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Hajar Raissouni à sa sortie de prison, à Rabat, le 16 octobre 2019.

De quoi Hajar Raissouni est-elle le nom?

3 min
À retrouver dans l'émission

Hajar Raissouni a été graciée mercredi 16 octobre par le roi du Maroc après sa condamnation pour "avortement illégal". Une victoire pour la journaliste et ses proches, même si son cas symbolise le décalage entre la loi et la société marocaines.

Hajar Raissouni à sa sortie de prison, à Rabat, le 16 octobre 2019.
Hajar Raissouni à sa sortie de prison, à Rabat, le 16 octobre 2019. Crédits : FADEL SENNA / AFP

C’est l’histoire de Hajar Raissouni, dont on a appris la grâce royale cette semaine.

Rappel des faits : le 31 août dernier, cette jeune journaliste du quotidien Akhbar Al Yaoum se fait arrêter en sortant d’une consultation gynécologique. On l’accuse d’avortement et de relation sexuelle hors mariage, on arrête aussi son fiancé, le gynécologue et l’anesthésiste qui l’ont opérée, et même l’assistante médicale. Tous déclarent qu’il s’agit d’une opération due à une hémorragie interne, mais rien n’y fait. A l’hôpital, la police procède à un examen médical invasif et forcé sur Hajar Raissouni, censé démontrer qu’elle a subi un avortement. 

Cet examen sera au cœur des débats futurs, la défense le brandissant comme une torture puisque non consenti, le parquet du tribunal, lui, comme preuve à charge de sa culpabilité. Cette sinistre affaire aurait pu être tout aussi anonyme que la centaine de cas similaires que traite la justice marocaine chaque année. Seulement Hajar Raissouni est une figure publique. 

Réputée proche des islamistes au pouvoir, son cas démonte des certitudes.  Et l’on soupçonne que cette affaire de mœurs en cache une autre, cette fois-ci politique.

Car la jeune journaliste de 28 ans, qui pensait se marier cette automne, vient d’une famille conservatrice connue au Maroc.

Si son père, mort en 2017, était agriculteur, Hajar a deux oncles clés dans cette affaire.  Le premier est Ahmed Raissouni, président de la puissant Union Internationale des Oulémas Musulmans (UIOM). il est aussi l'un des principaux idéologues de la formation conservatrice et religieuse au pouvoir depuis 2012, le PJD, le parti de la justice et du développement. Et Hajar a travaillé, après ses études de droit, pour le journal du parti. 

Depuis 2017, elle fait du reportage et travaille avec son autre oncle, Souleymane Raissouni, rédacteur en chef  du quotidien indépendant Akhbar Al Yaoum, déjà cible de plusieurs procès dénoncés comme politiques.

Alors Hajar Raissouni a t-elle été arrêtée pour jouer dans le rapport de force entre Mohammed VI et le PJD au pouvoir ? La condamne t-on pour ses reportages sur les manifestations dans le Rif ? S’agit-il de répression politique ? Est-ce que c’est son oncle, le rédacteur en chef, que l’on veut affaiblir ? Difficile de répondre.

Ce qui est certain, c’est que ce que d’aucuns appellent « la dictature des mœurs » tombe encore une fois sur une jeune femme, sur un corps, sur une intimité. 

Que c’est l’histoire d’une femme à qui on refuse le droit de disposer de son corps.  Le 23 septembre, 490 signatures publiaient un appel pour dénoncer l’article 490 du code pénal marocain, qui condamne l’avortement. 

La tribune, intitulée “Hors-la-loi”, fait la Une du journal Le Monde. Signée par l’écrivaine Leila Slimani et la réalisatrice Sonia Terrab en tête, elle est soutenue par de nombreux intellectuels et personnalités marocaines. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/23/nous-citoyennes-et-citoyens-marocains-declarons-que-nous-sommes-hors-la-loi_6012648_3232.html

Malgré cette pression internationale, Hajar Raissouni est condamnée le 30 septembre à un an de prison ferme.

Imaginez alors sa surprise quand elle a entendu clamer son nom quinze jours plus tard seulement, dans les couloirs de la prison, alors qu’elle lisait dans sa cellule « l’ombre du vent » de Luis Zafon. 

Si cette grâce royale surprise est une victoire pour Hajar et ses proches, elle ne résout pas la question de l’avortement, débattue en ce moment au parlement marocain. En septembre, au cœur de la tempête médiatique, une députée parti islamiste au pouvoir a osé l’impensable il y a quelques mois.

Elle a appelé son parti à prendre position sur l'avortement et à, je cite, séparer la question de l’avortement de la question religieuse. Ne plus en faire un enjeu moral, mais une question de liberté individuelle et d’intégrité physique. 

Il y a un mot qui illustre cette question et qui marque les corps des femmes meurtries par cette “dictature des moeurs”, c’est “hogra”. Hogra, qui puise ses racines en Algérie mais dont le mal est universel, c’est la violence symbolique, c’est l’injustice, c’est le mépris et  le dédain. C’est l'oppression. C’est ce qu’à vécu Hajar Raissouni et que vivent encore toutes celles et ceux qui ne sont pas graciés.

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