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Pour Gaud et Erwan Le Manchec, propriétaires du relais le Beg ar C’hra à Plounévez-Moëdec (Côtes-d'Armor), avec le confinement c’est « l’ambiance, la convivialité des relais-routiers qui se perd ».

Comment saisir l’air du temps ?

57 min
À retrouver dans l'émission

Nous sentons toutes et tous que l’air du temps change avec la pandémie et au-delà, dans l'époque. "À présent" croise le regard de deux écrivains pour appréhender ce concept impalpable et insaisissable, Bruce Bégout, philosophe, et Marielle Macé, auteure et spécialiste de littérature française.

Pour Gaud et Erwan Le Manchec, propriétaires du relais le Beg ar C’hra à Plounévez-Moëdec (Côtes-d'Armor), avec le confinement c’est « l’ambiance, la convivialité des relais-routiers qui se perd ».
Pour Gaud et Erwan Le Manchec, propriétaires du relais le Beg ar C’hra à Plounévez-Moëdec (Côtes-d'Armor), avec le confinement c’est « l’ambiance, la convivialité des relais-routiers qui se perd ». Crédits : Le Télégramme/Laura Ayad - Maxppp

Nous sentons toutes et tous que l’air du temps change, est en train de changer, avec la pandémie et au-delà dans l'époque. Mais qu'est-ce donc que cela, l'air du temps ? Est-on condamné à le subir ou peut-on le transformer ? 

Peut-être que l'air du temps est la somme de tous ces petits détails qui peuvent moduler notre rapport au monde et aux autres. Bruce Bégout

L’air du temps, cela semble à la fois insaisissable et le plus important. C'est la toile de fond pour toute notre vie, une atmosphère, une « ambiance », comme dit Bruce Bégout, philosophe et auteur du livre Le concept d'ambiance : essai d'éco-phénoménologie (Seuil, 2020).

Il y a une sorte de mondialisation affective (avec la pandémie, ndlr.). Nous sommes tous pris dans un même affect d'inquiétudes, de peurs, d'interrogations, qui modulent nos formes de vie familiale, sociale et qui influencent sans doute aussi la manière dont nous nous rapportons au temps, au futur, au passé. Bruce Bégout 

Une perception de l'air du temps à mettre en perspective de « la composante immédiatement sociale, située, très inégalitaire des conditions sous lesquelles cette pandémie surgit » nuance l'écrivaine Marielle Macé, qui signe le texte « Parole et pollution » (AOC, 2021).

J'ai été très sensible à une intervention de Didier Fassin qui a parlé du rétrécissement de nos préoccupations et de nos concernements (avec la pandémie, ndlr.). Il n'était plus question de la guerre en Syrie, il n’était plus question de la révolution féministe en train d'advenir. Nos concernements, les choses auxquelles on était capable de se raccrocher, s'étaient considérablement rétrécis. Dans d'autres points du monde et dans d'autres états sociaux, je ne pense pas qu'on aurait le sentiment d'un passage au morose comme ça. Marielle Macé

L'air comme une image

Quel rôle l'air du temps joue-t-il en nous, notamment par nos paroles et par nos actes ? Comment le sentir ? Comment respirer librement dans cet air du temps ?

L’air, c'est celui dont on peut manquer, c'est celui qui peut être vicié, c'est celui qu'on respire. Mais c'est aussi celui qu'on expire, qu'on crée. On est responsable aussi de l'air du temps. Marielle Macé

Il y a quelque chose, dans l'exercice de la parole, qui peut soigner nos liens ou, au contraire, les abîmer. En ce moment par exemple, il y a quelque chose dans la parole gouvernementale qui semble faire du mal à l'espace public. Marielle Macé

La philosophie, mais aussi la littérature, peuvent nous aider à saisir l'air du temps, à comprendre que le plus impalpable est aussi le plus vital et qu’il n’est pas inaccessible, qu’on peut arriver à l’exprimer. N’est-ce pas cela, le « style » comme « forme de vie » dont parle Marielle Macé ?

Villiers de L'Isle-Adam invente ce néologisme d'ambiance pour saisir comment l'environnement nous affecte. Non pas au sens où les positivistes ou les naturalistes envisagent le déterminisme du milieu, mais d'une autre manière, d'un registre qui n'est plus celui de l'exactitude, mais celui de la subtilité. Je crois que dans le travail philosophique comme dans le travail littéraire, ce que l'on recherche, c'est la subtilité. Nos pratiques théoriques sont des pratiques de la subtilité. Nous essayons de capter ces petits riens. Bruce Bégout

Parler avec exactitude des choses vagues, parler avec précision des choses complexes, s'approcher de pelotes de sens sans vouloir les défaire et les démêler, mais en essayant de parfaire le mélange, de bien dire comment ça se passe, comment ça se noue et quel monde ça nous fait vivre, c'est exactement, à mes yeux, l'enjeu de la littérature et l'enjeu de la poésie. Marielle Macé

Avec Bruce Bégout, philosophe, maître de conférence à l’Université Michel de Montaigne à Bordeaux, auteur de Le concept d'ambiance : essai d'éco-phénoménologie (Seuil, 2020) et Marielle Macé, directrice adjointe du CRAL (Centre de recherches sur les arts et le langage CNRS-EHESS), spécialiste de littérature française moderne et auteure récemment de « Parole et pollution » (AOC, 2021), de Nos cabanes (Éditions Verdier, 2019) et de Styles : critique de nos formes de vie (Gallimard, 2016). 

Pour en savoir plus

Sur Bruce Bégout
• La page Wikipédia de Bruce Bégout
• Les publications du philosophe disponibles sur Cairn.info
• Une interview du philosophe pour le quotidien Libération
• La master class Eco-phénoménologie des ambiances de Bruce Bégout pour le Diplôme Inter-Universitaire de Philosophie de la Psychiatrie (février 2021)

Sur Marielle Macé
• La page de présentation et les publications de la directrice de la chaire "Stylistique de l'existence" du CRAL (Centre de recherches sur les arts et le langage CNRS-EHESS)
• Le site fabula.org, le site de recherche littéraire dont Marielle Macé est membre du comité scientifique
• L'article « Parole et pollution » de Marielle Macé écrit le 29 janvier 2021 pour le quotidien en ligne AOC
• La conférence Poésie et anthropologie élargie de Marielle Macé pour la Maison de la Poésie dans le cadre du cycle « Nos cabanes » (2019)
• L'article « Marielle Macé : "N'ayez pas peur de vous laisser dominer par la littérature !" » de Jean Birnbaum sur le livre Façons d'écrire, manières d'être de Marielle Macé (Gallimard, collection NRF essais, 2012) paru dans le journal Le Monde

Extraits musicaux

Morceau choisi par Marielle Macé : "Le monde s'est dédoublé" par Clara Ysé - Album : Le monde s'est dédoublé (2019) - Label : Tomboy Lab.

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Morceau choisi par Bruce Bégout : "The Kiss" par Judee Sill - Album : Live in London - the BBC Recordings 1972-1973 (2007) - Label : Runt LLC.

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Intervenants
  • Philosophe, maître de conférence à l’Université Michel de Montaigne à Bordeaux
  • Directrice adjointe du CRAL (Centre de recherches sur les arts et le langage CNRS-EHESS), spécialiste de littérature française moderne

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