LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
tong

Les tongs

4 min
À retrouver dans l'émission

La tong, c’est l’objet indispensable des touristes occidentaux comme des prolétaires des pays tropicaux.

tong
tong Crédits : the_burtons - Getty

Incontournable dans tous les pays et dans toutes les classes sociales, c’est ce que nous dit l’historienne Armelle Enders de la tong dans Le Magasin du Monde.

Star de l'été

L’objet est on ne peut plus simple. Une semelle avec une lanière en forme de “Y” qui, fixée entre le gros orteil et le deuxième orteil, tient au pied. Cette description correspond en fait à une sandale élémentaire, qu’on peut retrouver dans toutes les régions du monde et à toutes les époques. Ou presque. Fabriqué avec divers matériaux, ces chaussures possèdent des noms divers : sandalias et chancletas dans les pays hispanophones, chinelos dans les pays lusophones. A Hawaii, on les appelle rubbah slippah, prononciation créole de rubber slipper (mule de caoutchouc) et aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni, on les désigne par l’onomatopée flip-flops qui en imite le doux claquement. En Australie, on les dénomme les thongs, qui signifient « lanières » en anglais, dont dérive le français tong.

Aux origines

De fait, il existe de nombreux récits des origines de la tong en fonction des pays et des fabricants. Il semble toutefois que ces sandales possèdent un ancêtre commun : la zori japonaise, composée de paille de riz et de jonc qui s’est diffusée sur le pourtour du Pacifique à l’occasion de la Seconde guerre mondiale. A Hawaii, les pénuries causées par le conflit poussent l’entreprise textile Scott à remplacer sa production de chaussures de chantier par des mules et des sandales qui nécessitent moins de matériaux. Les nouvelles tongs fabriquées localement remplacent les sandales importées du Japon et deviennent un des attributs de la culture surf qui, depuis Hawaii, conquiert la Californie avant d’aller à l’assaut du monde.

La zori nippone inspire également les Néo-Zélandais qui, avec du caoutchouc importé de Hong Kong, fabriquent à partir de 1957 des « Jandal », un composé de « Japonais » et de « sandale ».

De même au Brésil, où une grande entreprise, qui fabriquait des espadrilles pour les ouvriers des plantations de café, décide de produire à partir de 1962 sa version en caoutchouc des zoris avec une semelle en relief qui rappelle la paille de riz. L’idée vient sans doute de l’importante communauté japonaise qui vivait à Sao Paulo.

Mais la mode est alors au surf, aux chemises colorées et au ukulélé : l’entreprise brésilienne Alpargatas choisit donc en 1962 de baptiser son modèle unique de tongs « Havaianas », les « Hawaiennes ». C’est le choix de l’exotisme aux dépens de l’imaginaire tropical national en train de s’épanouir sur les plages de Rio de Janeiro et autour du mouvement musical de la Bossa Nova dans le but de séduire la bourgeoisie brésilienne, fascinée par le style de vie californien. Toutefois, les havaianas demeurent longtemps la chaussure du pauvre, solide et pas chère.

Il faut dire qu’au début, les riches blancs voient d’un mauvais œil ces sandales sommaires, dans un pays où les pauvres, comme jadis les esclaves, marchent pieds nus.

Succès mondial 

C’est ensuite la démocratisation des séjours balnéaires des Occidentaux qui assure à la tong son succès mondial. A partir des années 1960, elle incarne la décontraction du touriste occidental. Tandis que dans les pays tropicaux, elle reste la seule chaussure que les ouvriers, les domestiques et les employés modestes peuvent acquérir.

A la fin du XXe siècle, le succès de la tong s’accompagne d’un changement du matériau de fabrication : le plastique remplace le caoutchouc. Du Koweit qui fournit le pétrole indispensable à l’industrie chimique des plastiques, jusqu’à Daesan en Corée du Sud où sont produits les granules polyéthylène, la piste de la tong est longue. Sa fabrication se fait à Fuzhou en Chine puis elle est vendue dans différents grands centres de distribution comme celui d’Addis Abeba, le plus grand marché d’Afrique où s’écoulent des centaines de milliers de paires de tongs made in China.

Face à cette puissante concurrence asiatique, la marque brésilienne Havaianas décide de cibler les classes sociales les plus aisées en multipliant les modèles et les publicités avec des célébrités. Le marketing transforme les tongs Havaianas en patrimoine national dont un nouveau modèle frappé du drapeau national est lancé à l’occasion de la Coupe du Monde de football en 1998.

En peu de temps, la tong est devenue l’objet le plus prosaïque et en même temps le plus glamour de la planète. Lors de la cérémonie des Oscars à Hollywood en 2003, les nominés reçoivent une paire de tongs incrustées de brillants. Il reste à voir comment cet objet convoité, désormais symbole du tout plastique, pourra entrer dans l’âge du recyclable.

Chroniques
7H24
4 min
Le Reportage de la Rédaction
Chantal Pichon, héraut de l'ARN messager
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......