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Les chefs héréditaires des Wet'suwet'en, Rob Alfred, John Ridsdale et Antoinette Austin, qui s'opposent au pipeline Coastal GasLink, en Colombie-Britannique.

Canada : Le Coastal Gaslink et la lutte Wet’suwet’en, au delà du tube

2 min
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Le conflit entre les chefs ancestraux canadiens et le gouvernement Canadien à propos du passage du "Coastal Gaslink" sur leurs terres ancestrales devrait aboutir à un accord dans les jours à venir. Mais ce débat dépasse la simple question du pipeline désormais.

Les chefs héréditaires des Wet'suwet'en, Rob Alfred, John Ridsdale et Antoinette Austin, qui s'opposent au pipeline Coastal GasLink, en Colombie-Britannique.
Les chefs héréditaires des Wet'suwet'en, Rob Alfred, John Ridsdale et Antoinette Austin, qui s'opposent au pipeline Coastal GasLink, en Colombie-Britannique. Crédits : La presse canadienne

Un droit ancestral.

Et je ne vais pas vous parler de Sophie Grégoire Trudeau, l’épouse du premier ministre Canadien infectée par le coronavirus, mais de l’histoire d’un droit ancestral. Tout part d’un gazoduc, un tube long de 670km transportant du gaz liquide. Un pipeline censé traverser l’Ouest du Canada pour finir sur la côte Pacifique, avant d’être exporté vers l’Asie. Un outil stratégique à 6 milliards de dollars qui permettrait selon le gouvernement canadien de renforcer l’indépendance économique du pays vis à vis de son voisin américain. 

Seulement voilà, le tracé du Coastal Gaslink passe par une terre sacrée de la communauté autochtone Wet’suwet’en. Et sa construction rencontre une résistance accrue qui a même carrément bloquée les chemins de fer de tout le pays en février, aboutissant à ce qu’on a appelé : “la crise du rail”. Une mobilisation qui est peut être en train d’aboutir à un accord historique entre le gouvernement canadien et les représentants Wet’suwet’en. Problème : la communauté Wet’suwet’en est elle même divisée sur la question du pipeline et cette division révèle des fractures bien plus profondes.

Car la Nation Wet’suwet’en dispose de deux niveaux de gouvernance. D’une part des conseils de membres élus qui gèrent les réserves, de l’autre un système de chefs héréditaires qui exercent leur contrôle sur un territoire plus large de la Nation, dit ancestral. Les premiers ont accepté le projet de gazoduc contre un intéressement aux bénéfices qu’il pourrait produire, quand les seconds le refusent et rappellent que la Nation Wetsuwet’en n’a jamais signé d’accord avec la Couronne Canadienne. En d'autres terme selon eux : la terre Wetsuwe’ten n’a jamais été cédée au Canada. Et aucun cadre juridique autre que le leur ne peut donc s’y appliquer.

Alors depuis le mois de janvier, ce sont deux mondes qui s’affrontent. La compagnie gazière et le gouvernement de Justin Trudeau s’appuient sur des injonctions judiciaires leur donnant accès aux territoires, tandis que les portes paroles autochtones dénoncent l’absence de dialogue et revendiquent leurs droits sur ces terres qu’ils occupent depuis, je cite, des “temps immémoriaux”.

Dimanche dernier c’est avec eux, les chefs héréditaires, que le gouvernement canadien a accepté de négocier après deux semaines de blocages ferroviaires. Et c’est une pluie de critique qui lui est tombé dessus, de la part de l'opposition conservatrice comme des chefs autochtones élus. Mais pour la ministre des Relations Couronne-Autochtone, il s’agit, je cite encore, “de l’avenir du Canada”.

Vous l’avez compris, le débat qui agite le Canada autour du Coastal gaslink ravive des questions qui le dépassent... 

Et une fois n’est pas coutume, je me permets de vous recommander un magnifique reportage dessinée, publié par Futuropolis, qui remonte aux racines de cette histoire et qui en dévoile la complexité. Avec le titre Payer la terre, l’auteur de bd Joe Sacco se rend dans le Nord-Ouest canadien et observe la conséquence des extractions minières sur la vie de la communauté Dené. 

Payer la terre
Payer la terre Crédits : Joe Sacco, Futuropolis, 2020

Le dessin est en noir et blanc, et il décrit le délitement d’une société, la perte de la mémoire, la lutte pour préserver une identité. Joe Sacco raconte comment tout peut être a commencé avec l’arrivée d’un avion. Une histoire qui fait écho à la lutte des Wetsuwet’en qui réclame, eux aussi, de “payer la terre”.

par Mattéo Caranta 

Chroniques

8H34
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