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Capture d'écran des "coffin dancers" • Crédits : Youtube

Ghana : la danse joyeuse et macabre des porteurs de cercueils

3 min
À retrouver dans l'émission

Depuis le mois de mars, des vidéos de ces "coffin dancers" sont reprises et détournées sur internet. Une pratique reprise par les polices du monde entier pour inciter les populations à respecter le confinement.

Capture d'écran des "coffin dancers" • Crédits : Youtube
Capture d'écran des "coffin dancers" • Crédits : Youtube

Aujourd'hui je voulais revenir sur l'histoire d'une danse.

Ou plutôt l'histoire d'un meme que vous avez peut être croisé si vous aussi vous avez passé des heures à ne rien faire sur internet pendant les deux mois du confinement. Vous savez les memes ce sont ces photos ou vidéos qui sont reprises et détournées sur internet. On remonte l'image, on change une phrase ou on remplace un visage et le tour est joué, souvent avec une intention humoristique. Mais le meme dont je vous parle a trouvé un écho particulier avec la crise sanitaire mondiale et pour certain il est devenu le symbole du mouvement #stayathome #restezchezvous, repris, entre autres par le gouvernement français.

Tout commence au Ghana, avec une tradition, celle des porteurs de cercueils les pallbearers, et une coutume, celle de célébrer la vie pendant les enterrements. Et depuis quelques années, les porteurs de cercueils qui avancent en tête de cortège se sont diversifiés. Ils proposent à leurs clients d’opérer des danses plus ou moins compliquées. Imaginez alors des hommes (pour la plupart), en chaussures de tango, lunettes de soleil, costume deux pièces, béret militaire et gants blancs immaculés, qui bougent, tournoient ou se jettent au sol, le tout dans une synchronicité digne des meilleures chorégraphies et sans jamais faire tomber le fardeau qu’ils portent. Les pallbeares et leur coffin dance étaient restés assez confidentiels, si on exclut un reportage de BBC Africa leur étant dédié en 2017.

Seulement depuis mars dernier et alors que la moitié de la population mondiale était confinée, cette danse macabre a été vue comme un moyen humoristique et très imagé d’appeler à la prudence face à l’épidémie. Et les réseaux sociaux, comme Tiktok, Instagram ou Twitter se sont remplis de montages vidéos composés en deux actes, toujours les mêmes : Acte 1, on nous présente une situation perçue comme non corona-compatible ou dangereuse (comme une personne ne se lavant pas les mains ou une autre s’apprêtant à tester une acrobatie périlleuse). Acte 2, l'apparition soudaine de nos porteurs de cercueils dansant sur une musique acharnée que je vous épargne de si bonne heure un samedi matin. Le message est clair : “Restez chez vous ou dansez avec nous!”, sous-entendu : dans le cercueil. 

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Vous l’aurez compris il s’agit d’humour noir, mais si je vous en parle c’est que la danse macabre des porteurs de cercueils du Ghana a été reprise par des polices du monde entier. En Colombie, au Pérou, au Brésil, en Espagne en Thailande ou dans le Karnataka en Inde, partout des forces de l’ordre se sont mises en scène dans la rue avec des coffins factices pour inciter les populations locales à respecter le confinement. Au Liban, des manifestants ont repris la danse pour célébrer la mort symbolique de l’économie. À Porto Rico ou en Angleterre, la chose a pris une tournure polémique quand des médecins et des ambulanciers se sont emparés de la chorégraphie, ce trait d’humour n’étant pas du goût de tout le monde.

Car ce que souligne la reproduction de cette danse pour mettre en scène le danger des morts réelles ou symboliques que nous courons, c’est notre capacité d’adaptation et notre besoin de détourner par le rire la pensée omniprésente de la mort en ces temps de crise sanitaire. 

Pour le chercheur en sciences sociales et spécialiste de rites funéraires ghanéens Arhin-Sam (de l’institut Bergstraesser de Fribourg en Allemagne), c’est justement l’intention des danses funéraires au Ghana, celle de “protéger et maintenir intacte la communauté dans son sens large”. Et à Accra, la capitale du Ghana, nombreux sont ceux qui préfèrent attendre la fin des restrictions pour enterrer leurs proches. Histoire d’être sûr de pouvoir leur offrir une dernière danse. 

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par Mattéo Caranta

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