1920, le masque n’est pas beaucoup utilisé en dehors de quelques villes d’Europe et d’Amérique du Nord. Seules les autorités japonaises en recommandent systématiquement le port, et le fournissent gratuitement aux habitants à partir de 1919.

... à la protection individualisée

Dans la seconde moitié du XXe siècle, l’usage du masque se répand avec l’obligation de préserver un environnement aseptique, indispensable à la réalisation des nouvelles interventions invasives : greffes, transplantations et prothèses. Parallèlement, dans les pays riches, son usage décroît dans l’espace public. Car la consommation croissante d’antibiotiques fait quasiment disparaître les infections, comme la tuberculose. Ce n’est pas le cas dans les pays africains ou asiatiques. Par exemple, en Chine, pendant la Guerre froide, les masques fleurissent sur les posters de la propagande maoïste, notamment lors de la campagne sanitaire patriotique de 1952.

Si, en Occident, le masque est de moins en moins utilisé contre les épidémies, on l’adopte pour lutter contre d’autres menaces après 1945. Pour contrer les risques nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques, les soldats en sont dotés pendant la Guerre froide. Pour se protéger des pesticides et des bactéries, les travailleurs agricoles l’utilisent alors que les exploitations d’élevage s’industrialisent. Ou bien pour lutter contre la recrudescence de certaines allergies comme celle causée par le pollen de cèdre bleu, au Japon dans les années 1980 : le masque devient là encore un objet indispensable. À la fin du XXe siècle, l’usage du masque se systématise en Chine et au Vietnam pour se protéger de la pollution de l’air dans les villes due à l’industrialisation et aux transports automobiles. C’est pourquoi les populations d’Asie de l’Est et du Sud-Est sont déjà accoutumées au port du masque lorsque les autorités sanitaires le préconisent pour lutter contre le SRAS en 2003 et la menace constante de la grippe H5N1.

Début 2020, avec la pandémie de Covid-19, le monde entier découvre le masque prophylactique et la localisation de ses unités de production. Ces masques, devenus jetables à partir des années 1970, sont majoritairement produits en Chine, où les usines utilisent massivement les matériaux de l’industrie chimique, comme le polypropylène, pour les fabriquer. Aujourd’hui, plus que jamais, le masque incarne une défense individualisée et fragile contre les nouveaux dangers. Ceux qui menacent notre monde dégradé par la pollution, et sur lequel pèsent désormais de nouveaux pathogènes.

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