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Waad Al-Kateab

Waad El Kateab, au coeur d'Alep

3 min
À retrouver dans l'émission

Dans le documentaire "Pour Sama", la journaliste Waad Al-Kateab raconte son quotidien et celui de sa fille pendant le siège d'Alep en 2016.

Waad Al-Kateab
Waad Al-Kateab Crédits : Cannes, 2019 - AFP

Waad El Kataeb avait deux rêves quand elle est sortie de son lycée à Masyaf, à l’Ouest de la Syrie. 

Le premier, c’était de faire des études de journalisme, mais pour ses parent ce métier était trop dangereux : il valait mieux faire de l’économie. Waad accepte. Le deuxième rêve de cette jeune femme, c’était de vivre dans le poumon culturel du pays : Alep. Cette fois-ci, ce sont ses parents qui acceptent.

En 2011, lorsque les premières manifestations contre le régime éclatent, Waad a 19 ans, et son goût prononcé pour l’information et le témoignage prend le dessus sur les conseils paternels. Waad s’arme d’une caméra et se met à filmer les manifestations qu’elle suit assidûment. Elle se lie aussi d’amitié et d’amour avec un jeune médecin, Hamza, avec qui elle milite et rêve d’une Syrie libre.

Mais les sentiments de joie et de liberté,  el horeya, ce mot qui a recouvert en 2011 les rues de Tunis, du Caire ou de Saana et que ses amis s’écrivent sur le front avant d’aller manifester, ces sentiments font vite place à la terreur de la répression sanglante.

Avec leurs amis, ces jeunes révolutionnaires décident alors de résister à leur manière : ils montent un hôpital de fortune dans une vieille école.

De son côté, Waad filme autant que possible, rassemblant aussi bien des preuves à charges contre Bachar al Assad ou contre l’aviation russe qui bombarde les hôpitaux de la ville, que des témoignages de la plus évidente des résistances au projet de mort conçu par le régime :  des jeux d’enfants dans des bus carbonisés, une école souterraine à l’abri des obus, un dîner entre amis qui chantent de vieilles chansons pour veiller sous les bombes.

En 2014, Waad et Hamza décident de se marier et recouvrent leur appartement de ballons rouges et de confettis. Waad porte une robe blanche, et ils ouvrent le bal, comme dans n’importe quel mariage. Ils trouvent aussi une jolie maison, avec un petit jardin où Waad aime prendre soin des rosiers et des bougainvilliers qui y poussent en désordre.

Au milieu de la mort, Waad accouche d’une petite fille, Sama, qui grandit au milieu des blessés de l'hôpital.  

Tout change, et rien ne change pour Waad. Quand les maisons voisines tombent en ruine et que les gravats recouvrent son jardin, Waad s’inquiète pour ses fleurs. Non pas par inconscience ou égoïsme évidemment, mais parce que s'occuper des fleurs, comme s’occuper de Sama, sa petite fille, c’est résister. 

En 2016,  Alep est assiégée, et Hamza devient le seul médecin de la ville. Il opère alors plusieurs centaines de personnes par semaine dans son hôpital de fortune. Waad continue de filmer, sans jamais s’habituer aux enfants morts, toujours plus, qu’elle rencontre sur sa route. 

Après 6 mois d’agonie et de siège, dans une ville d’Alep recouverte de neige, Waad el Kataeb et Hamza Khatib, qui sont restés jusqu’au bout pour s’occuper des blessés, partent en dernier. Il n’y a plus rien à Alep. Plus rien en tout cas qui vaille pour eux la peine d’être vécu.

Si je vous raconte cette histoire, c’est parce que Waad El Kataeb a réalisé un film qui est sorti cette semaine, “Pour Sama”, primé à Cannes, dans lequel elle raconte ses cinq années de vies au cœur du conflit syrien.

Il y a quelques scènes très tendres dans ce documentaire. 

Notamment celle où un de leurs amis trouve un fruit, un kaki, qu’il offre à sa femme comme un bouquet de fleur, et sa femme, les yeux remplis de larmes et de joies, qui regarde ce fruit comme un objet imaginaire venu d’un autre monde. 

Dans un autre moment du film, Waad, résignée à quitter cette ville où elle a tout fait pour rester, retourne dans son jardin abandonné et coupe une branche de rosier rempli de boutons de fleurs pour, dit-elle, la replanter quand elle aura trouver un lieu sûr. 

Maintenant qu’ils sont réfugiés en Angleterre, espérons que ce lieu sûr existe, et que ses rosiers fleurissent à nouveau. 

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