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Touches d'un piano classique

Le piano

3 min
À retrouver dans l'émission

Si sa fabrication à base d'ivoire et d'ébène le lie à l'Afrique, le piano a d'abord été associé à la culture bourgeoise occidentale avant de s'exporter au gré des conquêtes coloniales. A queue, droit et désormais numérique, le piano s'est transformé. On en joue aujourd'hui aux quatre coins du monde.

Touches d'un piano classique
Touches d'un piano classique Crédits : Joanna Cepuchowicz / EyeEm - Getty

Histoire de la musique, histoire de la conquête européenne de la planète, l’histoire du "plus vieux piano du monde" est d’abord celle d’un bouleversement social sur le continent européen. S’affirmant contre l’aristocratique clavecin, le triomphe du piano fut en effet au XIXe siècle celui des bourgeoisies occidentales, tel que nous le raconte l’historien Sylvain Venayre dans Le Magasin du monde, ouvrage qui nous sert de référence pour ces chroniques.

Un vecteur de la culture européenne 

Le premier piano est apparu en 1720, à Florence, en Italie. Il tire son nom de la modulation (forte ou piano) des sons que permettent ses petits marteaux pour frapper les cordes. Né dans une ville emblématique de la Renaissance, il a longtemps été associé à la notion de civilisation apparue à la même époque de lui. Son essor en Europe traduit en effet l’avènement d’une nouvelle classe sociale : la bourgeoisie. Pour être un vrai bourgeois à partir de la fin du XIXe siècle, il suffit de posséder un piano. En jouer, écouter des virtuoses interpréter des compositions classiques, voilà la preuve d’un vrai raffinement du goût. Flaubert n’écrit-il pas dans son Dictionnaire des idées reçues : "Piano : indispensable dans un salon" ?

On comprend mieux ainsi pourquoi le piano a accompagné l’expansion de la culture européenne dans le monde entier. Après Florence, des facteurs de piano se sont installés en Allemagne, en Autriche, en Angleterre puis en France. En 1800, les fabricants produisent 2000 instruments par an, réservés à quelques happy few. Mais la production augmente rapidement, passant à 50 000 unités en 1850, puis à 500 000 pianos par an en 1900.

Conquérant... et prédateur

Dès le milieu du XIXe siècle, le piano a essaimé aux quatre coins de la planète, de la Tunisie à Tahiti. Un clavier accompagne même l’expédition de Fridtjof Nansen au pôle Nord en 1893. Les migrants et autres colonisateurs européens l’introduisent partout. Aux Etats-Unis, le piano au beau milieu du saloon devient l’emblème de la Conquête de l’Ouest. La mode se répand même au Japon où un certain Torakusu Yamaha fabrique le premier piano japonais en 1900… Yamaha qui est aujourd’hui le premier facteur de piano dans le monde, même si la concurrence des Coréens et des Chinois augmente.

Dans cette histoire d’expansion planétaire, il ne faut pas oublier que l’histoire du piano est aussi intimement liée au continent africain. Dès le début du XIXe siècle, les touches noires sont recouvertes de bois d’ébène tandis que les touches blanches sont fabriquées avec de l’ivoire. Des millions d’éléphants de la savane africaine ont été tués pour fournir les factures de pianos en Europe et aux Etats-Unis. Pour obtenir toujours plus d’ivoire, les Européens ont favorisé en Afrique l’essor d’une économie de prédation, où la chasse était associée au commerce des esclaves, dont les circuits étaient semblables à ceux de l’ivoire. Ce trafic a profondément fragilisé les pouvoirs locaux dans une grande partie du continent, et leur effondrement a favorisé à la fin du XIXe siècle le succès des entreprises coloniales.

Popularisation 

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le piano se démocratise. Alors qu’il coûtait douze mois de salaire d’un professeur britannique en 1850, il ne représente plus que trois mois de salaire 50 ans plus tard. La taille de l’instrument s’adapte progressivement aux moyens financiers des différents publics, jusqu’au "piano à bretelles", plus connu sous le nom d’accordéon, des classes populaires. Pour les nouveaux adeptes du piano, on crée de nouvelles œuvres plus accessibles, popularisées par les music halls et les cafés-concerts, avant que le ragtime et le jazz états-uniens renouvellent les manières d’en jouer.

Depuis les années 1980, ce sont les pianos numériques, avec leurs touches en matière synthétique, qui ont pris le relais, continuant à témoigner de la révolution mondiale opérée par le piano dans l’histoire de la musique.

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