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Sita Tyasutami, à droite, avec sa mère et Ratri Anindyajati, sa soeur.

Indonésie : Patiente Zéro

3 min
À retrouver dans l'émission

Sita Tyasutami et sa mère ont eu le privilège d'apprendre qu'elles étaient les deux premiers cas de Covid-19 en direct à la télévision...

Sita Tyasutami, à droite, avec sa mère et Ratri Anindyajati, sa soeur.
Sita Tyasutami, à droite, avec sa mère et Ratri Anindyajati, sa soeur. Crédits : Collection personelle

C’est l’histoire d’un patient zéro. En l’occurrence, une patiente zéro.

Son nom est Sita Tyasutami. Elle est devenue en quelques heures le visage de l’épidémie de coronavirus en Indonésie. 

L’histoire commence au début du mois de mars. La Chine est confinée depuis plus d’un mois et le monde entier commence à prendre la mesure de la pandémie qui vient. En Indonésie, première puissance du Sud-Est asiatique parsemée d’archipels, l’heure est alors au déni. Quand  Sita Tyasutami, jeune danseuse de 31 ans, et sa mère, sont hospitalisées pour de la fièvre et des nausées, on juge d’abord inutile de les tester au nouveau coronavirus. 

Vous imaginez donc leurs surprises quelques jours plus tard, alors qu’elles attendent le résultat  de leur test, quand elles apprennent de la bouche du fringuant président Joko Widodo à la télévision que les deux premiers cas de coronavirus viennent d’être identifiés dans ce pays de plus de 267 millions d’habitants. Vous l’aurez compris, il s’agit bien de Sita et de sa mère. L’information est jugée si cruciale qu’elle est montée au sommet de l’Etat sans que les principales concernées en soient informées. Seulement voilà, si le président ne donne pas de nom, il fait une description si précise des désormais fameux « cas numéro 1 » et « cas numéro 2 » que très vite, les noms, adresses, et photos de ces deux femmes circulent partout dans les médias. Les foudres de l’internet indonésien s'abattent sur Sita, sa mère, et sa soeur, elle aussi contaminée, qui les a très vite rejoint dans la tourmente médiatique. 

Mais le pire est à venir. Car Sita et sa soeur, dont les vies privées sont exposées et débattues, sont indéniablement jolies, et ce qui dérange une grande partie de la frange conservatrice du pays, c’est qu’elles soient danseuses. On leur prête des moeurs équivoques, on avance par exemple que c’est en se prostituant avec des étrangers qu’elles ont contracté le virus. Le mal vient de l’extérieur, et le lien avec la moralité douteuse de cette famille éduquée et favorisée de Jakarta la capitale, est tout trouvé.

Quand elles sortent de l'hôpital, en compagnie du Ministre de la Santé qui les accompagne pour faire de leur guérison un exemple de réussite du pays face à l’épidémie, la polémique explose. Un véritable lynchage médiatique. Il s’agit de toute évidence, peut-on lire alors, d’un coup-monté, d’un complot : personne ne ressort aussi joli d’une maladie. La mère et les deux filles sont accusées d’être les marionnettes d’un roman feuilleton, le soap opera de la covid 19 organisé par le président Jokowi. D’autres les tiennent responsables des pertes d’emplois et des séparations liées au confinement qui se prolonge depuis le mois de mars.

Car il faut dire que la bataille contre le coronavirus est loin d’être gagnée, l’Indonésie est le pays d’Asie le plus touché derrière la Chine. En cause selon la presse indonésienne, l’impréparation d’un système très récemment décentralisé, le souvenir encore frais de la dictature qui rend suspecte toute mesure liberticide, et le manque de lits et de matériel dans le système de santé. 

Pendant ce temps, Sita et sa sœur ont été placées sous protections policière suite aux nombreuses menaces de mort qu’elles ont reçues. Leur histoire a traversé les frontières et elles sont devenues les icônes de la lutte contre le virus et la désinformation : levée de fonds pour soutenir les populations les plus fragilisées par la crise, tuto de “la vie confinée” en tout genre, dons de sang et de plaquette pour étudier les anticorps et toujours, la danse, traditionnelle, moderne, javanaise, pour se sentir vivantes, et conjurer le sort, malgré la maladie. 

par Mattéo Caranta

Chroniques

8H34
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