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La comtesse Giulia Trigona

De Giulia Trigona à Adriana Signorelli, un siècle de féminicides en Italie

3 min
À retrouver dans l'émission

L'histoire de la comtesse Giulia Trigona, sauvagement assassinée le 2 mars 1911, racontée par Monica Guerritore.

La comtesse Giulia Trigona
La comtesse Giulia Trigona

Nous sommes en novembre 1910.

C’est l’histoire de la comtesse Giulia Trigona, épouse du comte Trigona di Sant’Elia et tante du comte Giuseppe Tomasi di Lampedusa, l'auteur du guépard. 

Giulia Trigona est une figure mondaine de Palerme et de la cour de la Reine de Savoie et elle a un amant, le jeune baron Vincenzo Paternò, lieutenant de cavalerie. Paternò est violent, jaloux, joueur, et il tente d’étrangler une première fois Giulia Trigona parce qu’elle refuse de lui donner de l’argent. 

La comtesse s’enfuit et décide de le quitter.

Quelques mois plus tard, en mars 1911, alors qu’ils se trouvent tous les deux à Rome, Paternó réussit à convaincre Giulia Trigona de le voir une dernière fois. Giulia accepte, et la rencontre a lieu à l’hôtel Rebecchino, un lieu sordide près de la station de Termini. 

Là, dans la chambre numéro 8, Paternó la tue de 27 coups de couteaux. Je vous passe les détails macabres mais on retrouve Giulia dans la chambre quelques heures plus tard. La violence du crime et le rang de la victime font scandale, toute l’Italie suit le procès et Paternó est condamné à perpétuité. 

Ce crime féroce, c’est le premier féminicide célèbre du XXe siècle en Italie.

Un féminicide avant la lettre qui fait la "Une" des journaux de l’époque et embrase la société italienne, et que raconte Monica Guerritore dans un livre paru cette semaine en Italie :  “Quel che so di lei”, ce que je sais d’elle. 

Dans son livre, Monica Guerritore ne remonte pas le fil de la relation entre les deux amants, elle se concentre sur les derniers pas de Giulia Trigona dans le couloir qui la mène à la chambre numéro 8, où elle fut sauvagement assassinée. 

En ne lui faisant pas passer la porte dans son roman, elle maintient, fictivement au moins, la vie de Giulia Trigona.

L’autrice invoque autour de la comtesse des figures littéraires comme Madame Bovary ou Lady McBeth et s'interroge sur les ressorts psychologique de la domination qui font qu’une femme,  “se livre à ses assassins, réels ou métaphoriques”.

Mais les victimes de féminicides ne se livrent pas toujours à leurs agresseurs. Bien au contraire. 

Cette semaine, c’est Adriana Signorelli qui a été sauvagement assassinée au couteau par son mari, à Milan, loin des accents romanesques et de la fin tragique de Giulia Trigona.

Et pourtant le 27 août, la dernière fois que son mari l’avait agressé, Adriana avait porté plainte dans le cadre du codice rosso, le code rouge, mis en place cet été.

Un Code Rouge judiciaire en référence aux codes rouges que l’on donne dans les hôpitaux transalpins aux cas d’extrêmes urgences sanitaires. 

Le principal dispositif du code rouge, c’est qu’il oblige désormais la police  et la justice à agir en trois jours lorsqu’une femme porte plainte ou appelle les numéros d’urgence. 

Dans un délai de trois jours donc, un juge italien peut théoriquement condamner l’auteur des violences à de la prison ferme ou prendre des mesures d’éloignement. 

Mais Dans le cas pratique du mari d’Adriana, connu des services de police, aucunes de ces mesures n’a été prises. Et pourtant, les carabinieri avaient à disposition toutes les informations nécessaires pour la protéger. 

Le “protocole EVA”, mis en place en 2017, rassemble toutes les plaintes et tous les appels d’urgences concernant les violences faites aux femmes pour les classer et les mettre à disposition de la police.

Quelques jours après son énième plainte, la police a retrouvé son corps inerte. Adriana n’a jamais pu partir de chez elle.

En Italie, les associations dénoncent un lourd dysfonctionnement, dans un pays qui a connu l’année dernière 120 féminicides.

Le manque de budget, le manque d’éducation à l’écoute des victimes, et la culture de la négligence dominent dans le traitement des violences de genre, permettant l’existence de crime qui pourraient être éviter. 

Malgré les dispositifs législatifs et les protocoles aux consonances bibliques, la comtesse Trigano et Adriana Signorelli ont connu, à un siècle d'écart, le même et triste sort.

https://www.ilmessaggero.it/mind_the_gap/femminicidio_violenze_stupri_delitti_donne_monica_guerritore_libro_mind_the_gap-4704849.html

Quel che so di lei, Monica Guerritore, ed. Longanesi, 2019.
Quel che so di lei, Monica Guerritore, ed. Longanesi, 2019.
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