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L'ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner, le 21 mai 2019, lors de sa comparution devant la justice dans l'affaire de corruption "Lazaro Baez"

Argentine : "Les cahiers de la corruption" réapparaissent quelques jours avant les élections

4 min
À retrouver dans l'émission

Ce grand scandale de corruption met en cause l'ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner, aujourd'hui colistière du favori aux élections présidentielles. Une affaire qui part de petits cahiers tenus par un chauffeur, Oscar Centeno.

L'ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner, le 21 mai 2019, lors de sa comparution devant la justice dans l'affaire de corruption "Lazaro Baez"
L'ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner, le 21 mai 2019, lors de sa comparution devant la justice dans l'affaire de corruption "Lazaro Baez" Crédits : Getty

C’est l’histoire d’un pot-de-vin, mais surtout du plus grand scandale de corruption de l’Argentine.

Si je vous en parle ce matin, c’est parce que ce feuilleton politico-judiciaire digne d’un film noir a connu un rebondissement inattendu cette semaine, à quelques jours seulement de l’élection présidentielle qui se tiendra demain.

Tout commence à Buenos Aires en janvier 2018, quand un journaliste du quotidien La Nación reçoit un carton rempli de cahiers et de matériel vidéo, appartenant à un certain Oscar Centeno.

Oscar Centeno, c’est le chauffeur d’un puissant homme de l’ombre du Ministère de la planification fédérale, en charge des marchés publics, Roberto Baratta. Et Roberto Baratta c’est un intime du couple Kirchner, qui a dirigé l’Argentine pendant dix ans, de 2005 à 2015.

Le carton que reçoit le journaliste est une vraie bombe à retardement. Dans ces cahiers, il découvre, stupéfait, un réseau de collecte de pots-de-vin sans précédent. La petite écriture d’Oscar Centeno décrit avec minutie les dates, les lieux, les noms, les sommes et les contrats impliqués. Et si Oscar Centeno sait tout de cette collecte, c’est parce qu’il en est tout simplement le transporteur. 

Pendant dix ans, ce chauffeur raconte dans ses cahiers d’écolier s’être rendu en bas de l’appartement privé des Kirchner à Buenos Aires, parfois dans la maison présidentielle, au ministère de la planification fédérale, à tel ou tel coin du rue, le tout, presque toujours, avec des sacs remplis de dollars et de pesos argentins en liquide.

Le cahier numéro 2 de Oscar Centeno
Le cahier numéro 2 de Oscar Centeno Crédits : La Nacion, 2019

Quand l’affaire éclate, les cahiers ont disparu. Le journaliste de La Nación, les a rendus et n’en a gardé que des photocopies qu’il a transmises à la justice.  De son côté, Oscar Centeno, lui, affirme les avoir brûlés. 

L’Information judiciaire qui s’ouvre met en cause directement Cristina Kirchner. L’ex-présidente serait la cheffe et organisatrice d’un réseau de corruption visant le financement illicite de campagne électorale et l'obtention de marchés publics.

En tout, plus de cinquante proches des Kirchner sont impliqués dans l’affaire dont les ramifications touchent le sommet de l’Etat et de l’industrie argentine. En plus des grosses coupures, la justice remonte la trace de plus de 70 millions de dollars de biens immobiliers aux Etats-Unis.  Le tout transporté par Oscar Centeno, notre chauffeur repenti, qui vit désormais sous le statut de témoin assisté et sous protection policière.

Mais le scandale ne s’arrête pas là. Cette première enquête se double d’une seconde, quand les écoutes téléphoniques des juges placés sur les suspects découvrent la mise en place par les accusés de « l’Opération puf », censée discréditer le juge et le procureur en charge de l’affaire pour annuler la procédure.

Puf le juge et puf” le procureur” dit un proche du ministre Roberto Barratta au téléphone. Puf peut être, comme un pop-corn qui éclate, ou puf comme le bruit que pourrait faire un pistolet  qu’on mimerait avec deux doigts dans un jeu entre enfants : puf .

Du côté des kirchnéristes, on crie au complot politique. 

“L’affaire des cahiers” est un “procès de photocopies" ne reposant sur aucune preuve tangible hormis des témoignages extorqués à des entrepreneurs sans scrupules.

L’affaire, qui a éclaté en août 2018, aurait pu se faire oublier le temps de l'élection. Seulement voilà, cette semaine, à quelques jours du vote, le journaliste de la Nacion a reçu un coup de fil anonyme lui donnant rendez-vous dans un carrefour passant de Buenos Aires. 

Et “pouf”, les «cahiers de la corruption », déclarés brûlés un an auparavant ont réapparu, indemnes, comme par magie.

Scandale à 4 jours des élections ! Et embarras pour l’équipe du favori Alberto Fernandez qui avait apporté publiquement son soutien à Cristina Kirchner dasn cette affaire… 

Pour le moment, "Cristina" (comme l’appelle les Argentins), sénatrice et colistière d’Alberto Fernandez, bénéficie d’immunité… Une immunité qui se verra prolongée de quatre ans dès demain, si son candidat est élu. Sauf si les cahiers de la corruption s’invitent dans le choix des électeurs, et “pouf” encore une fois. 

Le cahier n2 d'Oscar Centeno
Le cahier n2 d'Oscar Centeno Crédits : La Nacion, 2019

par Mattéo Caranta

Pour en savoir plus, et en espagnol : https://www.lanacion.com.ar/tema/los-cuadernos-de-las-coimas-tid65192

Pour feuilleter les cahiers de la corruption : https://www.lanacion.com.ar/politica/los-cuadernos-de-las-coimas-hojea-los-cuadernos-como-si-los-tuvieras-en-tus-manos-nid2159636

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