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À travers les siècles et les océans : l'art d'honorer une dette

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À retrouver dans l'émission

170 ans après la "famine de la pomme de terre", les irlandais honorent leur dette aux nation amérindiennes particulièrement touchés par la crise de COVID-19 sous forme de dons.

Une histoire de dette et d’honneur, que la crise du coronavirus a révélé. 

Notre histoire commence aux États-Unis, où les nations amérindiennes connaissent le plus haut taux de contamination au COVID19 du pays. Dans certains États comme au Nouveau-Mexique, ils représentent 57% des malades alors qu’ils ne sont que 11% de la population, et on dénombre déjà 3600 cas et 127 morts chez les Navajo. 

En plus de la vie en communauté qui limite les bénéfices sanitaires de la distanciation sociale, beaucoup dénonce outre-atlantique la précarité sociale des amérindiens vivant dans les réserves comme facteurs aggravant face à la maladie. Le manque d’eau, l’instabilité des réseaux de communications et l’accès très difficile aux soins ne jouent pas en leur faveur. Alors la Nation Navajo a été contrainte de faire un appel aux dons qui s'est révélé être un succès dépassant les 3,7 millions de dollars. Les organisateurs de cette campagne fructueuse se sont alors aperçus que beaucoup de donateurs portaient des noms à consonance irlandaise et laissaient des messages en Gaélique. Alors Pourquoi?

La "famine de la pomme de terre", première crise humanitaire médiatique

Et bien il y a une raison à cela, et il faut revenir 170 ans en arrière, lors de l’une des premières crise humanitaire médiatisée de l’histoire. Je vous parle de la grande famine irlandaise,  la “famine de la pomme de terre”, provoquée par le mildiou, aggravée par la monoculture, qui a fait plus d’un million de mort et provoqué un exode massif d'Irlande entre 1845 et 1852. Le pays organise alors une campagne de don auquel répond largement la diaspora irlandaise et les habitants des colonies britanniques, en Inde par exemple. Parmi les illustres donateurs, on compte le Pape de Rome et le Sultan d’Istanbul, qui (pour l’anecdote) a dû se contenter de ne faire que mille livre de charité pour ne pas froisser la Reine Victoria et ses 2000 livres de dons. 

Mais il n’y a pas eu que de riches donateurs pour venir au secours des irlandais, bien au contraire. Et c’est dans ce qui est encore à l’époque  le lointain Ouest américain que les indiens Choctaws, entre autres, identifient la souffrance des irlandais dans l’Empire Britannique à celle du déplacement forcé dont ils ont été victime quelques années plus tôt. Pendant cet exode surnommé par la suite “la piste des larmes”, la faim tue de nombreux Choctaws, qui font donc le parallèle avec l'agonie irlandaise, et décident de leur venir en aide. Ils réunissent 174$ de l'époque, un peu moins de 5000 euros d’aujourd’hui. Une somme immense pour eux, qui n’avaient presque rien et n’attendait rien en retour. Ce geste fraternel a marqué les esprits au point qu'une statue en hommage à la générosité des Choctaws a été érigée à Cork, en Irlande.

Et voici donc que quelque cent soixante-dix ans plus tard, des citoyens irlandais dotés de bonnes mémoires, ont décidé de venir en aide aux nations amérindiennes victimes du COVID-19, parmi lesquelles les Navajo du Nouveau-Mexique (dont je vous parlais au début de cette chronique), pour honorer leur dette avec les amérindiens d’Amérique. 

Depuis que cet élan de “noblesse des peuples” a été souligné par la presse américaine et célébré dans les colonnes des journaux en Irlande, les dons n’ont fait qu’augmenter, et les irlandais comptent désormais pour près de deux tiers des sommes réunies à ce jour.  La représentante de la Nation Navajo a assuré, dans une vidéo de remerciement publiées sur les réseaux sociaux, qu’ils sauront, à leur tour, “honorer leur dette”. Une longue histoire vient peut être de commencer.

par Mattéo Caranta

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