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Le Porte Avion USS Ronald Reagan au large de la Mer de Chine, 2019.

La Chine, les cartes anciennes, et la langue de bœuf

4 min
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A Hong-Kong, l'exposition "Le monde en papier" explore avec plus de quatre-vingt cartes et atlas anciens l'histoire de la navigation chinoise. Des cartes qui font la lumière sur la géopolitique actuelle de la région.

Le Porte Avion USS Ronald Reagan au large de la Mer de Chine, 2019.
Le Porte Avion USS Ronald Reagan au large de la Mer de Chine, 2019. Crédits : AFP

C’est une histoire de cartes et de territoires… 

À Hong-Kong, on peut voir ces jours-ci au Musée de la Marine, l’exposition “Le monde en papier”, exposition qui retrace avec des dizaines de cartes et d’atlas anciens l’évolution de la navigation chinoise.

Carte publié en 1676 par le cartographe anglais John Speed qui inclut des descriptions des indigènes de principaux pays de la région.
Carte publié en 1676 par le cartographe anglais John Speed qui inclut des descriptions des indigènes de principaux pays de la région. Crédits : Gallica, Bibliothèque Nationale de France
 Carte de la Chine
Carte de la Chine Crédits : Maritime Museum Hong Kong

On peut ainsi admirer une immense carte copiée à la main de la fin de la période Ming. On peut se plonger dans le très ambitieux atlas effectué par des missionnaires jésuites pendant plus de dix ans dans “l’Empire du milieu”. Mais on peut aussi y trouver des cartes maritimes retraçant les expéditions chinoises du XVe siècle jusqu’à la Corne de l’Afrique, que le président Xi Jinping cite régulièrement en exemples historiques et victorieux à suivre... Pour le leader chinois, elles préfigurent la nouvelle route de la soie maritime.

Car si le parcours de l’exposition montre bien comment la Chine médiévale percevait le monde, avec une canopée céleste recouvrant une terre plate, et dont la Chine était le centre, les atlas exposés à Hong Kong nous rappellent aussi que toute carte est une déclaration politique. Et les quatre-vingt cartes du “Monde en papier” font la lumière sur les ambitions territoriales et commerciales de la Chine actuelle, notamment en Mer du Sud. 

La ligne aux neuf traits

Vous savez, il y a une ligne imaginaire dans cette mer qui s’étend de Singapour à Taiwan. Cette ligne c’est la ligne aux neuf traits, aussi appelée “la langue de boeuf” pour sa forme allongée. Une ligne qui inclut plusieurs îles et qui forme un couloir de passage commercial et militaire stratégique pour les ambitions chinoises qui en revendique la souveraineté. 

Petit cailloux dans la botte de Pékin : la Mer du Sud, qui est très riche en poissons et en hydrocarbures, longe aussi les côtes de plusieurs nations comme le Vietnam, les Philippines, l’Indonésie ou la Malaisie qui y revendiquent toutes une zone économique exclusive, parfois avec l’appuie de la flotte américaine. Et c’est à qui construira le plus d’infrastructures sur les îles qui la compose.

En rouge, les revendications territoriales Chinoises. En bleu, l'arbitrage rendu par l'UNCLOS en 2016.
En rouge, les revendications territoriales Chinoises. En bleu, l'arbitrage rendu par l'UNCLOS en 2016. Crédits : Wikipedia Commons;

Le conflit territorial est même devenu culturel l’année dernière, quand la fameuse ligne aux neuf traits s’est faufilé dans les interstices d’Abominable, un dessin animé produit par des studios américains dans lequel on peut voir une carte de la Chine incluant la mer du Sud. Scandale au Vietnam et en Malaisie, qui avaient alors tout simplement censuré le film sur leur territoire.

Alors entre les membres de l’ASEAN, l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est, la tension a monté en 2019 aux rythmes des violations territoriales. Et si la Chine semble en position de force face à ses voisins, ceux-ci devraient tenir cette année des négociations concluant à un code de conduite strict dans ces eaux partagées qui ne devrait pas être favorable à la Chine.

Et la nouvelle année commence plutôt mal. Cette semaine, des bateaux de pêche chinois escortés de gardes côtes ont été repérés en activité autour d'îlots dans les eaux territoriales indonésiennes, à presque 3000 km de la Chine continental. Et l’incident a vite tourné au conflit diplomatique. Le ministre des affaires étrangères indonésien a convoqué l'ambassadeur de Chine à Jakarta pour réclamer des explications officielles, avant d’envoyer des navires militaires sur zone. Et jeudi, le corps diplomatique chinois a réaffirmé sa souveraineté sur ces îles, qu’il  justifie notamment par la tradition historique des pêches chinoises dans la région.

Tradition historique, vous l’aurez compris, que le gouvernement prouve par des cartes maritimes anciennes, notamment celles présentées dans l’exposition “Le monde en papier”. 

En attendant, alors qu'à Hong Kong les manifestations ont repris en ce début d’année, on pourrait aussi voir cette exposition comme un discret rappel : Hong Kong fut et reste chinoise... 

par Mattéo Caranta

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