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Illustration de six mains tenant des stylos-bille (sérigraphie), 1946.

Le stylo-bille

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Il est aujourd'hui dans presque toutes les mains. Mais avant de devenir cet objet incontournable, le stylo-bille mis un certain temps à s'imposer. Jusqu'à que ce que la marque Bic le porte vers une consécration mondiale.

Illustration de six mains tenant des stylos-bille (sérigraphie), 1946.
Illustration de six mains tenant des stylos-bille (sérigraphie), 1946. Crédits : GraphicaArtis - Getty

Quel objet indispensable a envahi les bureaux, les trousses et les guichets dans la deuxième moitié du XXe siècle ? Le stylo-bille  évidemment. Et c’est l’historien Pierre-Yves Saunier qui nous en raconte les évolutions dans Le magasin du monde, le livre qui nous sert de  référence pour ces chroniques. 

La paternité du stylo-bille est disputée et – à dire vrai – sans doute partagée entre plusieurs inventeurs de la seconde moitié du XIXe siècle.  Mais un ingénieur d’origine hongroise du nom de László Bíró a joué un rôle décisif dans sa création. László Bíró fuit en 1938 l’explosion de l’antisémitisme en Hongrie pour  s’installer en Argentine. Il dépose la même année une série de brevets en Hongrie, en France, en Argentine et aux États-Unis, avant de lancer commercialement les deux premiers modèles de stylo-bille : L’Eterpen en 1942 et le Birome en 1943. Un  homme d’affaires britannique remarque l’objet et, avec l’aide d’un  industriel de l’aéronautique, fabrique des milliers de stylos pour  l’armée de l’air britannique.  

L'industrialisation 

Aux Etats-Unis, la firme Faber obtient également une licence pour améliorer cet outil.  En 1945, son concurrent, Reynolds cherche à le devancer en inondant le marché de stylos-billes chers et peu efficaces. Sa stratégie fonctionne dans un premier temps grâce à des campagnes publicitaires efficaces. Son premier modèle baptisé "l’International" est présenté  comme un "stylo-miracle", celui de "l’ère atomique", qui permet d’écrire dans toutes les positions et même sous l’eau.  

Mais les ventes de ce stylo de piètre qualité s’effondrent rapidement tandis que  le premier stylo-bille commercial – le Biro – lancé au Royaume-Uni, trouve difficilement ses clients car son prix équivaut au salaire hebdomadaire d’une secrétaire. Mais le stylo-bille a commencé sa percée : les modèles, même de piètre qualité, sont copiés et améliorés en Espagne, en Suède, aux Etats-Unis et en France par le baron Bich, un Italien naturalisé français qui lance son premier modèle en 1950.  

A partir de 1957, l’entreprise états-unienne Parker fabrique des stylos  fiables et solides grâce aux machines-outils spécialisés dans les  pointes de stylo et aux billes de carbone de tungstène. Cette  nouvelle génération de stylo-bille relègue le stylo à plume au second plan du marché des instruments d’écriture en Europe et aux États-Unis. Maurice Bich participe pleinement à ce succès en faisant le pari de la  massification : son Bic "Cristal" est non seulement peu coûteux mais jetable, contrairement à ceux de ses concurrents qui sont rechargeables.  Dès  la fin des années 1950, le Bic jetable parvient à capter 70% des ventes  en Europe et s’attaque au Maghreb, à l’Afrique subsaharienne, au Brésil, au Commonwealth et à la Scandinavie.  

Un instrument jetable... et polluant 

Mais le  stylo-bille jetable suscite des critiques. Il est méprisé comme un outil scolaire réservé aux enfants. Ses adversaires affirment qu’il encourage le gaspillage et l’indiscipline corporelle des élèves.  En 1973,  Roland Barthes stigmatise ce qu’il dénomme le "style Bic", "de la pisse-copie, une écriture purement transcriptive de la pensée". En dépit de ces réticences, le Bic conquiert le monde : il  devient leader des stylos-bille aux États-Unis à partir de 1961, et domine le marché indien depuis 2015.  Avec plus de 100 milliards  de stylos jetables produits, l’objet lui-même, en dépit de son caractère  prosaïque, est entré en 2005 dans les prestigieuses collections  permanentes du MoMA, le Museum of Modern Art de New York.   

Aujourd’hui, 80% des stylos billes sont de fabrication chinoise.  Pourtant, la composition de l’objet reste mondiale : la société Bic est française, le cuivre des pointes provient d’Amérique du Sud, le tungstène des billes se trouve en Chine, ainsi que les usines de  production de polystyrène et de polypropylène. Ainsi, des millions de stylos-billes sont désormais produits, vendus et jetés chaque jour dans le monde, faisant de cet objet l’un des principaux constituants du "7e continent" des déchets plastiques qui s’étend inexorablement à la surface de la Terre. 

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