LE DIRECT
Une manifestante tient une pancarte indiquant "1984 n'est pas un manuel" sur la place de la République à Paris, lors d'une manifestation contre la loi sur la "sécurité globale".

Le retour des droits fondamentaux - et de leurs adversaires

57 min
À retrouver dans l'émission

Comment s'assurer que les urgences contemporaines n'entravent pas nos droits fondamentaux ? Nous en parlons ce soir avec Stéphanie Roza, chargée de recherches au CNRS et Justine Lacroix, professeure de science politique à l'université libre de Bruxelles.

Une manifestante tient une pancarte indiquant "1984 n'est pas un manuel" sur la place de la République à Paris, lors d'une manifestation contre la loi sur la "sécurité globale".
Une manifestante tient une pancarte indiquant "1984 n'est pas un manuel" sur la place de la République à Paris, lors d'une manifestation contre la loi sur la "sécurité globale". Crédits : © Joel Saget - AFP

On assiste aujourd’hui à un retour des droits fondamentaux, au moins du point de vue de ce qui les menace. Les mesures de santé publique, dans l’urgence de la pandémie, les ont réveillés en les suspendant. Avait-on jamais parlé autant des libertés publiques, avant les confinements ? Mais il y a aussi le retour des violations et même des totalitarismes. Le détournement d’un avion dans le ciel européen pour capturer un dissident. L’ampleur des violations dont les Ouïghours sont l’objet en Chine. Cela remet les droits fondamentaux au coeur de la politique, avec les autres urgences du moment, y compris  climatiques, et toutes les discriminations y compris racistes.Mais le retour de ces violations est contemporain aussi du retour des critiques de ces droits autrefois appelé « de l’homme ». Comment répondre à ces violations en prenant au sérieux ces critiques? Les nouveaux enjeux n’imposent-ils pas de nouveaux débats et une nouvelle politique des droits? 

Nous en parlons ce soir avec Stéphanie Roza, auteure notamment de La gauche contre les Lumières et Justine Lacroix, auteure notamment (avec Jean-Yves Pranchère) du Procès des droits de l’homme.

J'ai le sentiment qu'en Europe et en France en particulier, il y a une espèce de lassitude par rapport aux droits politiques et démocratiques. En France, cette situation remonte aux Gilets jaunes, à l'explosion de colère de cette France périphérique, pauvre, se débattant avec des difficultés sociales énormes, très concrètes, très matérielles et ne sachant que faire de libertés démocratiques. Des gens qui disent que voter ne sert à rien parce que, quels que soient les politiciens qui se succèdent, leurs problèmes ne sont pas résolus. Aujourd'hui, on a de la part de toute une partie de la population française, une demande très forte de sécurité, au sens premier, mais aussi de sécurité économique, de sécurité sociale. On dirait que la partie politique des droits fait l'objet d'une lassitude et qu’il y a une impatience par rapport aux droits sociaux. Stéphanie Roza

Il y a eu toute une critique des droits humains qui s'est développée justement parce qu'on leur reprochait d'être les alliés du néolibéralisme, les alliés d'un monde inégalitaire, en disant au fond, les droits humains, c'est le pansement, c'est simplement (...) le petit supplément d'âme du marché néolibéral. Justine Lacroix

Les droits de l'homme ne suffisent pas (à faire un programme de société, ndlr.). Une fois qu'on a proclamé les droits de l’homme, il faut trouver les moyens d'organiser la société de telle sorte que tout le monde puisse jouir de ces droits et de l'entièreté de ces droits. Stéphanie Roza

Je suis à la fois convaincue que le langage (des droits de l’homme nldlr.) tel qu'il a été forgé dans les grandes révolutions démocratiques de la fin du XIXe siècle, a encore énormément de pertinence, mais qu’en même temps, il y a un travail d'ouverture, de réappropriation critique qui est à faire pour intégrer certaines critiques. Peut-être qu’il faut intégrer certaines des demandes ou des griefs adressés par des minorités. C'est ce que j'appelle se réapproprier cet héritage sans que ça devienne un argument d'autorité. Il faut, au contraire, que ça reste une pensée critique. (...) Je pense que les défenseurs des droits de l'homme peuvent aussi s'interroger sur ce qui a pu ne pas marcher. Justine Lacroix

Pour en savoir plus 

Sur Stéphanie Roza
 • Sa présentation et la liste de ses publications par l'École Normale Supérieure de Lyon
Sa présentation et ses articles publiés par La vie des Idées, revue du Collège de France 

Sur Justine Lacroix
Sa présentation et ses articles publiés par La vie des Idées, revue du Collège de France
Ses publications disponibles sur le site cairn.info
• "Le procès des droits de l'homme", entretien avec de Justine Lacroix et Jean-Yves Pranchère pour l'École des Hautes Études en Sciences Sociales

Extraits musicaux 

Morceau choisi par Justine Lacroix : "The Partisan" par Leonard Cohen - Album : Song from a Room (1969) - Label : Columbia Nashville

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Morceau choisi par Stéphanie Roza : "Sing, Sing, Sing" par Benny Goodman - Album : The Benny Goodman Story (1995) - Label : EMI

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Intervenants
  • Chargée de recherches au CNRS, spécialiste des Lumières et de la Révolution française.
  • Professeur de science politique à l'université libre de Bruxelles, directrice du Centre de théorie politique
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......