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Tissus imprimés wax vendus sur un marché, dans la province de Luanda (Angola), le 21 juillet 2018

Le wax

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Il est un tissu qui évoque à lui seul le voyage. De l'Asie à l'Afrique - dont il est aujourd'hui un étendard- en passant par l'Europe, le wax est le témoin d'un brassage culturel aux imprimés riches, sans cesse renouvelés.

Tissus imprimés wax vendus sur un marché, dans la province de Luanda (Angola), le 21 juillet 2018
Tissus imprimés wax vendus sur un marché, dans la province de Luanda (Angola), le 21 juillet 2018 Crédits : Eric Lafforgue/Art in All of Us - Getty

Objet d’emprunts successifs, le wax est un tissu qui raconte l’histoire des relations entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe. L’historienne Isabelle Surun en a retracé les circulations et les usages dans Le Magasin du monde, le livre qui nous sert de référence pour ces chroniques radiophoniques.

Le wax, qui signifie cire en anglais, vient de Java, dans l’actuelle Indonésie, où les artisans locaux ont développé depuis des siècles une méthode d’impression des tissus avec de la cire. La grande qualité de ces tissus javanais, les "batiks", et plus largement des tissus asiatiques, fascine les Européens.

Ce sont sans doute les Portugais qui ont rapporté des Indes les premiers tissus imprimés pour en faire commerce sur les côtes ouest-africaines. Il s’agit de tissus luxueux utilisés dans le cadre de la traite des captifs africains au XVIIIe siècle : comme les "chintz" du Nord de l’Inde, imprimés à la cire, ou bien les "guinées" bleues de Pondichéry, ces cotonnades teintes à l’indigo importées par les Français au Sénégal. Dès les années 1750, les manufactures de Manchester, en Angleterre, produisent massivement des imitations de tissus asiatiques à moindre coût. Produites industriellement, les fameuses "indiennes" inondent le marché africain pendant tout le XIXe siècle. Les Néerlandais, eux, développent à partir de 1854 une nouvelle machine, la "Javanaise", qui permet d’imprimer le tissu sur les deux faces et de concurrencer les batiks javanais sur le marché africain.

En s’inspirant de l’imagerie "africaine" et des objets ethnographiques conservés dans les musées européens et présentés dans les expositions coloniales, des dessinateurs, établis à Harlem ou à Manchester, adaptent les motifs d’origine asiatique aux goûts de la clientèle africaine. Prenez "l’épée de la royauté". C’est un dessin populaire qui représente l’épée de cérémonie du roi Ashanti Prempeh, entrée dans les collections du British Museum en 1896 après la prise de Kumasi, capitale du royaume Ashanti, par les troupes britanniques. C’est un motif récurrent.

Face aux retours de stocks invendus, les entreprises occidentales s’inspirent directement des échantillons de tissus traditionnels africains rapportés par les explorateurs dont ils reprennent les motifs géométriques ou symboliques. Les manufactures européennes adaptent également les dimensions du wax aux usages vestimentaires africains, afin de pouvoir le nouer en pagne.

Mais le succès de ces nouvelles formes de wax tient surtout aux commerçantes africaines qui sont les principales détaillantes et qui orientent le travail des dessinateurs européens en faisant remonter des informations précises sur les goûts de la clientèle féminine. Car le wax est le cadeau par excellence, une pièce obligatoire dans la dot de la mariée, pour le costume des mariages ou celui des funérailles.

Certains en font aussi un usage politique : porter le wax à l’effigie de l’épée de la royauté exprimait ainsi pour les Ashanti un geste d’opposition au pouvoir colonial britannique. Dans les années 1950, les photographies de leaders nationalistes, comme Kwame Nkrumah au Ghana, sont reproduites sur des wax bon marché.

Après les indépendances, les entreprises néerlandaises et britanniques ouvrent des filiales dans les anciennes colonies au plus près des consommateurs. Le Togo devient le principal marché de distribution du wax en Afrique de l’Ouest et les grossistes de Lomé font fortune dans les années 1970-1990. Elles sont surnommées les "Mama Benz" en raison des grosses cylindrées allemandes qu’elles affectionnent.

A partir des années 2000, la Chine inonde le marché africain avec ses productions à bas prix. Cela contraint les entreprises européennes à localiser leur production en Afrique, de la culture du coton à l’impression, en se positionnant notamment sur le wax de qualité et le marché du luxe.

Dans les années 2010, le wax séduit la haute couture qui, en s’appropriant ce vêtement d’origine extra-européenne, contribue par là-même à la légitimation des cultures urbaines africaines. Car s’il est d’origine asiatique et de commercialisation européenne, le wax est devenu un symbole de l’Afrique. Un objet hybride qui connaîtra sans doute encore de nombreuses métamorphoses.

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