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Quarante objets de la mondialisation. Le passeport

Le passeport

4 min
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Premier focus de cette série d'été sur les objets de la mondialisation : l'indispensable passeport, nécessaire à tous les voyages, à l'histoire pas aussi récente qu'on pourrait le croire.

Quarante objets de la mondialisation. Le passeport
Quarante objets de la mondialisation. Le passeport Crédits : williv - Getty

L’écrivain Stefan Zweig écrivait dans Le Monde d’hier : "Avant 1914, la terre appartenait à tous les hommes (…). Il n’y avait pas de permis, pas de visas, pas de mesures tracassières." Est-ce à dire que le passeport est une invention récente ? C’est en tout cas l’objet indispensable à tous les grands déplacements. L’historienne Delphine Diaz nous en retrace les évolutions dans Le Magasin du monde

Pour commencer, il faut nuancer l’idée selon laquelle le passeport serait récent car de fait, les papiers administratifs permettant les déplacements ont en réalité une histoire longue. Déjà, au Ve siècle avant notre ère, l’Ancien Testament évoque la manière dont Néhémie, le chef des juifs, obtient de son souverain une lettre l’autorisant à voyager jusqu’en Judée. Dans la Chine ancienne, au début de la dynastie des Han (soit à partir du IIe siècle avant notre ère), les autorités délivrent des passeports qui procurent des informations sur l’état-civil, l’apparence physique de leur porteur, le but du voyage et l’itinéraire emprunté.

Le passeport d'Ancien Régime, document contesté par la Révolution française

En Europe, les passeports se répandent plus tardivement, à la fin du Moyen Âge. Mais ils suscitent parfois de vives critiques, comme en France pendant la Révolution de 1789. Leur caractère inégalitaire en fait des symboles de la tyrannie. Les révolutionnaires promeuvent alors le principe de la libre circulation des individus. La Constitution de 1791 consacre ainsi la liberté "d’aller, de rester, de partir". Pourtant, par crainte de l’émigration contre-révolutionnaire, le passeport est vite rétabli l’année suivante, pour tous les voyageurs de plus de 15 ans qui souhaitent quitter leur canton de domiciliation.

Sous le Premier Empire, le ministre de la police Joseph Fouché perfectionne ce système de contrôle. Les nouveaux passeports, imprimés à Paris sur du papier à filigrane, deviennent en principe infalsifiable ; leur format est réglementé à partir de 1807.

Aux États-Unis, le Congrès interdit la fraude en 1790 : les passeports jouent un rôle de plus en plus important en devenant une preuve de citoyenneté, protégeant ainsi son porteur de l’expulsion du territoire national. L’essor du libre-échangisme dans les années 1860 change la donne. Très vite, la France, la Suède, le royaume de Saxe, la Suisse, et la Norvège renoncent au contrôle d’identité à l’entrée de leur territoire. Mais il reste obligatoire aux États-Unis pour se déplacer pendant la guerre de Sécession entre 1861 et 1865. Les guerres, comme le conflit entre la France et la Prusse en juillet 1870 ou la Première Guerre mondiale, sont souvent un moment où l’obligation de se déplacer avec un passeport s’impose. Et ce dans toute l’Europe. Voire au-delà, comme en Australie où à partir de 1914 le passeport n’est plus réservé aux seuls forçats dont on contrôle la circulation entre les différents districts.

1917-1985. Des premières cartes d'identité à la création de l'espace Schengen

C’est au même moment qu’apparaissent les cartes d’identité, obligatoires pour les étrangers en France à partir de 1917. Dans l’entre-deux-guerres, les réfugiés russes, puis arméniens et espagnols doivent posséder un certificat d’identité, le "passeport Nansen", indispensable pour se déplacer, avant que la convention de Genève instaure en 1951 des titres de voyages spécifiques pour les réfugiés. En pleine guerre froide, l’attribution des passeports est un sujet très sensible. Les pays du bloc de l’Est surveillent de près la circulation de leurs ressortissants à l’étranger et au sein de leurs frontières : l’URSS a même mis en place un passeport intérieur, la propiska, que la Russie n’a supprimé qu’en 1994.

À partir de la fin du XXe siècle, la liberté de circulation est favorisée en Europe au sein des Etats appartenant à l’espace Schengen, créé en 1985. En revanche, les ressortissants des pays du Sud y accèdent plus difficilement, avec notamment la mise en place d’un système policier de surveillance et d’identification biométrique à l’échelle européenne, qui s’est généralisé après les attentats du 11 septembre 2001. Par conséquent, les droits à la circulation offerts par les différents passeports nationaux semblent plus inégaux que jamais. A titre d’exemple, un passeport japonais confère le droit de voyager sans visa dans 190 pays alors que le passeport afghan ne donne l’accès direct qu’à 25 pays du monde.

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